Un rapport parlementaire signé par les députés François Jolivet et Karine Lebon, élue de La Réunion, dresse un bilan sévère du logement social dans les départements et régions d'Outre-mer. Le document appelle à « une réforme de grande ampleur » face à ce que les rapporteurs décrivent comme une accumulation de difficultés structurelles et conjoncturelles.
Les chiffres donnent l'échelle du problème. Dans les Outre-mer, 700 000 personnes vivent en situation de mal-logement, soit près de trois habitants sur dix. Dans l'Hexagone, ce ratio tombe en dessous d'un sur cent. À La Réunion, quelque 52 000 demandes de logements sociaux sont actuellement en attente.
Le rapport relève un recul marqué des financements publics. La Ligne budgétaire unique (LBU), principal outil de financement du logement social ultramarin, a vu son enveloppe réunionnaise divisée par trois. Elle devrait tomber à 26,7 millions d'euros, une baisse que les rapporteurs jugent « dramatique » pour les opérateurs et la filière de la construction.
La production de logements suit la même trajectoire. Entre 2014 et 2025, le nombre de logements sociaux financés dans les Outre-mer a reculé de 27,2 %. Les livraisons sont passées de 7 398 à 3 794 unités sur la période, soit une baisse de près de moitié — loin de l'objectif fixé par la loi Égalité réelle Outre-mer, qui visait 150 000 logements en dix ans.
Le rapport recense plusieurs facteurs aggravants : pauvreté plus élevée, logements insalubres, foncier rare, coûts de construction en forte hausse, hébergement d'urgence saturé et changement climatique. Dans les départements et régions d'Outre-mer, 75 % des ménages sont éligibles au logement social, contre 71 % au niveau national ; 50 % peuvent prétendre à un logement locatif très social, soit deux fois plus que dans l'Hexagone.
Pour redresser la situation, les parlementaires recommandent notamment de rétablir les financements, d'accroître la production de logements très sociaux, d'accélérer la lutte contre l'habitat indigne et de mieux mobiliser le foncier disponible, en adaptant les programmes aux réalités ultramarines.


7 commentaires
À Salazie on connaît bien les familles qui s'entassent, c'est pas nouveau dans le cirque. Le foncier rare ils en parlent dans leur rapport, wi, mais ici c'est la montagne qui décide, pas les élus.
Comme dit Mémé Marthe, les familles faisaient avec les moyens du bord et ça marchait. Moi je vois pareil dans mon secteur à Saint-Joseph, les gens du circuit court on s'entraide, on trouve des solutions sans attendre les lignes budgétaires. Mais le logement c'est pas une ruche qu'on peut monter seul dans son jardin, ça prend du foncier, du financement, et là visiblement les deux manquent en même temps. Ce rapport au moins dit les choses clairement.
@Patrick974, tu as pas tort sur la consommation des crédits, mais c'est facile de dire que les opérateurs n'arrivent pas à dépenser l'argent quand les délais d'instruction des permis prennent deux ans et que les prix des matériaux ont flambé de 30% depuis le Covid. Moi j'ai un chantier de logements sociaux qui attend depuis dix-huit mois une validation administrative, le budget initial ne tient plus, et personne ne veut prendre la décision de le relancer. Le problème c'est pas que l'argent dort, c'est que le système autour paralyse tout avant même qu'on puisse commencer.
Je découvre ces chiffres et je dois avouer que ça me surprend encore, même après quatre ans ici. En métropole on parle souvent du logement comme d'un problème urbain, parisien, mais là c'est une proportion de la population qui n'a pas d'équivalent. Une chose que je ne comprends pas bien : est-ce que les communes comme Saint-Gilles sont concernées de la même façon, ou est-ce surtout les grands centres urbains qui concentrent ces 52 000 demandes ?
De mon temps à Cilaos, les familles construisaient ensemble, chacun donnait in koudmin, et la maison elle sortait de terre. Aujourd'hui y'a des rapports, des lignes budgétaires, des lois égalité, et les gens dorment toujours dehors.
Quand j'entends 52 000 demandes en attente, je pense à mes clients qui viennent faire leurs courses mais qui habitent à trois familles dans le même appartement. Certains me disent qu'ils attendent depuis cinq ou six ans. Et pendant ce temps leurs loyers privés mangent la moitié du salaire, alors ils achètent moins, ils font attention à tout. C'est pas que des chiffres dans un rapport, ça se voit tous les jours dans ma boutique.
Ce rapport soulève une question que personne ne pose vraiment : si la LBU a été divisée par trois, c'est aussi parce que les opérateurs n'arrivaient pas à consommer les crédits disponibles. Le problème n'est donc pas uniquement budgétaire, il est aussi opérationnel. On peut rétablir les enveloppes, mais si le foncier reste bloqué et que les coûts de construction continuent de flamber, on aura les mêmes résultats dans dix ans. Le rapport dit-il quelque chose sur la capacité réelle des acteurs locaux à absorber un éventuel surplus de financement ?