Emmanuel Virin, délégué Les Républicains de la 6e circonscription de La Réunion, a publié une tribune dans laquelle il prend position sur les débats autour de l'identité réunionnaise et du « privilège zorèy ».
Il entre dans le vif du sujet sans détour : « Ces questions ne doivent ni être caricaturées ni être éludées. » Il reconnaît le poids de l'histoire — l'esclavage, l'engagisme, la colonisation — comme des réalités qui « ont profondément marqué La Réunion », tout en affirmant que les reconnaître « ne fragilise pas notre identité ».
Sa tribune repose sur deux propositions qu'il présente comme indissociables : préserver le vivre-ensemble réunionnais, et faire davantage confiance aux compétences locales. Sur le premier point, il met en garde contre « les divisions, les oppositions artificielles et les dérives communautaristes ». Sur le second, il estime que l'aspiration à une meilleure reconnaissance des talents réunionnais dans l'accès aux responsabilités « n'est dirigée contre personne mais traduit une aspiration légitime ».
Virin s'en prend aussi à ce qu'il appelle le « malokisme », cette tendance à jalouser la réussite d'un compatriote. « Lorsqu'un Réunionnais réussit, c'est toute La Réunion qui avance », écrit-il. Il appelle à se défaire d'un complexe qu'il juge trop ancré, et à croire davantage dans les capacités du territoire.
À ceux qui viennent s'installer ou travailler sur l'île, il rappelle que La Réunion « est une terre d'accueil et le restera », mais que « les attitudes de mépris ou le sentiment d'arriver en terrain conquis ne peuvent que fragiliser notre vivre-ensemble ».
Délégué Les Républicains et Malbar revendiqué, Virin conclut sur une note personnelle : « Être fier de ses racines n'empêche jamais d'être ouvert aux autres ; c'est au contraire ce qui permet d'avancer avec confiance. »


9 commentaires
@Maéva, tu soulèves quelque chose d'important. Le réflexe de sourcer en métropole, dans les chiffres que je vois passer chez mes clients, ça se traduit souvent par des délais de paiement plus longs et des marges grignotées par le transport. Prendre un fournisseur local, quand la qualité suit, c'est aussi une décision de trésorerie, pas seulement d'identité.
Ce qu'il dit sur la confiance dans les compétences locales, ça me parle directement en tant qu'étudiante qui cherche à monter un projet ici plutôt que de partir. Mais j'ai une vraie question : est-ce qu'il y a des initiatives concrètes, dans les LR ou ailleurs, pour favoriser l'accès des jeunes réunionnais aux réseaux d'investissement et de financement local ? Parce que le discours c'est bien, mais quand on commence à démarcher pour un premier tour de table, on voit vite que les portes ne s'ouvrent pas toutes pareil.
@Patrick974, tu as raison sur les mécanismes concrets, mais les deux vont ensemble. Sans un discours qui pose les bases, les dispositifs ne suivent pas. Moi au Tampon, j'ai vu des aides arriver quand les élus ont commencé à pousser dans ce sens. Ce qui manque surtout, c'est que les entrepreneurs d'ici se croient davantage capables, et ça, le discours politique peut vraiment y contribuer.
Comme dit Polo, ce malokisme lé pa bon du tout. De mon temps à la clinique, on s'entraidait, zorèy ou pas zorèy, ce qui comptait c'est que le patient aille mieux. Les jeunes d'aujourd'hui méritent qu'on leur fasse confiance, et ça commence par arrêter de tirer sur ceux qui réussissent.
Ce qu'il dit sur la confiance dans les gens d'ici, ça parle à ceux qui vivent dans les hauts. Nous à Salazie, les familles cultivent le chouchou depuis des générations, y'a un savoir-faire qui se transmet de père en fils, de mère en fille, mais on a toujours l'impression qu'on doit prouver deux fois plus pour être pris au sérieux. Le malokisme dont il parle, on le connaît aussi dans les cirques, quand quelqu'un du coin commence à bien vendre ses légumes, des fois les regards changent. C'est dommage, parce que quand la saison est mauvaise et que la pluie n'arrête pas, c'est bien entre nous qu'on se serre les coudes.
Le coup de « arriver en terrain conquis », ça m'a fait sourire jaune. J'en ai croisé quelques-uns comme ça dans la restauration, qui débarquent et te font comprendre en deux phrases qu'ils savent mieux que toi comment faire tourner un établissement ici. Lé pa fasil à vivre quand t'as 15 ans de maison derrière toi.
Tribune intéressante, mais je me pose une question : est-ce que la reconnaissance des talents locaux passe vraiment par le discours politique, ou est-ce qu'elle passe d'abord par des mécanismes concrets, formations, réseaux, accès au financement ? On peut écrire de belles tribunes sur le sujet depuis des années, et les chiffres de l'insertion des cadres réunionnais dans les postes à responsabilité n'ont pas bougé si vite que ça. Ce n'est pas pour minimiser le propos, c'est pour dire que les intentions doivent être suivies d'actes mesurables.
Ce passage sur la confiance dans les compétences locales, c'est exactement ce que je défends quand je présente mes produits à des distributeurs qui préfèrent encore sourcer en métropole par réflexe. On a les savoir-faire, on a les matières premières, on a les clientes. Ce qu'il manque souvent c'est juste qu'on nous fasse une place à la table.
Le malokisme dont il parle, je le vis tous les jours dans mon métier. Tu essaies de monter une filière courte avec les éleveurs locaux, tu fais la démarche de sourcer en péi, et t'as toujours un ou deux qui te regardent de travers comme si tu voulais leur prendre quelque chose. C'est vrai que quand un artisan réussit ici, ça devrait tirer tout le monde vers le haut, pas créer des jalousies.