Emmanuel Macron a refusé la démission de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, qui avait annoncé mercredi vouloir quitter le gouvernement en désaccord avec la loi d'urgence agricole. L'information est rapportée par Le Monde et confirmée par l'AFP.
Dans un communiqué transmis par son cabinet, la ministre indique avoir « accepté de poursuivre sa mission à la demande » du chef de l'État, en invoquant « l'urgence d'agir contre les conséquences du changement climatique » et les enjeux de santé environnementale. Elle maintient toutefois son opposition à la version définitive du texte.
Le différend porte sur la loi d'urgence agricole, adoptée définitivement par le Parlement, qui autorise, sous certaines conditions, la réintroduction de pesticides interdits en France — dont l'acétamipride — pour certaines filières agricoles en difficulté. Quelques heures avant ce revirement, Monique Barbut avait publié sur LinkedIn un message dénonçant un « recul environnemental de trop », reprochant au gouvernement d'avoir bloqué tout débat sur la suppression de cette mesure, malgré les demandes de plusieurs députés de la majorité. Elle rappelait que l'acétamipride avait été interdit en France en 2016 au nom du principe de précaution, et que les données scientifiques disponibles continuent d'alimenter des inquiétudes sur ses effets sanitaires et environnementaux.
Ce n'est pas la première fois que la ministre se retrouve dans cette situation. En janvier, elle avait déjà brandi sa démission lors d'un arbitrage sur la reprise de projets de recherche d'hydrocarbures dans des territoires ultramarins, et avait exercé une pression similaire lors des discussions budgétaires pour préserver les crédits liés à l'adaptation climatique et au Fonds vert.


6 commentaires
Ce qui me préoccupe là-dedans, c'est ce qu'on va retrouver dans les assiettes de nos marmaille. J'ai des salariés à domicile qui travaillent chez des familles au Tampon, et les parents posent de plus en plus de questions sur ce qu'ils achètent au marché. Réintroduire un produit interdit depuis 2016, ça demande une sacrée explication claire, pas juste un communiqué de ministre.
À force de faire passer l'urgence agricole avant tout le reste, on va se retrouver avec des produits qui passent plus les contrôles phytosanitaires à l'export. Maurice et Madagascar ont leurs propres exigences maintenant, et les acheteurs européens regardent ça à la loupe. Un agriculteur qui utilise des matières actives réintroduites, son chargement au Port, il risque de le voir refuser à quai.
La question que je me pose, c'est quelle est la portée réelle de cette loi pour les départements et régions d'outremer. L'article mentionne des projets d'hydrocarbures dans les territoires ultramarins comme dossier précédent, mais là sur les pesticides, est-ce que La Réunion est concernée concrètement par les filières visées ? Parce que si l'acétamipride revient dans les pratiques agricoles locales, les impacts ne sont pas les mêmes qu'en métropole vu la taille du territoire. Quelqu'un a une source sur le périmètre d'application ?
Elle démissionne, elle reste, elle démissionne... Le ocean indo a les siens de tempêtes, mais au moins elles arrivent sans prévenir. Les pesticides dans l'eau ça finit toujours quelque part, et ce quelque part c'est souvent la mer.
Quand j'accompagne des randonneurs sur le Mafate ou dans le cirque de Cilaos, les premières questions qui reviennent c'est toujours sur les plantes, les abeilles, ce qu'on entend par biodiversité. Et les gens sont loin d'être indifférents. La réintroduction de l'acétamipride, même encadrée, ça m'inquiète parce que les effets sur les pollinisateurs ne s'arrêtent pas aux frontières administratives d'une filière. Ce péi-la a la chance d'avoir des espèces endémiques uniques, et cette décision part dans une direction qui ne me semble pas anodine.
Ce qui est intéressant dans cette séquence, c'est moins le fond que la méthode. Une ministre qui menace de démissionner, puis reste, ça dit quelque chose sur la façon dont les arbitrages se font en interne. Dans une collectivité territoriale, ce genre de tension entre élus et techniciens se gère généralement en amont, dans les instances de concertation. Au niveau gouvernemental, on dirait que le LinkedIn est devenu un outil de pression politique. C'est un changement de pratique qui mérite qu'on s'y attarde.