Sébastien Lecornu n'est pas satisfait. Réuni pour la première fois vendredi à Matignon, le comité interministériel dédié à la lutte contre la criminalité organisée n'a pas été à la hauteur de ce qu'attendait le Premier ministre. Selon son entourage, les pistes présentées par les différents ministères sont apparues trop timides face à l'ampleur du narcotrafic.
Le chef du gouvernement considère que les réseaux criminels ont profondément changé de nature : plus puissants, mieux organisés, plus violents. Il a réclamé un « changement d'échelle » de la réponse publique et annoncé que Matignon s'impliquerait directement dans le suivi du dossier — signal que la coordination ne peut plus être laissée aux seuls ministères de l'Intérieur et de la Justice.
Parmi les évolutions qui inquiètent les autorités : l'internationalisation des réseaux, le recours croissant aux outils numériques, une violence décomplexée et, surtout, le rajeunissement des acteurs impliqués. C'est pour cette raison que le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, est désormais appelé à jouer un rôle central. L'implication de mineurs — victimes ou auteurs — dans ces trafics est jugée particulièrement préoccupante.
Une douzaine de ministres étaient présents, dont Laurent Nuñez, Gérald Darmanin, Jean-Noël Barrot et Maud Bregeon. La réunion se tient dans un contexte de règlements de comptes meurtriers liés à la drogue, qui se multiplient depuis plusieurs mois. Nuñez défend depuis longtemps l'idée d'une stratégie d'ensemble, au-delà des seules forces de sécurité.
Un second comité interministériel doit être convoqué prochainement pour arrêter une méthode de travail révisée et des mesures jugées plus ambitieuses.


7 commentaires
@PtiBatik, tu mets le doigt sur quelque chose d'important. L'Éducation nationale dans ce comité, c'est bien, mais le vrai sujet c'est aussi ce qui se passe sur les réseaux : TikTok, Snapchat, c'est là que les recrutements se font maintenant, à la vue de tout le monde. Les ministères ont l'air de découvrir ce que les éducateurs de rue savent depuis des années. Alé, espérons que le deuxième comité soit un peu moins timide que le premier.
Franchement, quand un touriste vient dépenser ses économies à Saint-Leu pour voir notre lagon et qu'il rentre à l'hôtel en croisant des situations qui font peur, c'est toute la filière qui trinque. On parle de comités et de réunions à Paris, mais ici on gère le quotidien. Un changement d'échelle comme dit Lecornu, ça serait bien de voir ce que ça donne concrètement sur nos communes côtières, pas juste dans les discours.
Le rajeunissement des acteurs, ça se voit aussi sur nos plages depuis quelques saisons. Pas envie de faire le moralisateur, mais quand même.
Je me pose une vraie question depuis qu'on s'est installés ici : est-ce que la situation à La Réunion est vraiment comparable à certaines villes de métropole, ou le contexte insulaire crée quelque chose de spécifique que les ministères à Paris ne mesurent pas bien ? Parce que quand on écoute les gens du coin, on sent que les réseaux fonctionnent différemment, mais je ne sais pas si ce comité interministériel en tient compte ou si c'est une réponse pensée pour le continent d'abord.
Un comité pour planifier un autre comité.
Dans les hauts, on entend moins parler de tout ça au quotidien, mais nos marmay descendent travailler en bas et on sait bien ce qu'ils croisent. Un comité interministériel lé pa fasil à traduire en actions concrètes sur le terrain, et un second comité pour "arrêter une méthode", ça fait beaucoup de réunions pour pas encore grand-chose de visible.
Ce qui me frappe dans cet article, c'est cette phrase sur le rajeunissement des acteurs. Ici à Saint-Paul, je vois passer des gamins qui auraient dû grandir avec des crayons de couleur dans les mains, pas autre chose. L'Éducation nationale dans la boucle, c'est bien, mais ça fait combien d'années qu'on attend que le gouvernement comprenne que la prévention ça commence bien avant le lycée.