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Tarification des transports à Mayotte : ce que révèle Mohamed Hamissi

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Tarification des transports à Mayotte : ce que révèle Mohamed Hamissi

Transports publics gratuits ou pas… il va falloir payer - Crédit le journal de mayotte


La gratuité des transports publics à Mayotte séduit, mais elle ne supprime pas les coûts : elle les transfère sur la collectivité, donc sur le contribuable. C'est le message que délivre Mohamed Hamissi dans un entretien consacré aux choix tarifaires auxquels sont confrontées les autorités organisatrices de la mobilité (AOM) du 101e département français.

En France, la politique tarifaire des transports publics urbains relève des AOM, exercée à Mayotte par les communautés d'agglomération, les communautés de communes et le Département-Région, conformément à l'article L.1221-5 du Code des transports. Ce sont elles qui fixent ou homologuent les tarifs.

Mohamed Hamissi rappelle que la tarification remplit trois fonctions distinctes : financer le service, orienter la demande par le signal-prix, et répondre à un objectif de redistribution sociale ou territoriale. Des objectifs qui ne convergent pas toujours. Les AOM cherchent à développer la fréquentation et à limiter les exclusions ; les opérateurs veulent couvrir leurs coûts ; les usagers attendent un service accessible et abordable.

Sur le versement mobilité, Hamissi pointe une asymétrie territoriale structurelle : ce levier de financement ne serait réellement significatif que sur le territoire de la CADEMA, où se concentre l'essentiel des établissements de plus de 11 salariés assujettis à cette taxe. Pour les autres intercommunalités de l'île, la ressource reste très limitée.

Un réseau fréquenté n'est pas nécessairement rentable, insiste-t-il. « Des bus pleins ne sont donc pas automatiquement synonymes de bonnes recettes. » À Mayotte, des cars urbains et interurbains circulent déjà avec un très faible taux de remplissage, supportant des coûts d'exploitation quasi identiques à ceux d'un véhicule plein, pour des recettes tarifaires bien moindres.

Sur la hausse des tarifs de la traversée maritime entre Grande-Terre et Petite-Terre, annoncée par le Département-Région, Hamissi pose une condition : des engagements concrets sur la régularité, la sécurité, le confort, la capacité d'accueil et la modernisation des infrastructures. Sans cela, l'effort demandé aux usagers, qui ne disposent d'aucune alternative pour cette liaison, ne se justifie pas.

Interrogé directement sur la gratuité généralisée, sa position est sans ambiguïté : il y est opposé. Il cite son expérience d'usager régulier des taxis collectifs pour illustrer que le prix n'est pas le premier critère de choix. Les plaintes portent davantage sur le manque de taxis, les temps d'attente ou le refus de desservir certains secteurs. La solidarité, dit-il, doit être ciblée vers ceux qui en ont réellement besoin.

L'entretien aborde également la billettique multimodale. Hamissi plaide pour une anticipation rapide, avant que chaque réseau ne développe ses propres outils. Il indique avoir alerté les autorités à plusieurs reprises sur ce point, sans être entendu. La réussite d'un projet de billettique commune dépend, selon lui, moins de la technologie que de la capacité des acteurs à travailler ensemble et à mutualiser données, recettes et stratégie commerciale.

Sur le recours massif des collectivités à des cabinets extérieurs, il formule une mise en garde : une autorité organisatrice de la mobilité qui ne développe pas sa propre expertise s'expose à de nombreux risques de dérives. Les bureaux d'études restent des partenaires nécessaires, mais l'expertise publique doit demeurer le socle de la décision politique.

L'entretien a été recueilli par Anne Perzo-Lafond pour Le Journal de Mayotte.

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