Le conseil municipal de Sainte-Suzanne a adopté mercredi soir, 15 juillet, une enveloppe de 3 004 250 euros de subventions aux associations. La séance a donné lieu à de vifs échanges entre majorité et opposition sur les critères retenus et la méthode appliquée.
Le maire Alek Laï-Kane Cheong a ouvert les débats en posant le cadre : une commune en difficulté financière, des comptes administratifs déficitaires, un budget supplémentaire déséquilibré. « Il est impossible d'attendre que les comptes se redressent d'eux-mêmes », a-t-il déclaré, évoquant les « 100 premiers jours » de sa mandature. La révision de la politique de subventions s'inscrit dans ce contexte. La municipalité dit avoir retenu les associations présentant « des actions concrètes, une structuration solide et un ancrage certain dans la vie » de la commune, en écartant les projets assimilés à des actions privées ou semi-privées.
L'opposition n'a pas ménagé ses critiques. L'élu Daniel Alamélou a dénoncé la remise d'un tableau modifié en dernière minute et contesté plusieurs arbitrages. « Vous osez donner 500 euros de plus à une association de 600 adhérents. C'est 70 centimes par adhérent... C'est incroyablement dégueulasse. Ridicule. » Il a aussi pointé des disparités : des associations sportives privées de subvention quand d'autres en perçoivent des montants élevés, citant notamment un club de boxe dont l'aide serait passée de 3 000 à 10 000 euros. Il a accusé la majorité de pratiquer une sélection politique, estimant qu'« il ne faut pas faire de politique politicienne » sur les associations.
Nicolas Robert, autre élu d'opposition, a mis en garde contre l'affaiblissement du lien social. « Créer du lien de proximité sans associations, c'est la fin du lien social (...). Les associations sont en première ligne pour la jeunesse. » Il a regretté l'absence de critères clairement communiqués, en dépit des ateliers organisés fin juin. Des interrogations ont également été soulevées sur la prise en compte des avances déjà versées à certaines structures avant les élections municipales.
Le maire a assumé ses choix. « Oui, cela m'embête de faire cet exercice dans des conditions aussi contraintes (...). Mais cet exercice doit être fait. » Il a renvoyé une part de responsabilité à l'ancienne majorité et reproché à l'opposition de critiquer une méthode à laquelle certains de ses membres avaient participé lors des ateliers de concertation. Pascal Tailamée, adjoint délégué à la culture, à la vie associative et aux sports, a défendu « un choix d'équité, pas un choix à la tête du client », rappelant que la commune ne peut « pas donner 30 000 ou 40 000 euros ». Il a annoncé qu'à partir de 2027, toutes les demandes seraient dématérialisées et déposées en ligne.
Arnaud Alagapin, élu de la majorité, a précisé que les dossiers avaient été évalués via un système de scoring intégrant « l'intérêt général, la cohérence et l'impact territorial » des projets. Avant le vote, Nicolas Robert a résumé la position de l'opposition : « Décider vite, c'est bien. Décider juste, c'est encore mieux. » La délibération a finalement été adoptée à une large majorité, la première adjointe s'étant abstenue sans que cette décision soit commentée.


4 commentaires
Moin lé pas sûre d'avoir tout compris avec ces histoires de scoring et de dématérialisation, mais ce que je vois c'est que les petites associations du quartier qui font du lien avec nos vieux et nos marmaille, elles ont besoin d'aide maintenant, pas en 2027. Du temps de l'ancienne génération, on donnait un coup de main sans tableur ni formulaire en ligne, et ça marchait. J'espère que le maire pense aussi à ceux qui n'ont pas internet pour remplir des dossiers.
Je découvre que les communes ici peuvent voter des subventions associatives dans une telle atmosphère de tension, ça surprend un peu. En métropole j'avais l'impression que ces délibérations passaient souvent de façon très technique, sans trop de débat public. Est-ce que c'est habituel à La Réunion que l'opposition s'exprime aussi frontalement pendant les conseils municipaux, ou c'est particulier à cette commune ?
La dématérialisation des dossiers annoncée pour 2027, c'est bien, mais c'est dans deux ans. Les associations qui galèrent maintenant, elles font kosa en attendant ? J'aurais aimé qu'on parle d'un accompagnement numérique concret pour celles qui n'ont pas forcément les compétences en interne.
Un point mérite d'être précisé pour les lecteurs : lorsqu'un conseil municipal adopte des subventions en situation de budget déséquilibré, le préfet peut exercer un contrôle de légalité assez strict sur ces délibérations. Il serait intéressant de savoir si la chambre régionale des comptes a été saisie ou si un avis préalable a été sollicité, ce qui n'est pas mentionné dans l'article.