Le député européen Younous Omarjee a critiqué, jeudi 11 juin, l'absence de concertation avec La Réunion et Mayotte avant la signature de l'accord de partenariat économique (APE) conclu le mercredi 10 juin entre l'Union européenne et Madagascar, Maurice, les Seychelles et les Comores.
Dans un post publié sur LinkedIn, l'élu réunionnais de LFI dit regretter que « la Commission européenne ait avancé vers la conclusion de cet APE sans avoir ni de près ni de loin associé et consulté les îles européennes ultrapériphériques de l'océan Indien, La Réunion et Mayotte, pour mesurer les impacts d'un tel accord et le cas échéant les protéger au mieux ». Sa prise de position donne l'impression qu'il a découvert l'existence de cet accord en même temps que le grand public. L'APE couvre les services et investissements, les marchés publics, la propriété intellectuelle, le numérique et le renforcement de la coopération agricole.
Sa réaction rejoint celle du Parti communiste réunionnais, qui avait estimé que l'accord « ne pourra que favoriser les délocalisations vers Madagascar de secteurs comme l'informatique, la comptabilité, la communication ou la banque, en raison d'une main-d'œuvre au moins aussi compétente et moins payée que le RSA », ajoutant que « dans l'état actuel, La Réunion va perdre des emplois qualifiés, accroître sa dépendance à l'argent de la France et deviendra essentiellement un pays de consommation de biens et services importés ».
L'accord n'est toutefois pas encore définitivement adopté. Selon Younous Omarjee, l'APE « devra faire l'objet d'une adoption par le Conseil avant sa signature, puis d'une adoption par le Parlement européen ». Le député s'est engagé à consulter les autorités de Mayotte et de La Réunion avant le vote au Parlement européen.


6 commentaires
@Tonton Bébert, exactement. Et ce qui me choque c'est que le numérique est directement dans le scope de cet APE. Concrètement, des devs malgaches ou mauriciens pourront répondre à des marchés ici avec des TJM deux à trois fois inférieurs aux nôtres. Pour les freelances et les petites boîtes tech réunionnaises qui essaient de se lancer, c'est brutal. On demande aux jeunes d'ici de se former, de créer des startups locales, et pendant ce temps on ouvre grand la porte sans aucune étude d'impact sérieuse.
On signe des accords depuis Bruxelles sans regarder ce qui se passe ici, c'est comme jeter le filet sans connaître les courants. Ça fait des années que le péi voit ses ressources partir, ses saisons changer, ses jeunes partir chercher du travail ailleurs. Un accord de plus signé en catimini, ça surprend plus personne dans le Sud.
Moin lé pas très calée en politique européenne, mais je comprends une chose : quand on signe des accords sans demander l'avis des gens du péi, ça finit toujours mal pour les petits. Nos enfants qui ont fait des études, qui travaillent dans l'informatique ou la banque, faut pas qu'on leur vole leur avenir comme ça.
La question des marchés publics dans cet APE mérite qu'on s'y attarde sérieusement. Si des prestataires des îles voisines peuvent désormais concourir sur des appels d'offres locaux avec des coûts salariaux sans commune mesure avec les nôtres, les collectivités territoriales réunionnaises vont se retrouver dans une position délicate, juridiquement et politiquement. On verra si la consultation promise par Omarjee aboutit à des garanties concrètes ou reste au stade des bonnes intentions.
Les travailleurs réunionnais ont toujours été les derniers consultés et les premiers impactés. C'est pas nouveau. Ce qui choque c'est que des élus qui sont censés siéger à Bruxelles découvrent un accord pareil en même temps que monsieur tout le monde. On envoie des gens là-bas pour quoi exactement ? Le PCR a raison sur un point : la délocalisation des emplois qualifiés, c'est pas une hypothèse, c'est le chemin tout tracé si on laisse passer ça sans se battre.
Ce qui m'inquiète concrètement c'est la sous-traitance de services à la personne. Si demain les dossiers administratifs, la comptabilité de nos structures, tout ça part à Madagascar pour deux fois moins cher, nos petites entreprises locales vont morfler. On attend des réponses précises, pas juste une prise de position LinkedIn.