Une quarantaine d'agriculteurs, conduits par la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) et les Jeunes Agriculteurs, ont rencontré ce jeudi 11 juin les représentants de l'État puis ceux du Département. À un mois du lancement de la campagne sucrière, les organisations ont arraché quelques engagements concrets, mais repartent sans réponse sur leur principale revendication : le prix du carburant.
Stéphane Sarnon, président de la FDSEA, résume la situation sans détour : « C'est la demande du terrain. Depuis janvier, il y a eu peu d'avancées. Si on est là aujourd'hui, c'est parce que les agriculteurs n'ont plus de trésorerie. Le prix du carburant, des engrais, de l'eau, tout augmente et aujourd'hui on ne s'y retrouve plus. » La demande centrale porte sur le gazole non routier (GNR), actuellement à 1,29 euro le litre. Jonathan Hoarau, président des Jeunes Agriculteurs, réclame un passage sous la barre d'un euro avant le démarrage de la campagne. Selon le président de la chambre d'agriculture, Olivier Fontaine, le surcoût actuel représente près de 100 euros par plein, soit entre 3 000 et 4 000 euros de dépenses supplémentaires sur l'ensemble d'une campagne sucrière, à prix de canne inchangé.
À la sortie de la préfecture, les discussions ont buté sur le dispositif existant, qui prévoit une aide de 15 centimes par litre accessible sur demande. « On attendait un peu plus que ça. On pensait qu'ils avaient travaillé sur le sujet », a dit le président de la FDSEA, se déclarant « un peu déçu ». Aucune avancée rapide n'a non plus été annoncée sur les molécules phytosanitaires ni sur les aides liées à la hausse du prix des engrais.
Les revendications portées lors de ces rencontres couvrent un large spectre : versement des reliquats de la précédente campagne sucrière (estimés à environ 11 millions d'euros), solde de l'aide au transport, meilleur accès des fruits locaux à la restauration scolaire, accompagnement à l'installation des jeunes agriculteurs, simplification administrative. Gael Dijoux, président de la coopérative Anafruits et représentant de l'Arifel, a alerté sur la menace du Fusarium TR4, champignon responsable de la maladie de Panama déjà présent à Mayotte et à Maurice, et plaidé pour une adaptation des règles relatives aux semences. « On ne peut pas nous considérer comme un pays tiers pour l'exportation de nos fruits et comme un pays européen quand il s'agit d'importer nos fruits, légumes et semences », a-t-il déclaré. Les producteurs ont également évoqué une nouvelle baisse attendue des quotas dans la filière volaille et la concurrence jugée déloyale des importations.
La réunion avec le Département a été plus productive. La collectivité a annoncé le déblocage de 1,5 million d'euros au profit du CTICS pour accélérer le paiement des aides à la replantation. La FDSEA estime à plus de 300 le nombre de dossiers encore en attente. Une rencontre entre le Département et le CTICS est prévue prochainement. Sur les engrais, une réponse est attendue la semaine prochaine. Le versement des reliquats de la précédente campagne sucrière a par ailleurs été annoncé sous une quinzaine de jours.
Les organisations préviennent que ces premières avancées ne suffiront pas si d'autres réponses tardent à venir. « S'il faut se mobiliser plus durement, on est prêts à le faire », a averti le président de la FDSEA.


5 commentaires
J'ai pris un agriculteur de Cilaos avant-hier, il m'a dit qu'il avait fait le déplacement jusqu'à la préfecture et qu'il était rentré les mains presque vides. Il m'a dit « Jean-Claude, 15 centimes par litre, kosa i fo faire avec ça ». Moi j'ai rien répondu, qu'est-ce que tu veux dire. Mais le gars avait pas l'air de baisser les bras non plus, et ça c'est bien.
Ce qui m'inquiète dans cet article c'est la phrase sur la trésorerie. Quand une activité ne génère plus de trésorerie pendant des mois, le stress financier s'installe physiquement, ça se voit en consultation. J'ai des patients agriculteurs, ils tiennent par fierté et par attachement à la terre, mais les signaux d'épuisement sont là. 3 000 à 4 000 euros de surcoût sur une campagne c'est pas une statistique, c'est du sommeil perdu et des douleurs chroniques qui s'accumulent. Les délais de réponse de l'État sur ce genre de dossier ne sont pas anodins pour la santé des gens.
Respect pour ces gars qui tiennent encore. Moi le GNR je connais pas mais l'essence pour les bateaux ça fait aussi mal. Quand les coûts montent et les marges restent plates, c'est le même combat.
Moi mes clients agriculteurs me disent la même chose depuis des mois, lé pa fasil en ce moment. J'en ai un qui fait la canne et des légumes, il m'a dit la semaine dernière qu'il hésite à continuer. Quand le carburant et les engrais mangent tout ce qu'on gagne, à un moment on lâche. Et après on s'étonne que les rayons soient remplis de produits importés.
La canne, c'est une histoire longue dans ce péi. Voir les agriculteurs repartir sans réponse sur le carburant, ça rappelle d'autres cycles de négociations sans lendemain. J'espère que cette fois ce sera différent.