Espace membre :

Suivez-nous

150 personnalités réunionnaises réclament un débat sur le privilège zorèy

Partager sur :
150 personnalités réunionnaises réclament un débat sur le privilège zorèy

Plus de 150 personnalités signent une tribune pour ouvrir le débat sur le "privilège zorèy" à La Réunion - Crédit Zinfos974 - Société


Plus de 150 personnalités réunionnaises ont signé une tribune intitulée « Nommer le privilège zorèy pour construire l'égalité à La Réunion », réclamant un débat public sur les rapports de domination, l'accès aux responsabilités et les héritages coloniaux qui structurent encore, selon elles, la société réunionnaise.

Le texte paraît dans un contexte tendu. Depuis plusieurs semaines, la polémique autour du maloya et de l'appropriation culturelle — notamment après l'affaire impliquant la chanteuse Marie Lanfroy — a rouvert des fractures plus anciennes. Les signataires, venus de milieux très divers — universitaires, artistes, enseignants, syndicalistes, journalistes, militants, chefs d'entreprise —, y voient l'occasion de nommer ce qu'ils décrivent comme un « malaise profond que beaucoup de Réunionnais expriment depuis longtemps, souvent sans être entendus ».

La tribune ne vise pas des individus. Elle pointe des structures : la présomption de compétence accordée à certains profils, l'accès inégal aux réseaux, aux financements, aux postes de décision, à la visibilité médiatique. Les auteurs mobilisent le concept de « colonialité du pouvoir », issu des études décoloniales, pour décrire la persistance de hiérarchies culturelles et symboliques héritées de la période coloniale. Ils s'appuient aussi sur des réalités concrètes : la hausse du foncier qui éloigne les familles réunionnaises du logement, la gentrification de certains quartiers, ou les départs organisés d'enseignants réunionnais vers la métropole.

Parmi les signataires figurent aussi des « zorèy conscients des rapports de domination à l'œuvre sur l'île », selon les termes du collectif — une précision qui situe le débat hors de toute logique d'accusation individuelle. La tribune cite par ailleurs Danyèl Waro, figure majeure du maloya, qui aurait lui-même appelé les zorèy à interroger leur place et leurs privilèges.

Le texte se conclut en créole réunionnais — « An byin minm » — et liste plus de 150 noms, parmi lesquels Françoise Vergès, Bruno Maillard, Sophie Hoarau ou encore Florans Féliks Waro.

Source

6 commentaires

Écrivez votre commentaire...
T
Tom Bib 08/06/2026 à 12:23

@Thierry Lebon, la précision sur Quijano est juste, mais il faut aller plus loin pour comprendre ce que la tribune cherche à faire ici. Aimé Césaire, Frantz Fanon, puis Édouard Glissant, avec sa notion de Relation et son rapport à la créolisation, ont construit un cadre de pensée qui parle directement à ce péi. Ce que les signataires nomment 'colonialité du pouvoir', c'est aussi ce que Glissant appelait la pesanteur des traces historiques qui ne disparaissent pas d'elles-mêmes. En librairie, je commande régulièrement des titres sur ces questions et je constate que la demande existe, les lecteurs réunionnais cherchent des mots pour ce qu'ils vivent. Ce débat public réclamé dans la tribune, c'est peut-être d'abord un acte de nomination collective, et la nomination, comme l'a écrit Toni Morrison à propos d'autres contextes, c'est déjà une forme de résistance.

M
Mamie Câline 08/06/2026 à 11:23

À Cilaos on entend peu parler de tout ça, les nouvelles arrivent avec du retard comme toujours. Mais ce que décrivent ces personnes sur le foncier et les familles qui ne peuvent plus se loger, ça je le vois même ici dans le cirque.

L
Lulu 08/06/2026 à 11:18

Moi mes clients sur le front de mer, i fo voir le mélange, zorèy, kaf, malabar, tout le monde mange ensemble devant mon camion. Mais c'est vrai que quand j'ai cherché un financement pour agrandir, on m'a renvoyée de bureau en bureau pendant des mois. Un ami à lui, arrivé de métropole depuis deux ans, il a eu son prêt en six semaines. Je dis pas que c'est systématique, mais franchement des fois tu te demandes.

A
Alex 08/06/2026 à 11:11

150 signataires, des noms connus, une tribune bien rédigée. Mais concrètement, la demande c'est quoi ? Un rapport ? Une commission ? Des quotas ? L'article ne dit pas ce que le collectif attend comme réponse politique ou institutionnelle. Nommer un problème c'est un premier pas, mais sans propositions précises, ça reste du signal sans plan d'action.

T
Thierry Lebon 08/06/2026 à 11:06

Je lis cet article avec attention. Une précision me semble utile : la notion de "colonialité du pouvoir" citée dans la tribune est issue des travaux du sociologue péruvien Aníbal Quijano, ce qui n'est pas sans importance pour comprendre dans quel cadre théorique les signataires se placent. Le débat mérite d'être posé, mais les lecteurs gagneraient à connaître les fondements académiques de ce concept avant d'en faire usage dans le débat public.

P
PtiBatik 08/06/2026 à 11:00

Ce débat, on l'attend depuis longtemps dans les milieux créatifs. Quand tu essaies de vendre ton travail dans une galerie ou un marché artisanal de Saint-Paul, tu vois très vite à qui les vitrines sont offertes et à qui elles sont louées au prix fort. C'est pas un ressenti, c'est une réalité que les mains qui travaillent la matière péi-la connaissent bien. Contente que des noms connus mettent enfin les mots dessus.