Cinq mois après une première réunion avec le Département de La Réunion sur la réforme de la fiscalité des alcools, les représentants de la filière rhum n'ont toujours reçu aucune réponse à leurs demandes de concertation. La campagne sucrière doit démarrer mercredi 8 juillet dans le Nord et dans l'Est.
« La première rencontre avec le Département a eu lieu en février. Cela fait maintenant cinq mois sans nouvelles et cela commence à nous inquiéter », déclare Teddy Boyer, président de La Réunion des Rhums, le syndicat des rhums de l'île. Le 31 mars, un courrier co-signé par le président du syndicat et les co-présidents du Comité paritaire de la canne et du sucre a été adressé à la collectivité pour réclamer un calendrier de travail et de nouvelles réunions. Sans succès. « Nous avons effectué une relance écrite en avril et nous avons également sollicité verbalement une réponse lors des États généraux organisés en préfecture il y a deux semaines. À ce jour, nous n'avons toujours pas de retour », regrette-il.
Au cœur du dossier : le plafond de taxation applicable aux rhums produits localement, actuellement fixé autour de 12 à 13 euros. « Le sujet pour nous, ce n'est pas un ou deux euros immédiatement ou dans dix ans. Le sujet, c'est le plafond actuellement fixé autour de 12 à 13 euros. C'est ce plafond que nous avons besoin de revoir sérieusement parce qu'il handicape fortement la production locale », affirme Teddy Boyer. La filière rappelle que les ventes de rhums ultramarins ont reculé de 15 % entre 2020 et 2025, sous l'effet des hausses de fiscalité intervenues ces dernières années. À La Réunion, près de 80 % de la production est destinée à l'exportation.
Les conséquences potentielles dépassent les seuls producteurs de rhum. Selon des estimations présentées il y a quelques mois, une application du plafond envisagé pourrait représenter près de trois millions d'euros de recettes de mélasse en moins, soit environ trois euros par tonne de canne pour les planteurs. Lors d'une réunion organisée fin janvier avec le Syndicat du sucre, la Chambre d'agriculture et les syndicats de planteurs, Teddy Boyer avait été direct : toucher au rhum, c'est réduire le revenu des planteurs.
La filière dit ne pas s'opposer à des mesures de santé publique, mais exige qu'elles soient construites collectivement. « Nous demandons depuis le début que l'on mette autour de la table les collectivités, les services de l'État et tous les acteurs concernés. Il faut peser à la fois les impacts économiques et les bénéfices attendus en matière de santé publique avant toute décision », insiste Teddy Boyer.
Du côté du Département, le président Cyrille Melchior s'est voulu rassurant lors de la dernière Foire agricole de Bras-Panon. « La volonté du Département n'est pas d'asphyxier les producteurs locaux, au contraire. Nous sommes pour la protection de ces filières », a-t-il déclaré, promettant qu'il n'y aurait pas de décision arbitraire et brutale. Le premier vice-président chargé des affaires agricoles, Serge Hoareau, a indiqué qu'une nouvelle réunion devait être organisée prochainement. La filière, elle, attend un calendrier précis avant que les premières cannes ne soient coupées.


8 commentaires
Comme dit Karambole, trois euros la tonne ça fait sourire certains mais multiplie par une campagne entière et là tu rigoles plus. Le Département devrait fixer une date de réunion cette semaine, pas promettre vaguement à la Foire agricole.
Moi je produis mon rhum arrangé avec mes plantes et mes fleurs de Saint-Joseph, je vends en direct sur les marchés, pas un gramme en grande surface. Ce plafond de taxation dont on parle, pour les petits producteurs artisanaux comme moi il peut littéralement faire la différence entre continuer ou arrêter. On n'a pas les volumes pour absorber des hausses de coût, on n'a pas les marges de la grande distillerie. Et pendant que le Département ne répond pas aux courriers, la campagne sucrière elle, elle démarre mercredi. Les cannes elles attendent pas, elles.
@Lulu, c'est exactement ça. Le rhum arrangé c'est toute une culture, pas juste un produit. Dommage qu'on s'en souvienne seulement quand y'a une taxe qui menace.
C'est pareil pour nous dans le centre-ville, les décisions tombent et on apprend les choses dans le journal. Moi mes clients qui viennent acheter des bouteilles pour les fêtes de famille, si les prix montent encore, ils vont commander sur internet ou aller à la grande surface. Le petit commerce il absorbe tous les chocs mais personne nous demande notre avis avant que ça soit trop tard.
Un courrier envoyé en mars, relance en avril, relance orale en mai... et toujours rien. À un moment faudrait juste rendre les échanges publics et traçables, genre un portail où on voit les demandes en attente et les délais de réponse. Là on marche à l'ancienne.
Ce que dit Teddy Boyer sur les planteurs, i fo pas le sous-estimer. Trois euros de moins par tonne de canne, ça paraît rien sur le papier, mais sur une campagne entière c'est des familles qui voient leur revenu baisser. On parle toujours de soutenir l'agriculture locale dans ce péi et au moment où ça compte vraiment, le silence.
Cinq mois sans réponse à un courrier co-signé par plusieurs organisations professionnelles, c'est quand même impressionnant. En Bretagne j'avais vu des filières agro obtenir des réunions de travail en moins de six semaines quand une campagne démarrait. Je comprends que les décisions fiscales sont complexes ici avec la superposition des compétences, mais un simple accusé de réception sur le fond ça coûte rien.
Moi je vends du rhum arrangé sur mon food truck et c'est clairement ce qui fait revenir les clients le soir. Si demain les tarifs flambent encore, c'est mes prix que je dois revoir, et les gens i vont aller ailleurs. C'est pas que le rhum, c'est tout l'équilibre du commerce local qui est fragile.