Les automobilistes réunionnais émettent moins de CO2 que leurs homologues de l'Hexagone, mais la dépendance à la voiture reste forte et le parc automobile grossit chaque année. C'est le principal enseignement d'une étude publiée ce mardi 16 juin, conduite conjointement par l'Insee Réunion-Mayotte et la DEAL La Réunion.
En 2022, les déplacements automobiles des ménages ont généré 670 000 tonnes de CO2, soit près de la moitié des émissions du transport routier sur l'île. Ramenée à la population, cette empreinte représente une tonne de CO2 par adulte, contre 1,3 tonne dans l'Hexagone hors Île-de-France. L'écart tient à un parc plus léger, plus récent et moins puissant qu'ailleurs : plus de la moitié des véhicules pèsent moins de 1,25 tonne et 55 % affichent une puissance inférieure ou égale à 75 kW.
Cet avantage relatif doit beaucoup à une motorisation encore limitée. Avec 58 voitures pour 100 adultes, La Réunion figure parmi les territoires les moins équipés de France. Un quart des ménages ne possède aucun véhicule, contre 15 % dans l'Hexagone. Mais la tendance va dans l'autre sens : entre 2013 et 2025, le parc des ménages a progressé d'environ 7 000 véhicules par an. Près de 392 000 voitures particulières circulent aujourd'hui sur l'île, auxquelles s'ajoutent 45 000 véhicules de fonction ou de location. Au rythme actuel, le parc pourrait atteindre 540 000 unités d'ici 2050, sur des axes déjà régulièrement saturés.
Les trajets domicile-travail concentrent un quart des émissions liées aux déplacements en voiture, soit 190 000 tonnes de CO2 par an. Sur les 277 000 actifs qui se déplacent pour travailler, 83 % prennent leur voiture, et ces conducteurs sont à l'origine de 95 % des émissions sur ces trajets. Chaque conducteur parcourt en moyenne 118 kilomètres par semaine et génère environ 16 kilos de CO2 hebdomadaires. L'étude précise que ce recours à la voiture relève souvent d'une contrainte plutôt que d'un choix, en raison de l'éloignement des lieux de travail et du manque d'alternatives dans certains secteurs.
Les auteurs ont aussi simulé l'effet d'un report modal limité : si 10 % des automobilistes adoptaient le bus ou le vélo pour leurs trajets professionnels, les émissions liées à ces déplacements reculeraient de 4 à 9,5 %, soit entre 8 000 et 19 000 tonnes de CO2 évitées chaque année. Les infrastructures cyclables restent pour l'heure très en retrait : l'île comptait en 2024 seulement 3,4 kilomètres de voies cyclables pour 100 kilomètres de voirie automobile, contre 4 kilomètres en moyenne au niveau national. Du côté des transports collectifs, la Cinor mise sur le programme Baobab, qui prévoit des voies réservées aux bus entre Saint-Denis et Sainte-Suzanne, connectées à des lignes de téléphériques urbains.
Les disparités territoriales sont marquées. La Cinor affiche les émissions domicile-travail les plus faibles, avec une moyenne de 10 kilos de CO2 par semaine et par actif, grâce à une offre de transport en commun plus étoffée et une plus grande proximité emploi-habitat. La Cirest présente à l'inverse les niveaux les plus élevés, avec 87 % des trajets professionnels effectués en voiture et des distances plus longues. La mobilité électrique reste quant à elle marginale : au 1er janvier 2025, seuls 8 600 véhicules électriques circulaient sur l'île, soit 2 % du parc des ménages.
L'étude replace ces données dans un cadre plus large. Pour tenir les engagements climatiques de la France à l'horizon 2050, les émissions moyennes devraient descendre à deux tonnes de CO2 par personne et par an, tous usages confondus. Or un habitant de La Réunion en émet encore environ huit tonnes annuellement, malgré les progrès réalisés dans la production d'électricité renouvelable.


7 commentaires
Ce que l'étude ne mesure pas, c'est ce que les randonneurs me disent quand on arrive à Mafate ou au Piton de la Fournaise après deux heures à pied : ce silence, cette absence de moteur, ça change quelque chose dans la tête. J'emmène des groupes qui viennent de Genève ou de Tokyo justement pour ça. Et chaque année je les récupère au parking de la Plaine des Cafres, où les voitures s'accumulent de plus en plus. C'est un peu contradictoire de venir chercher la nature sauvage du péi en ajoutant une voiture de location au parc. Je me demande si on ne devrait pas réfléchir à des navettes mutualisées depuis les grandes villes pour les points de départ de sentiers, ça réduirait les émissions et ça simplifierait la logistique pour les groupes.
@Olivier, tu as bien raison. J'ai des clients qui me disent la même chose, des infirmières des Hauts qui prennent le taxi parce que le premier bus passe trop tard pour leur prise de poste. Moi j'entends ça tous les jours dans la voiture, lé pa fasil pour tout le monde de se passer du véhicule. Et honnêtement, avec 7 000 voitures de plus par an, les téléphériques de la Cinor ils vont arriver trop tard.
Ces chiffres sur les déplacements domicile-travail m'interpellent vraiment. 83 % en voiture, c'est aussi 83 % de gens qui écoutent des podcasts, de la radio ou scrollent aux feux. Je me demande si des marques locales n'ont pas un intérêt à investir la publicité audio ou les panneaux sur les axes saturés plutôt que de vouloir tout miser sur le digital. Notre péi a ses particularités, et les données de cette étude devraient servir à calibrer les stratégies de communication différemment qu'en métropole.
Ce que l'étude ne dit pas, c'est la galère de ceux qui travaillent en zone rurale, à Lo Tampon ou dans les Hauts. Sans voiture, pas de travail, c'est simple. Moi pour aller à la coopérative à 5h du matin, y'a pas de bus qui passe. On peut pas mettre tout le monde dans le même panier que les actifs de Saint-Denis.
3,4 km de pistes cyclables pour 100 km de route, franchement c'est une blague. Y'a des villes en Hollande qui ont plus de pistes vélo que toute l'île réunie. Avec le relief qu'on a je comprends que c'est compliqué, mais des vélos électriques bien subventionnés plus quelques axes sécurisés sur le littoral et ça change déjà la donne pour les trajets courts. 8600 véhicules électriques pour toute la Réunion, lé pa fasil à défendre ce bilan.
Je pose la question sincèrement : est-ce que les locations de voiture pour les touristes sont comptées dans ces 45 000 véhicules de fonction ou de location ? Parce qu'en Bretagne où j'habitais avant, les études de ce type incluaient rarement les flux touristiques et ça faussait un peu les chiffres. Ça m'aiderait à mieux comprendre l'impact réel de nos hôtes de passage sur l'empreinte globale.
Moi je vois ça tous les matins depuis ma terrasse : la route du littoral bloquée, les voitures qui font le tour par Dos d'Âne ou qui restent coincées des heures. On parle des émissions mais on parle pas assez des bouchons qui font fuir les touristes. Un client qui rate sa demi-journée en mer parce qu'il est bloqué dans les embouteillages depuis son hôtel à Saint-Denis, il revient pas !