Espace membre :

Suivez-nous

LBU à La Réunion : les bailleurs sociaux alertent sur une coupe à 27 millions

Partager sur :
LBU à La Réunion : les bailleurs sociaux alertent sur une coupe à 27 millions

"C'est mettre les Réunionnais en danger" : Le logement social est-il au bord du gouffre ? - Crédit Zinfos974 - Social


Les sept bailleurs sociaux de La Réunion ont réuni jeudi 18 juin, dans les locaux de la CCIR, les représentants du BTP, les chambres consulaires et plusieurs collectivités pour signer une motion commune. Leur demande : que l'État revienne sur la baisse annoncée des crédits de la Ligne budgétaire unique (LBU), principal outil de financement du logement social dans les Outre-mer.

Les chiffres avancés par les bailleurs disent l'ampleur des craintes. L'enveloppe LBU destinée à La Réunion dépassait 85 millions d'euros en 2024, elle s'établit à environ 78,5 millions en 2025. Les projections pour l'an prochain font état d'une chute à 27 millions d'euros. Un écart que les professionnels présents jugent impossible à absorber sans conséquences directes sur les programmes en cours ou à venir.

«C'est mettre en danger les Réunionnais», a déclaré la présidente de Région Huguette Bello lors de la mobilisation. Plus tôt dans la semaine, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou avait tenté d'apaiser les inquiétudes, expliquant que les montants notifiés ne correspondaient qu'à une «première vague» de crédits et que d'autres financements pourraient suivre. Une réponse jugée insuffisante par les professionnels, qui réclament des garanties concrètes.

Le temps long du logement aggrave la situation. Entre la conception d'une résidence et la remise des clés, cinq ou six années s'écoulent fréquemment. Les arbitrages de 2026 façonneront donc le visage du logement réunionnais au début de la prochaine décennie.

La demande, elle, ne faiblit pas. L'Insee estime, dans son étude Les besoins en logements à La Réunion à l'horizon 2050, que l'île devra produire plus de 5 700 logements chaque année pour suivre l'évolution de sa population. Plus de 50 000 ménages attendent déjà un logement social sur le territoire.

Les bailleurs pointent aussi l'impact sur l'économie locale. Le logement social représente près d'un tiers de la commande publique du bâtiment à La Réunion. Une réduction brutale des programmes toucherait les entreprises de gros œuvre, les bureaux d'études, les artisans et leurs salariés, autant que les familles en attente d'un logement. Dans les Outre-mer, où les surcoûts liés à l'insularité, au foncier et aux matériaux rendent les opérations bien plus dépendantes des financements publics qu'en métropole, amputer la LBU modifierait durablement la capacité de construction de l'île.

Source

8 commentaires

Écrivez votre commentaire...
J
Jean-Marc 18/06/2026 à 17:26

Trente pour cent de la commande publique du bâtiment, l'article le dit, et c'est exactement ce que je vis depuis vingt ans. Quand la LBU ralentit, c'est mes bons de commande qui se vident en premier, avant même que les gros de gros œuvre ne soient touchés. L'an dernier j'avais deux chantiers de finition sur du logement social à Saint-Paul, là j'attends toujours la confirmation d'un troisième. Si ça tombe à 27 millions, autant fermer la porte.

T
Thierry Lebon 18/06/2026 à 17:20

Une précision qui me semble utile : la LBU n'est pas à proprement parler une ligne budgétaire au sens ordinaire du terme, mais une dotation inscrite au programme 123 de la mission Outre-mer, ce qui lui confère une logique de fongibilité que n'ont pas les crédits sectoriels classiques. Ce que la ministre appelle "première vague" renvoie probablement à une mise en réserve de précaution classique en début d'exercice, mais les bailleurs ont raison de demander des garanties écrites, car sans notification ferme les opérateurs ne peuvent pas engager juridiquement leurs marchés.

B
Bichik 18/06/2026 à 16:30

50 000 familles qui attendent, ça fait beaucoup de vies suspendues.

K
KékéSurf 18/06/2026 à 16:16

Mon associé et moi on galère déjà à trouver un local correct à Saint-Leu pour agrandir l'école, alors si en plus les logements sociaux se font couper, les jeunes saisonniers qui viennent bosser sur la côte vont dormir où exactement. C'est pas un problème de chiffres, c'est un problème de vie réelle.

A
Anaëlle 18/06/2026 à 15:19

Ce chiffre de 5 700 logements par an d'ici 2050, ça m'a frappée. Est-ce que quelqu'un sait si des startups ou des entreprises innovantes travaillent sur des solutions de construction moins chères adaptées à La Réunion, pour réduire justement cette dépendance aux financements publics ? Je me demande si l'angle entrepreneurial peut faire partie de la réponse, pas pour remplacer l'État bien sûr, mais pour compléter.

P
Pti-Louis 18/06/2026 à 15:13

La ministre dit "première vague", les bailleurs disent "catastrophe". On a déjà entendu ça, des promesses en attendant. Lé pa fasil de construire ici, et eux à Paris i fo qu'ils comprennent ça un jour.

M
Margaux 18/06/2026 à 15:10

Je ne connaissais pas du tout la LBU avant de lire cet article. En métropole j'entendais parler des HLM et des bailleurs sociaux, mais je n'avais pas idée qu'il existait un mécanisme de financement spécifique aux Outre-mer. Est-ce que quelqu'un sait si ce dispositif date de longtemps, ou si c'est relativement récent ? Et si la coupe se confirme, est-ce que ça peut avoir un impact aussi sur le parc locatif privé, genre les loyers qui montent parce qu'il y a moins d'offre sociale ?

T
Tom Bib 18/06/2026 à 15:01

Il y a quelque chose de presque kafkaïen dans cette situation. On bâtit des logements sur dix ans, et des arbitrages budgétaires décidés à Paris en quelques semaines peuvent réduire à néant des années de planification. Patrick Chamoiseau écrivait que le logement, c'est la dignité incarnée dans la pierre. Quand l'État coupe 27 millions sur une enveloppe de 78, on ne coupe pas dans des chiffres, on coupe dans des projets de vie. Ce qui me frappe, c'est que la question des Outre-mer revient cycliquement dans le débat public, toujours dans l'urgence, jamais dans la continuité. Les 50 000 ménages en attente, eux, n'ont pas le luxe du temps long.