Cinq ans après leur livraison, les résidences « Les Portes du Lagon » 1 et 2, à Saint-Pierre, cumulent infiltrations, ascenseurs défaillants et parties communes en mauvais état. Plusieurs locataires décrivent un quotidien difficile dans cet ensemble de 102 logements — dont 46 dédiés aux seniors — géré par la SIDR et son agence commerciale Adomia.
Les malfaçons sont nombreuses : nacots impossibles à manœuvrer, gouttières mal positionnées, écoulements d'eaux usées dans les couloirs et le parking souterrain. « Je suis l'un des premiers locataires, arrivé il y a cinq ans, et je n'ai jamais pu ouvrir les nacots de ma salle de bain », témoigne un résident de 96 ans. Une autre habitante dit avoir été bloquée six fois dans l'ascenseur, dont une fois pendant six heures. Malgré plusieurs signalements, ni le bailleur ni son agence n'auraient donné suite, selon les locataires.
À ces défauts s'ajoutent des tensions entre voisins. Des dégradations sont attribuées à des enfants jouant dans les parties communes ; des parents auraient menacé une résidente venue leur en parler. Un courrier a été adressé au procureur.
La situation sanitaire alourdit encore le bilan. Un locataire de 81 ans, placé sous curatelle, accumule des déchets autour de son logement, attirant des nuisibles. Un incendie s'y est déclaré, frôlant la propagation à l'appartement du dessus. Les habitants réclament des travaux et l'installation d'un concierge permanent.
Contactée, la SIDR assure prendre « pleinement en considération les difficultés exprimées ». Le bailleur annonce plusieurs interventions en cours ou programmées : remplacement des extincteurs, des portes coupe-feu et de la porte vitrée d'entrée, réparation d'une fuite sur le circuit collectif d'eau chaude solaire en sous-sol, travaux sur les pompes de relevage. Des déclarations d'assurance et expertises auraient été engagées pour les infiltrations, et une étude lancée pour le remplacement des jalousies défectueuses. Sur les incivilités, la SIDR évoque des rappels au civisme, des interventions des forces de l'ordre et la présence quotidienne d'une gardienne. La situation de l'octogénaire, elle, « mobilise les services sociaux, la Ville de Saint-Pierre, les forces de l'ordre et l'organisme de curatelle », selon le bailleur.


7 commentaires
@Patrick974, bonne question sur la décennale, mais attention à ne pas tout mélanger. La garantie décennale couvre les désordres qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, les nacots bloqués c'est probablement de la garantie de bon fonctionnement à deux ans, pas la décennale. Ce qui m'intéresse c'est de savoir si les locataires ont un relevé écrit de leurs signalements, parce que sans traces, c'est compliqué de faire valoir quoi que ce soit.
@Marie-Hélène, tu as raison de pointer ça. Un homme de 96 ans qui n'a jamais pu ouvrir ses nacots depuis cinq ans, c'est une honte. À l'hôpital où je travaillais, on avait des protocoles pour vérifier que les patients âgés pouvaient utiliser le matériel mis à leur disposition, mais là c'est leur maison, leur chez-eux. Les domoun qui ont construit ces logements dits adaptés aux seniors ont-ils seulement demandé à un ancien de tester les équipements avant la livraison ? Et la gardienne quotidienne dont parle la SIDR, elle fait quoi exactement quand un résident de cet âge signale un problème depuis cinq ans ?
À Nantes j'ai vu des résidences sociales similaires avec des problèmes comparables, et ce qui a changé la donne c'est la nomination d'un référent technique dédié, pas juste une gardienne. La SIDR parle de présence quotidienne mais une gardienne ça gère les relations humaines, pas les pompes de relevage. Ce sont deux métiers différents.
Nacots impossibles à manœuvrer à la livraison, gouttières mal positionnées, pompes de relevage défaillantes... franchement c'est du travail bâclé dès le départ. Moi je travaille dans le BTP, quand on rend un chantier on fait les réserves avec le maître d'ouvrage, ces défauts-là auraient dû être levés avant même que les gens s'installent. Soit le contrôle à la réception a été fait trop vite, soit les entreprises n'ont jamais été rappelées pour finir le boulot. Dans les deux cas c'est pas normal.
J'ai eu des gens des Portes du Lagon dans mon taxi, ils m'ont causé de l'ascenseur. Une dame m'a dit qu'elle prend les escaliers depuis un an parce qu'elle a trop peur d'être coincée. Six heures bloquée dans un ascenseur, moin la pensé elle exagérait, mais apparemment non.
La situation de ce résident de 96 ans qui n'a jamais pu manœuvrer ses nacots depuis cinq ans me touche particulièrement. Le vieillissement de la population est un enjeu que La Réunion connaît bien, et adapter véritablement les logements aux seniors ne se résume pas à cocher des cases réglementaires à la livraison. Il y a une responsabilité morale du bailleur social envers les publics les plus vulnérables qui dépasse le simple contrat de location.
Ce qui m'interroge, c'est la responsabilité juridique du promoteur cinq ans après livraison. La garantie décennale couvre précisément ce type de malfaçons, infiltrations et défauts structurels. On peut se demander si la SIDR a effectivement activé ces recours contre les entreprises de construction, ou si elle gère ça en interne pour éviter un contentieux long. Les locataires paient un loyer pour un logement décent, c'est une obligation légale, pas une faveur.