À partir du 17 août 2026, la ligne S3 du Car Jaune desservira le quartier de Grands Bois, à La Réunion. Une victoire obtenue au bout de trois ans de démarches, portées seul par Fabien Calogine, 27 ans — qui s'apprête pourtant à quitter l'île, faute de perspectives professionnelles.
Tout est parti de la suppression d'une desserte régionale, après la mise en service de la déviation haute. Le quartier reste accessible via le réseau Alternéo de la CIVIS, mais Fabien considère cette solution insuffisante. Aux heures de pointe, les manques se ressentent. Pour rejoindre le campus du Tampon, certains étudiants enchaînent au moins deux correspondances et y passent plus d'une heure par trajet. « C'est épuisant en plus des heures de cours. Ils sont fatigués avant même de commencer la journée », écrit-il dans l'un de ses courriers à la Région. Les personnes âgées, les demandeurs d'emploi et les habitants cherchant à rejoindre Saint-Joseph ou l'Est de l'île sont dans la même situation. « Là où un trajet Grands Bois – Saint-Joseph pourrait se faire en une heure, nous nous sommes résolus à y consacrer une matinée », déplore-t-il.
Pétitions, courriers, rencontres avec les acteurs des transports : Fabien a multiplié les démarches seul, sans collectif ni étiquette politique. Une première réponse officielle arrive en novembre 2024. Les services régionaux évoquent un refus « à court terme », tout en laissant entrevoir « à moyen terme » l'étude d'un arrêt supplémentaire. Début 2026, la direction des Mobilités Durables confirme qu'une étude a été sollicitée auprès de son délégataire, portant sur « l'impact d'un passage par Grands Bois, incluant un arrêt au niveau de la plage, notamment en matière de temps de parcours, de régularité du service et de cohérence globale du réseau ».
La réponse favorable tombe ce mercredi. La Région annonce à Fabien que la ligne S3 desservira Grands Bois dès le 17 août 2026, avec un arrêt au niveau de la plage. Vingt-quatre allers-retours quotidiens sont prévus. La collectivité estime que ce point constitue « un point central et structurant pour le quartier, accessible à moins de 15 minutes à pied pour l'ensemble du secteur », et que cette desserte permettra « de compléter l'offre existante du réseau urbain par une meilleure connectivité, notamment vers Saint-Joseph et Le Tampon ».
Diplômé dans l'insertion professionnelle, Fabien échange régulièrement avec les jeunes de Grands Bois sur les difficultés d'accès à l'emploi. Ce combat pour les transports rejoignait, à ses yeux, un enjeu plus large. « Je voulais faire quelque chose qui me dépasse avant de partir. C'était important pour moi de montrer aux jeunes du quartier que c'est possible d'y arriver, surtout quand le projet touche au collectif. »


5 commentaires
Réseau bus, réseau routier, réseau portuaire, c'est la même logique : si la connexion manque à un endroit, tout le flux s'enraye. On passe des heures à optimiser des rotations fret entre Pointe des Galets et Tamatave, mais pour relier Grands Bois au Tampon on met trois ans. Y'a un problème de priorités quelque part.
@David, ouais c'est le truc qui fait mal. Il gagne, et il se barre quand même. Respect total pour le move, mais le péi perd exactement les profils dont il a besoin.
Avant, i fo marcher des heures pour rejoindre le bourg. Aujourd'hui les jeunes ont les bus, et ankor i fo se battre pour les avoir.
Ce que Fabien a fait, c'est exactement ce qu'on enseigne dans le développement personnel : agir pour quelque chose qui nous dépasse, sans attendre que quelqu'un d'autre prenne les devants. Trois ans de démarches seul, sans collectif, sans étiquette. C'est une vraie leçon de résilience pour les jeunes du quartier, et honnêtement pour nous tous.
Beau geste, vraiment. Mais ça m'énerve quand même de voir qu'il faut trois ans de galère à un gamin de 27 ans pour obtenir ce qui devrait être une évidence. Et en prime il part après, parce qu'il trouve pas de boulot ici. On obtient la ligne et on perd le mec. C'est un peu notre Réunion ça, non ?