Le conseil municipal de Salazie a voté mardi soir une hausse des indemnités de ses élus, portant celle de la maire Sidoleine Papaya de 839,17 euros à 2 011 euros bruts mensuels, soit une progression de près de 140 %. Un montant qui reste inférieur à celui de la plupart des autres maires de l'île.
La revalorisation s'est faite en deux temps. D'abord, une révision des taux indemnitaires dans le cadre du régime légal. Avec ses 7 285 habitants, la commune dispose d'un plafond fixé à 58,3 % de l'indice brut terminal de la fonction publique pour le maire. Le taux appliqué à Sidoleine Papaya passe de 20,55 % à 39,14 %, sans atteindre ce maximum. Pour les adjoints, il progresse légèrement, de 14,30 % à 14,60 %. Les conseillers municipaux, eux, voient leur taux baisser de 6 % à 5,23 %, ce qui ramène leur indemnité de 245,01 euros à 214,98 euros. L'ensemble reste dans l'enveloppe mensuelle maximale autorisée de 10 064,50 euros.
Ensuite, la majorité a voté une majoration supplémentaire de 25 % pour tous les élus, rendue possible par le classement de Salazie en station de tourisme. C'est ce cumul qui porte l'indemnité de la maire à 2 011 euros bruts, celle d'un adjoint à 750,16 euros et celle d'un conseiller à 268,72 euros.
L'opposition, conduite par Jimmy Armand, ancien candidat aux municipales, a vivement contesté ces deux délibérations. « Madame la maire, pourquoi vous augmentez-vous ? », a-t-il lancé en séance, dénonçant « une mauvaise image et un mauvais signal au regard des contraintes, des baisses budgétaires, de la vie chère, des 51 % de Salaziens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. On se sert avant de donner aux Salaziens. » Il a également mis en cause la baisse des indemnités des conseillers au profit de la hausse de celle de la maire : « Vous augmentez votre rémunération en ponctionnant les conseillers qui se font plumer et sont les dindons de la farce. »
Armand a élargi le débat en additionnant l'ensemble des indemnités perçues par Sidoleine Papaya : 2 567 euros comme conseillère départementale et 246 euros comme conseillère communautaire à la Cirest, soit 4 800 euros bruts mensuels selon ses calculs. « Pourquoi avez-vous besoin de 4 800 euros d'argent public ? », a-t-il interpellé.
La sixième adjointe Marie-Jeanne Elisabeth a pris la parole pour défendre la maire : « Un maire à 1 600 euros, quand on voit le travail qu'elle fait pour Salazie contre vent et marée, à chaque fois sur le terrain, personne autour de cette table, aucun Salazien, ne pourra lui reprocher ça. Elle travaille et ne dort pas pour Salazie. » L'adjoint aux finances Mario Moreau a rappelé de son côté que la revalorisation s'inscrit dans le cadre de la réforme du statut de l'élu local.
Interrogée en marge du conseil, Sidoleine Papaya a précisé vivre désormais exclusivement de ses indemnités d'élue, après avoir progressivement réduit puis cessé son activité de gérante d'une entreprise de transport lors de ses élections successives. Elle a aussi indiqué avoir perdu son poste de vice-présidente de la Cirest, Salazie ne disposant plus que d'un seul siège au sein de cette instance, occupé par Mario Moreau. « Je n'ai pas d'autres rémunérations. Mon adversaire a mis sur la table toutes mes indemnités, à la Cirest et au Département. Je n'ai rien à cacher », a-t-elle déclaré. À titre de comparaison, l'indemnité du maire de Sainte-Suzanne s'établit à 4 254 euros bruts et celle du maire de Bras-Panon à près de 3 200 euros. Les délibérations ont été adoptées à la majorité, l'opposition réunissant trois voix contre, dont celle de Thierry De Gerus.


9 commentaires
J'ai pris un client ce matin qui revenait de Salazie, il m'a dit que dans le village y'a deux clans maintenant, ceux qui trouvent que c'est normal et ceux qui sont anlèr. Moi dans mon métier je ramasse pas grand chose non plus et j'entends tout et son contraire, mais une chose que j'ai compris : quand les gens voient le mot "augmentation" dans le journal, le débat est déjà perdu avant d'avoir commencé.
Ce que je trouve intéressant à regarder, c'est la mécanique du cumul des mandats et des indemnités. On parle de 4 800 euros bruts consolidés, ce qui n'est pas une somme extravagante pour quelqu'un qui exerce en réalité trois fonctions publiques simultanément. La vraie question à poser, c'est plutôt celle du coût d'opportunité : combien vaut économiquement le fait de piloter une commune de 7 000 habitants, de siéger au Département et d'assurer la représentation à la Cirest ? @Marie-Hélène a raison de rappeler l'esprit de la réforme de 2024, c'est exactement ça le fond du sujet. Ce qui est contestable, en revanche, c'est la baisse simultanée des conseillers municipaux. On peut défendre la revalorisation du maire, mais la redistribution interne mérite une explication plus claire que ce qui a été donné en séance.
Je découvre cet article et j'essaie de comprendre le fonctionnement local. En métropole, les indemnités des maires de communes de taille comparable tournent souvent autour de 1 500 à 2 000 euros bruts aussi, donc le montant en lui-même ne m'a pas choquée. Ce qui m'interroge c'est le classement en station de tourisme qui permet la majoration de 25 %, est-ce que Salazie bénéficie vraiment de retombées touristiques suffisantes pour justifier ce statut ? On tient un gîte à Saint-Gilles et on sait que la réalité du tourisme réunionnais est très inégale selon les zones.
@Karambole, tu mets le doigt dessus. Moi je suis boucher à Bras-Panon, je passe mes nuits à débiter, je négocie pied à pied avec mes fournisseurs pour pas me faire écraser par les grandes surfaces, et au bout du compte les marges ressemblent à rien. 2 000 euros pour un élu qui gère une commune entière, c'est peut-être pas excessif, je dis pas ça, mais qu'on vienne pas me parler de vie chère pendant un conseil et voter une hausse de 140 % dans la foulée. Le signal, il passe mal.
Pour être précise : 2 011 euros bruts, ça donne aux alentours de 1 600 euros nets selon le régime fiscal applicable aux indemnités d'élus. Les 4 800 euros cités par l'opposition sont des bruts cumulés, tous mandats confondus, c'est pas tout à fait la même chose à comparer.
Franchement le vrai sujet c'est la communication autour de cette décision. Annoncer une hausse de 140 % sans un message clair en amont sur le cadre légal et le fait que ça reste sous le plafond, c'est une erreur de com classique. Les chiffres bruts sans contexte ça part vite en viral pour les mauvaises raisons, et après c'est très dur de rattraper l'image.
Une cliente m'a parlé de ça ce matin pendant que je lui faisais ses racines, tout le monde en cause à Saint-André aussi. Ce que j'ai retenu c'est que la dame a arrêté son entreprise de transport pour se consacrer à la commune, ça c'est quand même un sacrifice que peu de gens remarquent.
Moi je vends mes légumes au marché tous les samedis matin sous la pluie à Sainte-Suzanne, et à la fin du mois je ramasse moins que 2 000 euros, sans cotiser correctement pour ma retraite par-dessus le marché. Alors que l'augmentation soit légale ou pas, le timing lé pa fasil à avaler pour les gens du coin qui galèrent vraiment.
Ce qui mérite d'être rappelé ici, c'est que la réforme du statut de l'élu local de 2024 visait précisément à permettre à des maires de communes modestes de vivre décemment de leur mandat, sans devoir cumuler avec une autre activité. À Salazie, avec 51 % de la population sous le seuil de pauvreté, le débat symbolique est compréhensible, mais il ne faut pas confondre le signal politique et la réalité juridique. Ce vote s'inscrit dans un cadre légal strict, l'enveloppe globale reste dans les plafonds autorisés, et la maire elle-même dit n'avoir plus d'autre source de revenus. L'opposition a le rôle de questionner, c'est sain, mais les comparaisons avec Sainte-Suzanne ou Bras-Panon montrent que 2 011 euros reste très en dessous de la norme sur l'île.