Le Parquet national financier (PNF) est sur le point de clôturer son enquête sur le dispositif d'aides Acacias, mis en place par la Région Réunion entre 2019 et 2021. Il envisage de renvoyer plusieurs personnes devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption et prise illégale d'intérêts. L'information est rapportée par Le Monde.
Lancé sous la mandature de Didier Robert, le dispositif Acacias — dont l'acronyme signifie Accompagner, Consolider, Adapter, Conquérir, Innover, Ancrer — visait à soutenir les TPE, PME et start-up réunionnaises, en particulier pendant la crise sanitaire. Il permettait d'obtenir des subventions allant jusqu'à 50 000 euros pour financer des investissements, des équipements ou des prestations de conseil. Au total, plus d'un million d'euros de subventions sont concernés par l'enquête.
L'affaire avait émergé après l'alternance de 2021 : la nouvelle majorité régionale avait commandé un audit interne qui révélait des anomalies dans l'attribution des aides, avant qu'un signalement ne soit adressé à la justice. En juillet 2024, le PNF avait perquisitionné les locaux de la direction de l'Économie de la Région Réunion.
Deux fonctionnaires de la direction des affaires économiques sont soupçonnés d'avoir favorisé certaines entreprises dans l'attribution des subventions, en échange de contreparties financières ou d'avantages personnels. Placés en garde à vue au cours de l'enquête, ils contestent l'existence de tout pacte de corruption.
Le rôle de l'ancien président de Région, Didier Robert, qui validait les dossiers de subvention, a également été examiné. Selon Le Monde, les éléments réunis par le PNF ne conduisent pas, à ce stade, à le mettre en cause. L'enquête n'aurait pas non plus permis d'établir de lien avec un éventuel financement politique, que ce soit lors des campagnes municipales de 2020 ou régionales de 2021.
Il appartient désormais au PNF de prendre ses réquisitions, avant qu'un juge ne se prononce sur la tenue d'un éventuel procès. Une décision est attendue dans les prochains mois.


9 commentaires
Une précision importante : le renvoi en correctionnelle n'est pas encore acté, c'est le PNF qui envisage de prendre des réquisitions en ce sens. C'est le juge d'instruction qui décidera ensuite de renvoyer ou non. Il y a encore une étape procédurale significative avant un éventuel procès, et il serait prématuré de présenter les personnes visées comme des prévenus à ce stade.
Franchement les startups réunionnaises qui ont galéré à monter leurs dossiers Acacias pendant la crise et qui ont rien eu, ça fait mal à voir si c'est confirmé que le système était biaisé dès le départ. J'ai des potes qui ont passé des semaines sur leurs business plans pour au final zéro retour, pendant que d'autres décochaient 50k en deux semaines. C'est pas un bug c'est une feature visiblement.
@Kelly soulève un point qui mérite attention. Il faut bien distinguer ce qui relève d'une instruction hiérarchique, d'une pression du contexte, et d'une démarche personnelle. Dans un dispositif d'urgence monté rapidement, les procédures internes sont souvent allégées, ce qui laisse une marge d'appréciation plus large aux agents instructeurs. Cela ne les exonère pas, mais ça interroge sur la chaîne de responsabilité dans sa globalité.
Moi j'étais encore à l'hôpital en 2020, on travaillait comme des fous pendant la crise, et pendant ce temps des gens se servaient tranquillement dans la caisse des aides. Si c'est vrai ce qu'on dit, c'est une honte. Les marmay qui avaient des petits commerces et qui attendaient un coup de pouce, eux ils ont attendu pour rien.
Nous dans les hauts on n'a jamais vu la couleur de ces aides-là. Acacias c'était surtout pour les start-up et les consultants d'en bas, pas pour les maraîchers de Salazie.
Ce qui me frappe dans cet article c'est que ce sont deux fonctionnaires qui sont soupçonnés, des agents qui faisaient leur travail au quotidien dans un contexte de crise sanitaire avec une pression énorme. Je dis pas qu'ils ont bien fait si les faits sont avérés, mais y'a souvent un écart entre ce qui est décidé en haut et ceux qui se retrouvent à porter le chapeau en bas. Dans nos entreprises on voit ça aussi, les injonctions contradictoires ça finit par casser les gens.
Les subventions, les audits, le PNF... On verra bien ce que ça donne au final. Moi j'ai demandé une aide une fois, j'ai jamais eu de réponse. La mer, elle, elle répond toujours.
Bon, une cliente m'a parlé de ça ce matin pendant sa mise en plis. Elle disait que son mari avait postulé à Acacias et n'avait jamais rien reçu, alors que le voisin avait tout eu en deux semaines. On comprend mieux peut-être, lé pa fasil d'accepter ça.
On était nombreuses à avoir monté un dossier Acacias à l'époque, et franchement y'a eu des questions dès le départ sur pourquoi certains obtenaient facilement et d'autres non. Si le PNF confirme des favoritismes, ça expliquerait beaucoup de choses. Les aides publiques pour les TPE c'est vital, mais faut que les règles soient les mêmes pour tout le monde, sinon ça fausse complètement la concurrence.