Dans un communiqué publié ce jeudi 11 juin, le député Jean-Hugues Ratenon a répondu aux critiques du RN974 et de plusieurs élus de droite, formulées après les récentes déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur l'avenir institutionnel des territoires ultramarins. Le parlementaire accuse ses adversaires de « tenter de faire peur aux Réunionnais en mélangeant tout ».
Pour défendre sa position, Ratenon cite directement le leader de La France insoumise, qui avait déclaré qu'« aucun tabou » ne devait exister sur la question de l'autonomie, et que « la perspective sera le droit complet à l'autonomie quand et seulement quand les populations concernées la souhaitent, et au rythme qu'elles auront choisi ». Selon le député, ces propos répondaient aux revendications d'autres territoires et ne visaient nullement à imposer une évolution institutionnelle à La Réunion. « Jean-Luc Mélenchon n'a jamais proposé d'imposer quoi que ce soit à La Réunion. Il a simplement rappelé un principe démocratique fondamental, c'est au peuple de décider de son avenir », écrit-il.
Le député de l'est accuse l'extrême droite d'« entretenir volontairement la confusion entre autonomie et indépendance alors que ce sont deux choses totalement différentes ». Il rappelle que l'autonomie consiste à accorder davantage de pouvoirs de décision à un territoire tout en maintenant son appartenance à la République française, à la différence de l'indépendance qui conduit à la création d'un État souverain. Il cite à ce titre la Nouvelle-Calédonie, dont le processus vers l'indépendance est selon lui « le résultat d'un long processus politique et démocratique engagé depuis plusieurs décennies », ainsi que la Corse, où un projet de loi sur l'autonomie doit prochainement être examiné par le Parlement.
Sur la situation réunionnaise, Ratenon est sans ambiguïté : « à La Réunion, il n'y a pas de débat sur une évolution institutionnelle ». La position de Mélenchon, précise-t-il, « n'est pas fermée si la demande émane de nous », ce qui signifie qu'une telle évolution ne pourrait intervenir qu'à l'initiative des Réunionnais.
Le député s'en prend également aux arguments de ses opposants sur la « solidarité nationale ». Il cite la baisse des APL, le recul des services publics, un taux de pauvreté de 36 % et les difficultés d'accès à l'emploi et au logement, estimant que « beaucoup de Réunionnais ont surtout le sentiment d'être abandonnés, pas protégés et abusés ». Il conclut en accusant la droite et le RN de chercher à « faire peur pour déclencher des votes » et juge que « l'ignorance et l'improvisation sont des fautes politiques ».


9 commentaires
Moi j'ai soigné des gens pendant trente ans au Tampon, et ce que je vois c'est que les familles galèrent pour les soins, pour le loyer, pour nourrir les marmay. Que ce soit sous autonomie ou sous la République comme maintenant, ça change quoi pour une grand-mère qui attend trois mois son rendez-vous chez le spécialiste ? Ce que Ratenon dit sur les 36% de pauvreté, ça lé vré, je l'ai vu de mes yeux toute ma carrière. Mais j'aimerais qu'on parle autant des solutions que des étiquettes politiques.
@Thierry Lebon, votre précision sur la Corse est tout à fait juste et mérite d'être soulignée. J'ajouterais que la confusion entre autonomie et indépendance n'est pas seulement entretenue par les acteurs politiques, elle existe aussi dans les manuels scolaires, où ces notions sont souvent abordées de manière trop rapide. Dans notre association à Bras-Panon, on a justement organisé des ateliers citoyens l'an dernier pour travailler ces définitions avec des adultes, et le résultat était édifiant : même des personnes très informées confondaient les deux régimes. Ce que Ratenon tente de faire dans ce communiqué, c'est du travail de clarification pédagogique, ce qui ne dispense pas de précision historique.
@Pti-Louis, c'est vrai que les touristes qu'on reçoit à Saint-Gilles ne nous posent jamais ce genre de questions. Mais moi depuis que je lis un peu la presse locale, je me retrouve souvent perdue entre les différents statuts possibles pour les territoires d'outre-mer. En métropole on nous parle très peu de ces sujets, donc j'ai du mal à saisir toutes les nuances. C'est quoi concrètement la différence entre le statut actuel et ce qu'on appelle l'autonomie ici ?
Ce que Ratenon explique sur la distinction autonomie/indépendance, c'est exactement ce que j'essaie d'expliquer à mes collègues quand on parle de gouvernance des territoires. En Bretagne ou en Pays de la Loire, le débat sur les compétences régionales est permanent et personne ne crie à l'indépendantisme. La vraie question c'est plutôt : quels leviers concrets pour décider localement sur l'économie, l'industrie, la formation ? C'est ça qui m'intéresse dans ce débat, pas le jeu politique partisan.
@Zoubi, cette confusion dont tu parles je la rencontre tout le temps sur les sentiers, surtout avec les randonneurs qui viennent de métropole. La semaine dernière encore, quelqu'un m'a demandé si Mafate allait "devenir comme Tahiti". J'essaie toujours d'expliquer calmement que l'histoire de chaque territoire est différente, que la Calédonie a une trajectoire qui lui est propre, construite sur des décennies de tensions et de négociations. Ce travail de clarification, c'est un peu comme baliser un nouveau sentier, ça prend du temps mais si on le fait pas, les gens se perdent.
Ces histoires d'autonomie et d'indépendance, ça dure depuis que je suis gamin. La mer, elle change pas selon ce que disent les politiques. Les touristes qui viennent dans mon gîte, eux ils s'en foutent, ils veulent juste que le péi-la soit beau et accueillant.
Une précision utile pour le débat : la Corse n'est pas encore autonome, le projet de loi constitutionnelle est effectivement en cours d'examen mais il a déjà été renvoyé plusieurs fois. Citer ce cas comme référence aboutie est donc un peu prématuré.
Ce matin j'avais une cliente qui me demandait si La Réunion allait "faire comme la Calédonie", elle avait lu un truc sur son téléphone. J'ai bien vu que la confusion entre autonomie et indépendance, ça marche fort dans les conversations de salon. Ratenon a raison de vouloir expliquer la différence, mais faut que ça descende jusqu'à nous les gens normaux, pas juste dans les communiqués.
Franchement ce débat m'épuise. Pendant que les politiques se disputent sur l'autonomie et l'indépendance, moi j'ai des tables vides le mardi soir et des touristes qui cherchent des prix en baisse. Le 36% de pauvreté cité par Ratenon, ça me parle, ça c'est concret. Mais agiter des peurs sur le statut de l'île pour gagner des voix, ni RN ni LFI n'est innocent là-dedans.