Le parti Demain La Réunion a demandé, dans un communiqué publié ce vendredi 9 juillet, l'abandon du projet de data center prévu à Bois Rouge, à Saint-André. Argument avancé : ce type d'infrastructure serait incompatible avec l'état actuel du réseau d'eau potable de la commune.
Le parti avance un chiffre précis : 42 % de l'eau produite à Saint-André ne parviendrait pas aux foyers. Des canalisations vieillissantes, des capacités de stockage insuffisantes et des coupures nocturnes récurrentes dans une partie de la commune illustrent, selon lui, les effets d'un manque d'investissement qu'il fait remonter à 2014, malgré le transfert de la compétence eau à la Cirest.
Le mouvement prend acte du plan d'urgence de 90 millions d'euros annoncé en 2025 par le président de la Cirest, qui avait lui-même parlé de « retard historique ». Mais pour Demain La Réunion, ce plan ne fait que combler des années de défaillance.
C'est sur ce constat que repose l'opposition au data center. Le parti juge qu'un tel équipement viendrait s'ajouter à une pression déjà exercée sur la ressource par les habitants, l'usine sucrière et la centrale thermique Albioma. Il cite également la situation des riverains de Bois Rouge, soumis à des coupures fréquentes, et la proximité de l'Étang de Bois Rouge, zone humide dont l'équilibre pourrait être fragilisé par de nouveaux prélèvements dans la nappe phréatique.
Demain La Réunion subordonne tout feu vert au data center au rétablissement normal de la distribution d'eau dans l'ensemble des foyers de Saint-André. Le parti réclame aussi la publication des données de consommation prévues par le projet et l'identification précise de la ressource qui serait mobilisée.
Parmi les autres mesures demandées : un plan pluriannuel d'investissement dédié à Saint-André, un calendrier annuel des travaux, la distribution d'eau en bouteille lors des coupures, un geste commercial sur les factures en cas de désagréments, ainsi que l'accélération des projets d'interconnexion dans l'Est et un encadrement de l'implantation des data centers sur le territoire.


9 commentaires
Ce qui me frappe dans cet article c'est le silence sur les travailleurs qui seront amenés à opérer ce data center. Un site de ce type tourne en shifts, 24h/24, et les équipes de nuit dans des environnements bruyants et climatisés, ça crée des pathologies qu'on voit peu dans les statistiques officielles. La question de l'eau est légitime, mais l'impact humain et sanitaire d'une telle installation mérite aussi d'être documenté avant toute décision.
Nous dans le cirque on a nos propres soucis avec l'eau, entre les glissements de terrain qui abîment les canalisations et les périodes sèches qui arrivent de plus en plus tôt. Mais ce que je lis sur Saint-André ça me touche pareil, parce que l'eau c'est pas qu'une question de robinet, c'est toute une chaîne. Les familles qui vivent là-bas méritent qu'on règle leurs problèmes avant de rajouter de nouvelles charges sur un réseau déjà à bout. I fo mettre l'humain devant les machines.
@Anaëlle, la question est bonne et elle mérite une réponse chiffrée. Un data center de taille moyenne tourne entre 1 et 3 millions de litres d'eau par jour pour le refroidissement, selon sa conception. Ce n'est pas anodin sur un réseau qui perd déjà 42% de sa production avant d'arriver au robinet. La vraie question n'est pas de choisir entre emplois et eau potable, elle est de savoir si les conditions préalables à ce type d'investissement sont réunies. Et là, manifestement, elles ne le sont pas.
L'étang de Bois Rouge, j'y ai pêché avec mon père quand j'étais gamin. Ces zones humides, elles respirent à leur rythme, elles filtrent, elles régulent. Quand on commence à tirer dans la nappe en dessous pour refroidir des machines, on ne mesure pas toujours ce qu'on abîme avant que ce soit trop tard. Ce péi-la a déjà perdu beaucoup de ses coins d'eau tranquilles.
On gère un gîte à Saint-Gilles donc on n'est pas directement concernés par Saint-André, mais cette histoire m'interpelle. En métropole j'avais l'habitude d'entendre parler des data centers comme d'une opportunité économique. Ici on parle avant tout d'eau potable pour les habitants, c'est un angle que je n'avais pas forcément envisagé. Y'a vraiment une ressource aussi tendue que ça dans l'Est de l'île ?
Des habitants sans eau la nuit et on parle d'accueillir un data center. Faut remettre les priorités dans l'ordre !
Moi je suis à Saint-André et les coupures la nuit, c'est du quotidien depuis des années. Ce que je retiens c'est que Demain La Réunion demande la publication des données de consommation du projet, et franchement c'est la moindre des choses. On ne peut pas lancer un débat sans chiffres concrets sur la table. Le péi-la mérite plus de transparence sur ce genre de dossier.
Je comprends l'argument sur l'eau mais j'aurais une question : est-ce qu'on sait combien de litres par jour consomme un data center de cette taille ? Parce que sans ce chiffre, difficile de savoir si l'impact serait vraiment significatif ou si c'est plus symbolique comme opposition.
42% de pertes sur le réseau, ça veut dire presque la moitié de l'eau produite qui part dans la nature. On a des conduites qui datent des années 80 sur certains chantiers à Saint-André, on voit bien l'état. Avant de brancher un data center là-dessus, faudrait peut-être finir de réparer ce qu'on a déjà.