L'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité, jeudi 11 juin, la proposition de loi de la députée réunionnaise Émeline K/Bidi visant à supprimer le mécanisme de récupération sur succession de l'Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), anciennement appelée minimum vieillesse.
Un chiffre résume l'ampleur du problème : 300 000. C'est le nombre de personnes qui, en France, renoncent à l'ASPA alors qu'elles y ont droit. Ce non-recours massif s'explique principalement par la crainte que les sommes perçues soient réclamées à leurs héritiers après leur décès. À La Réunion, où les petites retraites sont courantes et les parcours professionnels souvent marqués par le chômage ou des interruptions de carrière, ce renoncement prend une dimension particulière.
Dans son communiqué, Émeline K/Bidi souligne que « le phénomène est particulièrement marqué dans les Outre-mer et concerne en premier lieu les femmes, dont les parcours professionnels ont souvent été plus précaires ». La parlementaire a également déclaré que « la solidarité nationale ne doit jamais devenir une dette familiale ».
Le texte a évolué au fil des débats. Le gouvernement, qui a finalement soutenu la réforme, a fait adopter un forfait logement destiné à maintenir une équité entre propriétaires et non-propriétaires. Les bénéficiaires actuels disposeront d'un droit d'option : ils pourront choisir de rester dans le dispositif existant ou de basculer vers le nouveau régime, sans que les sommes déjà perçues ne puissent être réclamées à leurs héritiers.
La procédure législative n'est pas terminée. Le texte doit encore passer devant le Sénat avant une adoption définitive.


6 commentaires
@Alex, les chiffres précis à La Réunion je sais pas, mais moi je te parle de ce que je vois tous les jours sur le front de mer. Les vieilles tantes qui viennent prendre un ti carry le dimanche avec leurs familles, elles ont bossé toute leur vie dans des conditions que les jeunes imaginent même pas, et elles ont rien ou presque comme retraite. Si même Alex demande les chiffres, i fo que quelqu'un les publie vraiment, parce que là on parle dans le vide.
Dans les cirques, j'accompagne parfois des seniors qui me parlent de leur vie passée, des années de coupe de canne, des trajets à pied pour rejoindre les champs quand il n'y avait pas de route. Ces gens-là ont construit ce péyi de leurs mains et ils hésitaient à demander ce qui leur était dû par peur de peser sur leurs enfants. C'est une injustice silencieuse que cette loi commence enfin à corriger.
@Tom de l'Étang, tu mets le doigt sur quelque chose de très concret. J'ai plusieurs salariées chez moi qui s'occupent de leurs parents âgés en parallèle. Ces familles refusent l'ASPA depuis des années par peur de laisser une dette aux enfants. Concrètement, ça veut dire des vieux qui se serrent la ceinture et des aidants familiaux qui compensent en silence. Cette loi, ça va changer la vie de beaucoup de monde au Tampon.
"La solidarité nationale ne doit jamais devenir une dette familiale." Cette phrase, lé bon.
J'en parle régulièrement avec des patients qui approchent la retraite après des années d'activité précaire. La peur de laisser une dette à ses enfants, c'est un stress chronique qui s'installe souvent bien avant 70 ans. Supprimer ce mécanisme de récupération, c'est aussi enlever un facteur d'anxiété réel, celui qui pousse certains à refuser une aide dont ils ont besoin par fierté ou pour protéger la marmaille. Si le texte passe le Sénat sans trop de modifications, ce sera un vrai soulagement pour beaucoup.
Bonne nouvelle sur le fond, mais j'aimerais voir les chiffres réels à La Réunion. 300 000 personnes qui renoncent à l'ASPA en France, ok, mais combien précisément dans les Outre-mer ? Le communiqué de K/Bidi parle d'un phénomène "particulièrement marqué" sans donner de données chiffrées locales. Ce genre de vide, ça affaiblit une loi pourtant utile, parce que sans mesure précise du non-recours ici, difficile de savoir si les nouvelles dispositions seront à la hauteur. Et le forfait logement ajouté in extremis, quelqu'un a modélisé l'impact concret pour un propriétaire réunionnais avec une petite retraite ?