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Abrogation du Code noir : La Réunion dénonce l'oubli des Mascareignes

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Abrogation du Code noir : La Réunion dénonce l'oubli des Mascareignes

Le vote sur le Code noir cache-t-il une erreur historique flagrante ? - Crédit Zinfos974 - Société


Le 28 mai, l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité l'abrogation du « Code noir ». Un vote salué comme historique. Mais à La Réunion, historiens et intellectuels ont aussitôt relevé une lacune dans l'intitulé même du texte : il n'existait pas un Code noir, mais trois.

C'est l'Académie de l'île de La Réunion qui formule la critique la plus directe, dans un mémorandum adressé aux parlementaires. « LE Code Noir n'existe pas », écrit-elle sèchement. Le Code de 1685 concernait les Antilles. Celui de 1723 régissait les Mascareignes — La Réunion et l'île Maurice. Celui de 1724 s'appliquait à la Louisiane. Parler du Code noir au singulier revient donc, selon ses auteurs, à raconter l'esclavage français depuis le seul prisme atlantique.

« L'océan Indien n'est pas l'Atlantique. » La phrase ouvre le mémorandum. Courte, limpide, elle porte derrière elle des décennies de frustration mémorielle.

Le texte dresse une chronologie d'absences répétées. En 1948, lors du centenaire de l'abolition, aucun Réunionnais ne figure parmi les grandes voix officielles retenues par l'État. Les auteurs citent Raphaël Babet, député de La Réunion et petit-fils d'affranchi, dont le nom n'apparaît nulle part dans les discours commémoratifs. En 1998, pour le 150e anniversaire, les représentants réunionnais racontent avoir dû « ferrailler ferme » pour que l'île soit simplement intégrée au programme national. En 2001, la proposition de loi reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité est d'abord portée par les députés réunionnais Élie Hoarau, Claude Hoarau et Huguette Bello — avant de devenir nationalement la « loi Taubira ». Dans l'intervalle, selon le mémorandum, « les députés réunionnais ont découvert que le texte venu à discussion en commission ne concernait plus l'océan Indien » et ont dû se battre pour le réintégrer.

L'enseignement scolaire suit la même logique d'effacement. En 2010, l'historien Gilles Gauvin rapporte qu'un éditeur de manuels a refusé une double page consacrée au marronnage réunionnais, au motif que le programme officiel traitait de « la traite transatlantique ». L'océan Indien disparaît ainsi des manuels édités dans ce cadre. Les programmes de lycée général et de lycée professionnel n'abordent toujours pas ces mémoires de la même façon, selon les auteurs du mémorandum.

Face au vote du 28 mai, l'Académie formule des demandes précises. Elle réclame que les parlementaires réunionnais s'assurent que « les Codes Noirs » — au pluriel — soient bien tous abrogés, et pas seulement celui de 1685. Elle demande aussi que l'expression « traites transatlantiques et indianocéaniques » soit remplacée par « traites transocéaniques », et que les grandes écoles formant l'élite administrative intègrent cet enseignement à leur cursus. Un pluriel, une préposition, quelques mots. Mais dans ce vocabulaire, selon eux, se joue tout un rapport à la reconnaissance.

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8 commentaires

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Z
Zoubi 29/05/2026 à 06:25

Hier j'avais une cliente à Saint-André, on a parlé de ça pendant toute sa mise en plis. Elle savait même pas qu'il y avait un Code différent pour La Réunion. Moi non plus d'ailleurs, je l'avoue. On apprend des choses importantes dans des endroits inattendus.

T
Tom Bib 29/05/2026 à 05:42

@PtiBatik, tu as laissé ta phrase en suspens mais on comprend où elle allait. Raphaël Confiant ou Françoise Vergès ont mis des mots là-dessus depuis longtemps, la question c'est combien d'enseignants et d'élèves ont accès à ces textes ici. Ce que décrit le mémorandum sur le refus d'une double page consacrée au marronnage réunionnais, j'y crois sans peine : j'ai en rayon des ouvrages fondamentaux sur l'histoire indianocéanique qui restent là des mois sans qu'un programme scolaire les prescrive. Un pluriel dans la loi, c'est bien. Mais si les manuels suivent pas derrière, ça reste un pluriel dans un tiroir.

Y
Yannick P 29/05/2026 à 05:08

On fait transiter des millions de tonnes de marchandises entre La Réunion, Maurice, Madagascar, l'Inde, et quand il s'agit d'inscrire l'océan Indien dans un texte de loi, y'a plus personne. Moi je bosse avec des armateurs mauriciens, des transitaires malgaches, des agents indiens, tout ce monde partage une histoire commune que Paris continue d'emballer dans un seul carton atlantique. Le Code de 1723 valait pour les Mascareignes, donc pour Maurice aussi. C'est du fret mémoriel qu'on laisse à quai, là.

P
Pti-Louis 29/05/2026 à 04:56

Paris vote, Paris oublie, Paris rectifiera peut-être. On attend.

R
Rafiki 29/05/2026 à 04:43

Quand j'emmène des groupes dans le cirque de Mafate, je parle souvent des Marrons, de ces hommes et femmes qui ont fui dans les hauteurs plutôt que de subir. C'est une histoire que les randonneurs ne connaissent jamais avant d'arriver ici. Et maintenant j'apprends qu'un éditeur a refusé une double page sur le marronnage réunionnais dans les manuels scolaires parce que ça sortait du programme atlantique. C'est pour ça que cette histoire reste dans les sentiers et nulle part ailleurs, lé pa fasil de transmettre ce qu'on efface depuis des décennies.

J
Jean-Marc 29/05/2026 à 04:28

Bon. Je connais pas trop les subtilités des codes de 1685 ou 1723, c'est pas mon domaine. Mais que des parlementaires votent un texte historique sans vérifier qu'il s'applique bien à tous les territoires concernés, ça c'est du travail bâclé. Sur un chantier on appelle ça un défaut de conception. Et c'est toujours le client qui paie.

L
Lulu 29/05/2026 à 04:13

C'est quoi cette histoire que les députés réunionnais ont dû se battre en 2001 pour être simplement dans le texte ? Franchement, ça me coupe la parole ça. On parle de notre histoire, pas d'un détail à rajouter en bas de page.

P
PtiBatik 29/05/2026 à 04:04

Ce qui me touche dans ce texte, c'est exactement ce que je vis quand je travaille mes tissus. L'océan Indien a ses propres couleurs, ses propres motifs, sa propre histoire. Effacer le Code de 1723 derrière un singulier commode, c'est comme dire que le batik réunionnais n'est qu'une imitation du wax africain. Ce n'est pas la même trame, ce n'est pas la même mémoire. Ce pluriel que demande l'Académie, il compte énormément.