Ce vendredi, à La Réunion, l'État, la Région, les chambres consulaires et les organismes de formation ont signé une charte de coopération stratégique pour l'apprentissage. La cérémonie s'est tenue au moment même où la Région apprenait que sa dotation nationale pourrait tomber à 500 000 euros en 2027, contre 4 millions d'euros en 2024.
La charte vise à mieux coordonner les acteurs de la filière, à aligner les formations sur les besoins des entreprises et à faciliter l'insertion des jeunes dans un marché du travail structurellement tendu. Les signataires présentent l'alternance comme un levier prioritaire face aux difficultés de recrutement de certains secteurs. Mais le texte ne s'arrête pas aux déclarations d'intention : il acte aussi un renforcement du contrôle de la filière, après une série de constats préoccupants dressés par les services de l'État.
Depuis 2025, la DEETS a enregistré 71 signalements d'apprentis. Le service régional de contrôle a conduit 31 contrôles, l'inspection du travail est intervenue 54 fois, et neuf procédures d'opposition au recrutement d'apprentis ont été engagées. Les vérifications ont mis au jour des défauts d'encadrement, des absences de suivi médical, des irrégularités contractuelles et des pratiques commerciales jugées trompeuses. Certains cas ont abouti à des mises en demeure, des suspensions d'aides publiques ou des signalements au parquet.
Pour structurer la réponse, une Cellule d'intervention apprentissage (CIA), placée sous l'autorité du préfet, doit coordonner les actions des différents services. La charte prévoit également un croisement renforcé des informations entre institutions et une surveillance accrue de l'utilisation des financements publics.
C'est là que le paradoxe apparaît dans toute sa netteté. Dans un communiqué publié le même jour, la Région indique que les Régions de France ont été informées d'un arbitrage gouvernemental ramenant l'enveloppe nationale dédiée à l'apprentissage de 134 millions d'euros à 33 millions d'euros. À La Réunion, la dotation est déjà passée de 4 millions d'euros en 2024 à 2 millions d'euros en 2026. Elle ne serait plus que de 500 000 euros l'année suivante, selon les éléments communiqués par la collectivité.
La Région estime que cette trajectoire budgétaire fragilise directement sa capacité à soutenir les investissements des Centres de formation d'apprentis (CFA). Elle souligne par ailleurs que cette décision s'ajoute à la réduction des contrats Parcours emploi compétences (PEC), autre dispositif d'accompagnement vers l'emploi.


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