Plus de 8 000 informations préoccupantes enregistrées en un an, 158 viols sur mineurs recensés en 2024 — soit une hausse de 23 % par rapport à l'année précédente. C'est sur ces chiffres que s'appuie l'Union des Femmes Réunionnaises (UFR) pour réagir à la mort de la jeune Lyhanna. Pour l'association, ce drame révèle des failles structurelles dans le dispositif de protection de l'enfance à La Réunion.
L'UFR dit éprouver une « profonde émotion » et une « colère » qu'elle assume, mais refuse de réduire l'affaire à un fait divers. Les éléments issus de l'enquête en cours soulèvent, selon elle, des questions de fond sur le fonctionnement des institutions chargées de protéger les mineurs : saturation des services, manque de personnel, signalements traités trop tardivement, coordination insuffisante entre acteurs sociaux, éducatifs, judiciaires et de santé.
L'île compte actuellement plus de 3 600 enfants sous mesure d'accompagnement ou de protection au titre de l'Aide sociale à l'enfance. En 2024, près de 1 000 mineurs ont été victimes d'atteintes sexuelles, dont plusieurs centaines dans un cadre familial. L'UFR qualifie ces données de « véritable urgence sociale » et dénonce une situation pourtant signalée depuis des années par les associations et les professionnels du secteur, sans que les moyens suivent.
L'association formule plusieurs demandes concrètes : renforcement immédiat des ressources humaines dédiées à la protection de l'enfance, meilleure prise en compte de la parole des enfants victimes, suivi renforcé des personnes signalées pour des faits graves impliquant des mineurs. « Nous refusons que la vie d'un enfant soit livrée à une succession d'erreurs administratives », écrit l'UFR, qui ajoute que lorsqu'un enfant est victime alors que des alertes existaient, « c'est l'ensemble du dispositif de protection qui doit être interrogé ».


8 commentaires
On a des touristes qui viennent de partout pour voir le lagon, profiter du soleil, découvrir notre péi, et pendant ce temps y'a des gosses qui tombent à travers les mailles du filet depuis des années. Ça m'écorche de lire ça, vraiment. Ce n'est pas l'image qu'on veut laisser, et surtout c'est pas acceptable humainement.
@Anaëlle, pour répondre en partie à ta question : la coordination entre l'ASE, la justice et le médico-social est un problème documenté depuis longtemps, pas seulement à La Réunion. Le rapport Desaulle de 2014 sur la protection de l'enfance en France pointait déjà ces défauts de pilotage interinstitutionnel. Ce qui est frappant ici, c'est que dix ans plus tard les mêmes failles sont dénoncées dans les mêmes termes. Je cherche à savoir si le schéma départemental de protection de l'enfance du Département de La Réunion a été actualisé récemment, parce que c'est normalement le document qui organise cette coordination, et il serait utile de savoir où en est son application concrète.
Ce que je vois dans ma pratique, c'est que les travailleurs sociaux et éducateurs arrivent en cabinet complètement à bout. Des gens qui portent des dizaines de situations lourdes, avec des outils insuffisants et une hiérarchie qui leur demande de faire plus. Quand les professionnels s'effondrent, les enfants qu'ils suivent tombent aussi. C'est une réalité qu'on ne dit pas assez : la saturation des services dont parle l'UFR, elle a un visage humain, celui de collègues qui n'en peuvent plus.
Rien à voir avec l'entrepreneuriat mais je pouvais pas scroller sans rien dire. 1 000 mineurs victimes d'atteintes sexuelles en 2024 à La Réunion, c'est un chiffre qui devrait faire la une partout, pas juste dans les associations.
L'article cite des chiffres importants mais sans préciser les sources directes, ce serait utile d'avoir les rapports complets pour vérifier la méthodologie. Cela dit, même si on discute les chiffres à la marge, 3 600 enfants sous mesure de protection dans un département de 900 000 habitants avec des services saturés, c'est une réalité que personne ne peut balayer d'un revers de main. Le problème lé pa fasil à résoudre, mais ignorer les alertes des professionnels depuis des années, ça c'est un choix politique.
Est-ce que quelqu'un sait si le Département a déjà répondu officiellement aux demandes de l'UFR ? Je cherche à comprendre comment fonctionne concrètement la coordination entre l'ASE, la justice et les services de santé, parce que là on voit que ça dysfonctionne, mais où exactement se situe le blocage ?
Ce drame me touche profondément. Chaque enfant mérite d'être entendu, protégé, entouré. J'espère sincèrement que les demandes de l'UFR seront entendues par les décideurs, parce que la parole des enfants victimes, ça ne peut plus être minimisé.
Chez nous à la coopérative, quand on repère un problème sur une parcelle, on n'attend pas la prochaine saison pour agir. Là on parle d'enfants, pas de canne, et les alertes existaient depuis des années sans que personne bouge. C'est ça qui révolte.