Le conseil municipal de La Possession a rejeté, samedi 6 juin au matin, le Compte Financier Unique 2025, document retraçant l'exécution budgétaire du dernier exercice de l'équipe conduite par Vanessa Miranville. La majorité d'Erick Fontaine a voté contre ; les élus d'opposition ont voté pour. Conformément à la réglementation, l'ancienne maire a quitté la salle au moment du vote, le document portant sur un exercice exécuté sous sa responsabilité.
Le maire a posé le cadre dès l'ouverture du débat. « Ce vote ne remet pas en cause la sincérité comptable des documents présentés. En revanche, il traduit clairement notre refus d'approuver politiquement la gestion qui a conduit à cette situation. » Erick Fontaine a pointé un faible taux de réalisation des investissements, une dette qu'il juge élevée, des financements perdus et plusieurs observations formulées par la Chambre régionale des comptes. Il a aussi mentionné un courrier adressé à l'ancienne municipalité en mars dernier, relatif à la gestion de plusieurs dossiers, dont la ZAC Moulin Joli. « Nous avons aujourd'hui des financements perdus, une dette élevée, des investissements qui n'ont pas été réalisés et surtout une insuffisante mobilisation des partenaires financiers », a-t-il déclaré.
Vanessa Miranville a défendu pied à pied ses douze années à la tête de la commune. « Quand nous sommes arrivés en 2014, l'épargne nette était négative. Aujourd'hui, elle est positive à hauteur de deux millions d'euros. » L'ancienne maire a revendiqué plus de 110 millions d'euros investis durant ses mandats, citant la reconstruction de l'école Jean-Jaurès, la rénovation d'équipements publics et des travaux sur les réseaux. Sur le faible taux de réalisation avancé par la majorité, elle a estimé qu'une opération non terminée n'est pas perdue : « Elle se poursuit l'année suivante. » Elle a conclu sans détour : « La réalité de 2014, c'était une commune dans le réseau d'alerte. La réalité de 2025, c'est une épargne nette positive depuis plusieurs années. »
Le maire a contesté ce bilan. « Je ne pense pas que les Possessionnais puissent se satisfaire de l'état des gymnases, de certaines écoles ou encore des logements de fonction à La Nouvelle. » Erick Fontaine a également évoqué les pertes d'eau sur le réseau et la situation financière de la SEMOP Eaux de La Possession, annonçant qu'un conseil municipal dédié à la question de l'eau serait organisé dans les prochains mois.
Après plus de deux heures de séance, les débats se sont tendus sur un point portant sur des créations de postes. Vanessa Miranville a mis en cause la pertinence du recrutement d'un photographe-droniste. « La Possession est déjà inondée de photos reflétant soi-disant la vie municipale. J'y vois davantage le culte de la personnalité du nouveau maire. » Fontaine a répondu sans ménagement : « Je peux comprendre que cela vous fasse mal de voir une majorité extrêmement présente sur le terrain. » Il a défendu sa stratégie de communication et précisé que plusieurs créations de postes concernaient des agents ayant réussi des concours de la fonction publique territoriale. « Les agents qui ont réussi leurs concours doivent pouvoir être nommés. C'est un engagement que nous avons pris et que nous respectons. »


6 commentaires
@Margaux, pour répondre à votre question : il s'agit bien d'une règle générale du code général des collectivités territoriales, qui prévoit qu'un élu doit quitter la salle lorsqu'est examiné un acte portant sur une période où il avait personnellement la responsabilité de l'exécution budgétaire. Ce n'est pas propre à La Réunion. Ce qui me frappe davantage dans cet article, c'est que le débat sur les chiffres reste très politique des deux côtés : Miranville cite l'épargne nette, Fontaine cite le taux de réalisation, et l'on ne sait pas vraiment quelle méthodologie chacun utilise pour étayer ses arguments. Une Chambre régionale des comptes qui a formulé des observations, c'est un document public, il serait utile que entrepreneur.re puisse le citer plus précisément pour que les lecteurs s'en fassent une idée par eux-mêmes.
Les financements perdus, ça me parle. À la coopérative on a vu des dossiers partir en fumée parce que les délais n'étaient pas tenus ou les pièces manquaient. Ce n'est pas forcément mauvaise volonté, mais une commune comme une exploitation, si tu mobilises pas tes partenaires au bon moment, l'argent va ailleurs. Ce qui m'interroge c'est la ZAC Moulin Joli, des terres concernées là-dedans ?
Je suis un peu perdue sur le fonctionnement, en métropole j'ai jamais vu un ancien maire rester en salle puis devoir sortir juste avant le vote. Est-ce que c'est une règle spécifique ou ça s'applique partout en France ? Je pose la question honnêtement, pas pour critiquer. Ce qui me frappe aussi c'est la ZAC Moulin Joli citée en passant sans explication, est-ce qu'il y a eu un article sur ce dossier sur le site ?
Deux heures de séance pour ça. La Possession mérite mieux que ces joutes.
Recruter un photographe-droniste pendant que les gymnases tombent en morceaux, franchement ça fait mal à voir. Moi je peux pas me payer un commis en plus si mes frigos fuitent, je répare d'abord. Les priorités, ça se voit dans les actes.
Les pertes d'eau sur le réseau, ça fait des années qu'on en parle. Dans le Sud on connaît bien la valeur de l'eau, surtout quand les saisons sèches s'allongent. Un conseil municipal dédié à la question, c'est bien, mais i fo pas que ça reste une promesse.