Christophe Estève, référent Outre-mer de Place publique, publie une tribune dans laquelle il conteste le cadrage du débat sur le recours à des travailleurs étrangers dans l'agriculture réunionnaise. Pour lui, la vraie question n'est pas celle du manque de main-d'œuvre, mais celle du modèle agricole de l'île.
L'expérimentation en cours, qui vise à recruter des travailleurs étrangers pour pallier les difficultés de recrutement dans les champs, est présentée comme une réponse pragmatique. Estève la juge insuffisante. « Le vrai problème n'est pas le manque de bras. Le vrai problème est le modèle agricole que nous continuons obstinément à défendre », écrit-il.
Il pointe la monoculture de la canne à sucre, qu'il décrit comme un héritage colonial mobilisant des milliers d'hectares, dépendant massivement des aides publiques et produisant peu pour l'alimentation locale. Il rappelle que plus de 170 000 personnes sont inscrites à France Travail à La Réunion, et interroge les raisons profondes qui éloignent les candidats des métiers agricoles : salaires, conditions de travail, mécanisation, formation, perspectives d'évolution.
La tribune aborde également les enjeux sanitaires et environnementaux liés à la culture intensive de la canne, et juge la transition agroécologique encore insuffisante. Estève plaide pour un développement des cultures vivrières, du maraîchage, de l'arboriculture et des légumineuses, et pour le renforcement des circuits courts et de la transformation locale.
« L'avenir agricole de La Réunion ne se construira ni dans la nostalgie d'un modèle hérité de la colonisation ni dans l'importation permanente de solutions de court terme », conclut-il, appelant à faire de la souveraineté alimentaire une priorité politique.


7 commentaires
Mon beau-frère il a essayé de vendre ses légumes au marché de Saint-André, les gens s'arrêtent, regardent, demandent le prix et repartent acheter les tomates du supermarché d'à côté. Pourtant ses tomates elles sentent quelque chose, elles ont du goût. Je comprends pas toujours ces histoires de modèle agricole mais ce que je vois moi dans ma vie c'est ça.
@Karambole, ce que tu décris c'est exactement le problème de visibilité des producteurs locaux. Les gens ne savent pas que t'existes, et côté digital les agriculteurs réunionnais sont quasi absents. Si on veut que les circuits courts marchent vraiment, faut aussi penser à comment les rendre visibles, pas juste au niveau production. Y'a un vrai travail de communication à faire sur le péi, et j'entends personne en parler dans cette tribune.
La tribune pointe des problèmes réels, mais elle reste vague sur les solutions concrètes. Transformer le modèle agricole réunionnais en 5 ans, avec 170 000 demandeurs d'emploi dont une grande partie sans qualification agricole, c'est plus facile à écrire qu'à faire. Quelles expériences similaires en Outre-mer ou en Méditerranée on peut citer comme référence ? Parce que parler de souveraineté alimentaire sans chiffrer le coût de la transition, ça ressemble plus à un manifeste politique qu'à un plan d'action.
J'ai eu un agriculteur de la plaine des Cafres dans ma voiture la semaine dernière, il m'a dit exactement ça, personne veut venir travailler la terre parce que le salaire ça suit pas. Mais faut entendre aussi l'autre côté, j'ai eu un jeune de Saint-Louis qui cherchait du boulot depuis huit mois, il avait jamais pensé à l'agriculture parce que personne lui avait proposé une formation correcte. C'est pas simple le domoun à La Réunion, y'a des solutions mais faut que tout le monde s'y mette.
Moi je dis alé !
Enfin quelqu'un qui dit tout haut ce qu'on vit sur le terrain. Moi ça fait des années que je cultive mes chouchous, mes brèdes, mes haricots verts sous la pluie de Sainte-Suzanne, et les gens veulent du local mais achètent ce qui coûte moins cher à côté. Le problème c'est pas les bras, c'est que le modèle canne i fo le repenser de fond en comble. Y'a de la place pour du maraîchage sérieux dans ce péi, faut juste arrêter de subventionner l'ancien monde.
La tribune soulève des points qui méritent attention, notamment sur l'articulation entre les dispositifs d'insertion existants et les besoins réels du secteur agricole. On peut toutefois se demander si le sujet de la souveraineté alimentaire trouvera une traduction concrète dans les prochains documents de planification régionale, ou s'il restera au stade des intentions affichées. Les collectivités ont leur rôle à jouer, mais les leviers restent complexes à activer.