L'Assemblée de Mayotte a adopté ce mercredi 17 juin 2026 la création d'un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) pour reprendre la gestion du port de Longoni. Le texte a recueilli quatre abstentions et deux voix contre. La séance se tenait dans un hémicycle Younoussa Bamana particulièrement rempli : syndicalistes du port et membres de l'association Femmes Leaders avaient fait le déplacement.
Le vote était attendu depuis plusieurs semaines. La délégation de service public confiée à Mayotte Channel Gateway arrive à échéance le 1er septembre prochain, sous réserve des décisions de justice encore pendantes. Le principe de l'EPIC avait été acté en février par le Département-Région, mais la structure restait à valider formellement. Quelques heures avant l'ouverture de la séance, salariés et représentants syndicaux avaient bloqué les entrées et sorties de marchandises du port pour peser sur le vote.
Le président du Département-Région, Ben Issa Ousséni, a défendu l'EPIC comme la seule solution capable d'assurer la continuité d'exploitation, faute de position claire de l'État. « La préoccupation principale aujourd'hui c'est que les cinquante-huit salariés impactés directement par la fin de la délégation de service public puissent reprendre leur travail dès le 1er septembre et qu'il n'y ait pas de rupture d'approvisionnement », a-t-il déclaré. Il a aussi regretté publiquement le silence du gouvernement : « J'aurais aimé une réponse claire du Gouvernement sur la gestion du port de Mayotte, mais pour le moment il n'y en a pas. »
Sur le volet financier, Ben Issa Ousséni a précisé que les sommes avancées par la collectivité constitueraient « une avance remboursable au bout d'un an » et non une subvention. Il a justifié la hausse des besoins par l'état des installations que laisserait Mayotte Channel Gateway, rappelé que le port dégage chaque année entre quinze et vingt millions d'euros d'excédents, et qualifié l'EPIC de « solution la plus rentable » en l'absence d'actionnaires privés à rémunérer. L'établissement sera administré par un conseil de treize membres : sept représentants du Département-Région, deux représentants de l'État, un représentant de la Communauté d'agglomération du Grand-Nord de Mayotte, un représentant de la Communauté de Communes de Petite-Terre, un représentant de la Chambre de commerce et d'industrie de Mayotte, et un représentant du personnel.
Dans l'opposition, les critiques ont porté sur le coût et le manque de lisibilité du projet. Hélène Pollozec, élue du canton de Mamoudzou-3, a relevé que le financement évoqué était passé d'un million d'euros à « 4, voire 8 millions d'euros », dénonçant « l'absence de clarté » autour du projet avant de s'abstenir. Soula Saïd Souffou, élu du canton de Sada-Chirongui, a plaidé pour la régie directe, qu'il juge moins coûteuse et qui avait déjà été utilisée par le passé pour Longoni. Il a mis en parallèle les millions annoncés pour l'EPIC avec les réponses reçues lors de la crise Chido : « Lorsque j'ai demandé des moyens pour aider les Mahorais sinistrés par Chido, on m'a répondu qu'il n'y avait pas d'argent. Aujourd'hui, on nous annonce plusieurs millions d'euros pour l'EPIC. Je veux savoir d'où vient cet argent et obtenir des réponses claires. »
Le Conseil économique, social et environnemental de Mayotte (CESEM) avait rendu un avis réservé, pointant le manque de précisions sur le devenir des salariés, l'indemnisation du délégataire actuel et les garanties de continuité d'activité. Le Conseil portuaire s'était quant à lui prononcé contre l'EPIC le 15 juin. Les Femmes Leaders défendaient un statut de port régional, estimant qu'il préserverait une gouvernance mahoraise. À l'issue du vote, les syndicats ont salué la décision en sortant de l'hémicycle. L'association Femmes Leaders n'a pas réagi.


0 commentaire
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !