L'Albizia saman du chantier des ponts de Trois-Ravines, à Saint-Louis, a été abattu vendredi 24 juillet. La Ville de Saint-Louis et le Département de La Réunion ont annoncé que le bois sera transformé en totem, une œuvre artistique qui prendra place dans le futur aménagement du site.
En début de semaine, deux arboristes-élagueurs s'étaient hissés dans l'arbre pour protester contre l'abattage et réclamer la suspension des travaux, le temps d'étudier des alternatives. Ils voulaient aussi attirer l'attention sur la place des arbres remarquables dans les projets d'aménagement. Leur action n'a rien changé au calendrier : la coupe a eu lieu comme prévu.
Ce chantier doit remplacer trois radiers régulièrement submergés lors des fortes pluies par trois ponts. La Ville rappelle que la suppression de l'arbre figurait dès l'étude d'impact du projet, et que plusieurs solutions auraient été examinées avant de trancher.
Dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux, la collectivité a reconnu ce que représentait l'arbre : « Aucun arbre remarquable ne disparaît sans émotion. Cet Albizia saman faisait partie du paysage et des souvenirs du quartier. Le Département de La Réunion et la Ville de Saint-Louis en sont pleinement conscients. »
À l'issue des échanges avec les deux arboristes, la Ville a pris un engagement sur le devenir de l'arbre. « Cet arbre fera l'objet d'une valorisation artistique et patrimoniale. Il deviendra un totem, une œuvre qui retrouvera sa place au cœur du futur aménagement, comme le témoin de l'histoire de ce site. » Un appel à projets sera lancé dans les prochaines semaines pour sélectionner la création retenue.


7 commentaires
Moi j'ai mon food truck pas loin de là, des années que je vois cet arbre quand je passe à Saint-Louis. Les clients s'arrêtaient dessous, les vieux du quartier, les gosses qui rentrent de l'école, c'était un point de rendez-vous naturel. Un totem c'est gentil comme idée mais ça donne pas d'ombre à midi, et ça les enfants i fo pas l'oublier.
Ce que j'aurais voulu voir dans cet article, c'est une mention des procédures réglementaires applicables aux arbres remarquables classés, parce que le cadre juridique existe et il est rarement mobilisé correctement. La notion de valorisation artistique et patrimoniale est belle, mais elle arrive après coup, comme une consolation. @Rafiki a bien raison de parler de mémoire vivante du territoire, c'est exactement le vocabulaire que les ethnobotanistes utilisent pour ce type d'arbre urbain.
Ici à Salazie on sait ce que c'est que de perdre un arbre qui a traversé des générations. Chaque fois qu'un cyclone passe, on compte les dégâts, on replante, on attend des années avant que ça reprenne. Un totem c'est une belle intention, mais les familles du quartier voulaient l'ombre, pas une sculpture.
Respect aux deux arboristes pour leur action, même si ça n'a rien changé.
On parle d'études d'impact, d'alternatives examinées, mais dans les faits l'arbre est par terre. On connaît la chanson, à la coopérative on a nos propres batailles pour préserver des espèces sur les parcelles. Un totem, c'est joli sur le papier, c'est pa la même chose que l'arbre vivant.
Quand je fais passer des randonneurs par les hauts, je leur parle souvent des arbres remarquables du péi comme d'une mémoire vivante du territoire. Un Albizia saman de cette taille, ça représente des décennies d'histoire d'un quartier, les enfants qui ont joué dessous, les anciens qui s'y sont abrités. Transformer le bois en totem, c'est une belle intention, je veux bien le croire, mais il faudra vraiment que l'appel à projets soit à la hauteur de ce que l'arbre representait. J'espère qu'on associera les habitants de Saint-Louis à la sélection, pas juste les institutions.
J'ai eu des passagers de Saint-Louis dans mon taxi la semaine passée, ils me parlaient de l'arbre et des deux gars perchés là-haut. Y'en a un qui m'a dit que ça fait des années que cet arbre sert de repère pour les écoliers du coin. Un totem, okay, mais ça remplace pas l'ombre que tu as quand tu attends ton bus.