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À La Réunion, 42 % des enfants grandissent sans leur père

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À La Réunion, 42 % des enfants grandissent sans leur père

"On tient parce qu’on n’a pas le choix" : à La Réunion, comment ces mères tiennent l’île à bout de bras - Crédit Zinfos974 - Société


À La Réunion, 42 % des enfants grandissent dans une famille monoparentale — un record en France. Dans près de neuf cas sur dix, ils vivent avec leur mère. Un chiffre massif, presque banalisé sur l'île, qui prend une autre dimension en ce dimanche de fête des mères.

Derrière les bouquets sous plastique des grandes surfaces de Saint-Denis et les repas de famille, une autre réalité s'impose. Des dizaines de milliers de femmes élèvent seules leurs enfants, entre Saint-André, le Chaudron, les Hauts de Saint-Paul et le Tampon. Certaines sont très jeunes. D'autres approchent la cinquantaine et hébergent encore leurs enfants devenus adultes, faute de moyens. Beaucoup disent la même chose, à voix basse : « On tient parce qu'on n'a pas le choix. »

Le quotidien est une série d'arbitrages permanents. Réveils à 5 heures, cartables à préparer, bus ratés, rendez-vous CAF, factures en retard, dîners composés avec ce qui reste dans le frigo. La Réunion cumule un chômage élevé, un coût de la vie parmi les plus lourds des territoires français et un parc de logements sous tension. Dans ce contexte, la monoparentalité joue souvent un rôle d'accélérateur de précarité. Quand un revenu disparaît ou qu'un père s'éloigne, les dépenses ne baissent pas — elles augmentent, pendant que le temps se raréfie.

Ces femmes sont visibles partout : devant les écoles, sous les abribus avec les poussettes, dans les files d'attente des administrations, derrière les caisses, dans les cantines ou les maisons de retraite. Omniprésentes, et rarement nommées comme telles. Une colonne vertébrale silencieuse de l'île, pour reprendre une image qui circule dans les quartiers.

Il y a aussi les soirs ordinaires. Une fois les devoirs terminés et les enfants couchés, reste un silence que rien ne prépare vraiment — traversé par des questions concrètes : comment boucler le mois prochain, comment trouver un logement plus grand, comment continuer à sourire quand le compte est dans le rouge depuis le 12. Beaucoup de ces femmes ont elles-mêmes grandi avec une mère seule. C'est presque une mémoire collective à La Réunion. La figure maternelle y dépasse souvent le cadre familial strict : pilier économique, refuge affectif, autorité du foyer — parfois tout à la fois.

Ce dimanche, certaines de ces mères ont travaillé. D'autres ont préparé elles-mêmes le repas « surprise » organisé pour elles. Beaucoup ont reçu un dessin froissé dans une enveloppe colorée, un collier de pâtes, une phrase écrite de travers. « Maman je t'aime. » Trois mots griffonnés aux feutres. Pas grand-chose — et pourtant, pour beaucoup, ce qui tient encore debout.

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Mots clés : CAF precarite la-reunion

6 commentaires

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L
Lulu 31/05/2026 à 14:23

@Fifi430, la pension alimentaire tu mets le doigt dessus. Sur le front de mer je croise des mamans qui viennent s'acheter un poulet rôti le dimanche pour faire plaisir aux marmay, et quand tu discutes un peu elles te racontent que le père lé pa là depuis des mois. Pas là physiquement, pas là financièrement. Elles font quand même, elles trouvent quand même. Mais c'est épuisant à la longue.

Z
Zoubi 31/05/2026 à 14:12

Moi je coiffe à domicile, alors je rentre dans les maisons et je vois comment ça se passe vraiment. Y'a des clientes qui m'ouvrent la porte en pyjama à 8h du mat parce qu'elles ont pas eu le temps de se changer entre l'école et mon arrivée, le linge qui sèche dans le salon, les devoirs pas encore rangés de la veille. Elles me parlent en se faisant coiffer, ça sort tout seul. Souvent c'est le seul moment de la semaine où quelqu'un s'occupe d'elles, même juste pour les cheveux.

P
PtiBatik 31/05/2026 à 13:17

Cette image de la colonne vertébrale silencieuse, elle me touche beaucoup. Dans le batik on dit que c'est le fil qu'on ne voit pas qui tient le tissu ensemble. C'est exactement ça. Ces femmes portent le péi-la à bout de bras depuis des générations et on sort les bouquets sous plastique une fois par an pour faire semblant de le reconnaître.

M
Maéva 31/05/2026 à 13:14

Ce qui me frappe dans ces chiffres c'est que derrière chaque mère seule y'a souvent une vraie force de travailleuse invisible. Plusieurs de mes meilleures clientes qui commandent régulièrement sont des mamans solo qui ont monté leur petite activité en parallèle, couture, coiffure, revente en ligne. Elles ont la niaque, vraiment. Le problème c'est que les dispositifs d'accompagnement à l'entrepreneuriat ne sont presque jamais pensés pour quelqu'un qui doit aussi récupérer les marmaille à 16h30.

B
Bichik 31/05/2026 à 13:09

Ma mère a élevé quatre enfants seule dans les années 70 à Saint-Louis. On n'appelait pas ça monoparentalité à l'époque. On appelait ça la vie normale.

F
Fifi430 31/05/2026 à 13:01

L'article parle de monoparentalité mais on évite soigneusement un mot : pension alimentaire. Le taux de recouvrement effectif à La Réunion est parmi les plus faibles de France. L'Agaspe existe, l'ASF existe, mais beaucoup de femmes ne font même pas la démarche faute d'information ou d'énergie pour s'y lancer. C'est un angle qui mériterait un article à part entière.