Le Rassemblement national à La Réunion a réagi à la signature, mercredi 10 juin, d'un accord de partenariat économique entre l'Union européenne, Madagascar, Maurice, les Seychelles et les Comores. Son délégué départemental, Jean-Jacques Morel, estime que l'île a été écartée des négociations et craint des répercussions économiques pour le territoire.
Dans un communiqué, Jean-Jacques Morel affirme que « La Réunion et Mayotte, terres françaises et parties intégrantes de la République, ont été totalement ignorées lors des négociations menées par la Commission européenne ». Il s'appuie sur les déclarations de l'eurodéputé réunionnais Younous Omarjee, qui avait exprimé son « agacement » et le sentiment « cruel » d'avoir découvert l'existence de cet accord en même temps que le grand public.
Pour le délégué du RN974, cette réaction constitue « un aveu d'impuissance ». Sur le plan économique, Morel écrit que « à force d'aider ses voisins, on finit par s'oublier soi-même, car cet accord va favoriser les délocalisations vers des pays voisins où la main-d'œuvre est moins coûteuse ».
Il dénonce plus largement ce qu'il qualifie de « mépris de la technocratie européenne pour les Français » et appelle à en finir avec les politiques qu'il désigne comme « technocrates et européistes qui piétinent les intérêts des Réunionnais ».


6 commentaires
Moi ce que je vois sur le terrain c'est simple : si la viande bovine de Madagascar ou des Comores rentre avec moins de taxes, les grandes surfaces vont pas se gêner pour baisser leurs prix d'achat aux éleveurs locaux. Et derrière, c'est moi qui prends la pression parce que mes clients veulent du bon prix mais veulent pas entendre parler de fermer la boucherie du coin. Les filières locales, ça tient à pas grand chose, et un accord signé à Bruxelles sans qu'on soit dans la pièce ça peut faire des dégâts concrets ici à Bras-Panon.
@Alex, bonne question sur les secteurs. Sur le numérique, tu as raison, la délocalisation vers Maurice existe déjà depuis un moment, c'est pas cet accord qui change la donne. Mais pour l'agroalimentaire ou la logistique, c'est différent. J'ai vu des dynamiques similaires autour de Nantes quand les accords avec le Maroc ont renforcé certains flux agricoles, les filières locales ont mis du temps à s'adapter. À La Réunion, avec des coûts de production déjà élevés, la marge de manœuvre est plus étroite. Ce serait intéressant d'avoir une analyse filière par filière plutôt qu'un discours global.
Ce qui interpelle, au-delà des postures politiques, c'est la question de la consultation des collectivités ultramarines dans ce type de négociation. La Région et le Département disposent pourtant de compétences reconnues en matière de coopération régionale, il y a des dispositifs qui existent pour ça. Que des élus de terrain découvrent un accord signé en même temps que le grand public, ça interroge sur la chaîne de remontée d'information côté Commission. On peut ne pas partager l'angle du RN974, et pointer quand même un vrai déficit de gouvernance.
Omarjee qui découvre l'accord en même temps que tout le monde, lé pa fasil comme aveu. Le RN surfe dessus, c'est logique, mais la vraie info c'est quand même ça : nos représentants n'étaient pas dans la boucle.
Je découvre ce sujet et je comprends pas encore bien tous les enjeux. En métropole on entend très peu parler de ces accords régionaux pour les DOM, c'est frappant. Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi La Réunion n'a pas le même statut que les autres îles dans ces négociations, vu qu'elle est territoire européen ?
Le coup de com du RN974 est rapide, mais j'aimerais qu'on aille un peu plus loin que le communiqué. Concrètement, quels secteurs réunionnais seraient touchés par des délocalisations vers Maurice ou Madagascar ? Parce que pour le numérique et les services, on est déjà ultra-concurrencés, accord UE ou pas. La vraie question c'est : est-ce qu'une inclusion de La Réunion dans ces négociations aurait vraiment changé quelque chose, ou c'est surtout de la posture politique ?