Madagascar est sur le point de signer un contrat d'approvisionnement en carburant avec le Nigeria. L'annonce a été faite mardi 9 juin par le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation, à son retour d'une visite officielle à Abuja. « Il ne reste plus que la signature du contrat, qui sera pour bientôt, puisque nous avons finalisé les négociations là-bas. Le Nigéria procédera donc à l'approvisionnement en hydrocarbures sous peu », a-t-il déclaré à sa descente d'avion.
Ce partenariat intervient dans un contexte de fragilité des chaînes d'approvisionnement malgaches. Madagascar importe la quasi-totalité de ses produits pétroliers raffinés et reste exposée aux fluctuations du marché mondial. En avril, une forte tension sur les stocks avait contraint les autorités à programmer des cargaisons supplémentaires pour éviter une pénurie généralisée.
Les produits pétroliers représentent près de 27 % de la valeur totale des importations du pays, selon L'Express de Madagascar. En 2023, Oman dominait très largement ce marché, avec près de 99 % des importations malgaches de combustibles enregistrées dans cette catégorie, d'après les données du World Integrated Trade Solution (WITS) de la Banque mondiale. Les Émirats arabes unis, l'Afrique du Sud, le Qatar et l'Inde complétaient le tableau des principaux fournisseurs.
Le recours au Nigeria vise aussi à réduire les coûts. Selon des observateurs du secteur cités par la presse malgache, la réduction des distances maritimes pourrait abaisser les frais de transport, ainsi que certaines taxes et frais portuaires liés à l'importation des hydrocarbures. Premier producteur africain de pétrole, le Nigeria cherche à renforcer sa présence sur le marché régional des produits raffinés, notamment grâce à la montée en puissance de la raffinerie Dangote, considérée comme l'une des plus grandes du continent.


9 commentaires
@Rafiki, je t'entends sur Mafate, mais moi au Port j'ai vu des cargos de carburant passer toute ma vie sur ce quai et les dockers qui les déchargeaient gagnaient à peine de quoi vivre. Que ce soit Oman ou le Nigeria qui fournit Madagascar, la vraie question c'est qui touche quoi dans la chaîne, et les travailleurs du port de Tamatave ils vont avoir leur mot à dire sur ces nouveaux flux ou on va encore leur expliquer que c'est le marché qui décide. Ces contrats entre États ça a l'air propre sur le papier, mais i fo savoir ce qu'il y a derrière.
Les contrats ça se signe, ça se résigne, et après on voit. La mer m'a appris que les belles annonces et le temps qu'il fait le matin, c'est pas pareil que ce qui arrive à midi.
@Alex, la question sur la nature du contrat est pertinente. Il y a une différence importante entre un contrat d'approvisionnement en brut et un contrat portant sur des produits déjà raffinés, notamment en termes de régime douanier applicable et de valorisation à l'importation. Les annonces officielles malgaches restent volontairement vagues sur ce point, ce qui rend difficile toute estimation sérieuse des économies réelles attendues sur les frais portuaires et les taxes.
Quand une cliente me parle de la pénurie d'essence à Madagascar, je pensais que ça n'arrivait que dans les films. Apparemment même pour faire le plein là-bas c'est toute une histoire, un peu comme ici quand y'a une grève des routiers et que tout le monde se rue à la station service d'un coup.
@Jean-Marc, 99% c'est vertigineux comme chiffre, tu as raison. Dans mon atelier je travaille avec des fournisseurs de teintures qui viennent de trois pays différents justement pour ne pas me retrouver coincée si l'un d'eux a un problème. La diversification c'est pas du luxe, c'est de la survie. Madagascar fait peut-être ce virage là avec le Nigeria, reste à voir si la raffinerie Dangote tient ses promesses, comme le soulève Alex.
Moi je retiens surtout le truc des cargaisons supplémentaires en avril pour éviter la pénurie, parce que quand les prix du carburant bougent ici à La Réunion, c'est direct dans ma friteuse que ça se sent. Le gaz, le gazole pour aller chercher mes approvisionnements au marché de gros, tout est lié. Madagascar gère ça à une autre échelle mais le fond du problème lé pareil pour tout le monde, les petits commerçants sont toujours les premiers à trinquer.
La raffinerie Dangote est présentée ici comme une évidence mais elle accumule les retards depuis des années et sa capacité réelle de production reste bien en deçà des annonces. Est-ce que quelqu'un sait si le contrat porte sur du brut nigérian à raffiner ailleurs, ou bien sur des produits déjà raffinés sortis de Dangote ? Ça change tout sur les délais et les vrais coûts.
Oman à 99% des importations malgaches, ça m'a soufflé ce chiffre. Mettre tous ses oeufs dans le même panier comme ça, les crises d'approvisionnement en avril on comprend mieux pourquoi ça arrive. Dans le BTP on apprend vite à ne jamais avoir qu'un seul fournisseur pour les matériaux critiques, sinon un chantier peut s'arrêter du jour au lendemain. Madagascar fait juste ce que n'importe quel artisan sérieux fait dès la deuxième galère.
Intéressant de voir ces dynamiques africaines se tisser, même si ça paraît loin de nos cirques. À Mafate on dépend du transport hélitreuillé pour tout, carburant compris, alors quand le prix à la pompe monte à Madagascar ou ailleurs dans la région, ça finit toujours par nous toucher d'une façon ou d'une autre. L'Océan Indien, c'est petit comme bassin finalement.