Pierre-Jacques Surjus, président du Club économique bénédictin, a réagi à la présentation du nouveau dispositif de Zone franche d'activité nouvelle génération (ZFANG) renforcée pour l'Est de La Réunion. Il y voit une avancée réelle, mais se garde d'en exagérer la portée.
« L'Est n'est pas, et ne deviendra pas, les Îles Caïmans », écrit-il. La formule dit l'essentiel : les abattements fiscaux majorés prévus par la ZFANG — notamment sur l'impôt sur les bénéfices, la cotisation foncière des entreprises et la taxe foncière — ouvrent des perspectives pour certains secteurs comme les transports, l'entreposage et plusieurs activités de services, mais laissent de côté les commerçants, de nombreuses professions libérales et une grande partie des micro-entrepreneurs.
Le dispositif, créé en 2019 puis renforcé une première fois en 2024, fait l'objet d'un nouveau renforcement ciblé sur l'Est. Cette évolution est intervenue après le passage du cyclone Garance, dans un territoire où le taux de pauvreté dépasse 40 %. Surjus reconnaît que cette inscription dans un texte réglementaire constitue un signal positif de la part de l'État et de la Communauté intercommunale Réunion Est (CIREST).
Il pose néanmoins une limite claire : la fiscalité n'est pas une politique économique à elle seule. Les exonérations ne remplacent ni les marchés, ni les investissements, ni la confiance. Son analyse pointe des besoins structurels que les abattements ne couvrent pas : foncier économique disponible, infrastructures, commande publique, montée en compétences.
Sur ce dernier point, il formule une demande précise : adapter la loi pour le développement économique des outre-mer (LODEOM) afin d'encourager le recrutement de cadres et de techniciens, via des exonérations de charges sur les rémunérations comprises entre deux et trois fois le SMIC. L'objectif est de permettre aux petites entreprises de l'Est de franchir un seuil de développement qu'elles peinent à atteindre faute d'encadrement intermédiaire.
Surjus rappelle par ailleurs les atouts du territoire : une histoire industrielle liée à la canne à sucre, un potentiel en énergies renouvelables (hydroélectricité, biomasse, photovoltaïque, éolien) et un patrimoine naturel allant de Takamaka à la Plaine-des-Palmistes. « Nous ne demandons pas une économie d'assistance. Nous demandons les moyens de réussir », conclut-il, en appelant à une mobilisation collective associant l'Europe, l'État, la Région, le Département, les intercommunalités, les chambres consulaires et les entreprises.


6 commentaires
L'Est n'est pas les Îles Caïmans, il a raison le président du Club. Mais moi j'aurais dit autrement : l'Est c'est des travailleurs qui ont porté cette île sur leur dos pendant des décennies, des dockers, des coupeurs de canne, des maçons, et aujourd'hui on leur propose des abattements fiscaux sur les bénéfices comme si c'était la solution. Les abattements, ça profite à qui ? Pas aux gars qui cherchent un emploi à Saint-Benoît, pas aux familles qui vivent avec 40% de taux de pauvreté. Ce que Surjus dit sur les filières et les infrastructures, ça, wi, c'est concret. Mais faudrait aussi parler de représentation des salariés dans ces fameux dispositifs, parce que la mobilisation collective qu'il appelle, lé pa fasil à construire quand les travailleurs sont pas à la table.
Ils parlent de patrimoine naturel, de Takamaka, de la Plaine-des-Palmistes, mais les producteurs locaux qui travaillent sur ce territoire au quotidien, on est toujours hors des cases. Ni dans les secteurs éligibles à la ZFANG, ni vraiment soutenus par la commande publique, et i fo se battre pour chaque référencement. Le miel, les rhums arrangés, l'artisanat alimentaire, c'est bien cité dans les discours, mais dans les faits on voit surtout les grandes surfaces qui importent.
@Jean-Claude B., c'est exactement le problème : on confond allègement fiscal et dynamique économique. Réduire les charges ne crée pas un marché, ça ne génère pas de la demande. Pour les freelances et les indépendants du numérique dans l'Est, le vrai blocage c'est l'absence d'un écosystème client local. Qui sont les donneurs d'ordre ? La commande publique ? Elle part souvent vers l'Ouest ou l'extérieur. La ZFANG ne résout rien à ça.
La partie sur l'adaptation de la LODEOM pour les cadres entre 2 et 3 fois le SMIC, c'est déjà en discussion quelque part ou c'est une proposition nouvelle du Club économique bénédictin ?
La canne à sucre qu'ils citent comme "histoire industrielle", elle tient debout parce qu'il y a une filière organisée derrière, une coopérative, des avals garantis. C'est ça la vraie question pour l'Est : est-ce qu'on construit des filières ou on empile des exonérations en espérant que ça suffise ? Surjus a raison sur le foncier économique, chez nous c'est le premier frein avant même la fiscalité.
J'ai un client la semaine dernière, il travaille dans le transport justement, il m'a dit que les zones franches c'est bien sur le papier mais que lui il voit pas la différence dans son carnet de commandes. La fiscalité ça allège les charges, d'accord, mais si le marché est pas là, tu peux exonérer kosa tu veux, ça change rien au bout du mois.