La Région Réunion ne tire aucun bénéfice de la hausse des prix à la pompe. Dans un communiqué publié jeudi, la collectivité indique au contraire perdre 7,1 millions d'euros de recettes fiscales liées aux carburants entre mars et avril 2026, du fait de la baisse des volumes consommés.
La perte se décompose ainsi : 4,1 millions d'euros pour la Région, 1,2 million pour le Département, 1,6 million pour les communes et 213 000 euros pour les intercommunalités. Les recettes d'octroi de mer sur les carburants sont également en recul. La collectivité explique ce mouvement par la diminution des déplacements en voiture, l'essor du covoiturage et la progression des transports en commun.
Dans ce contexte, la Région dit maintenir ses dispositifs d'aide. Le « Dispositif carburant exceptionnel temporaire » correspond à une aide de 10 centimes par litre. Un second mécanisme, cofinancé avec les pétroliers, ajoute 5 centimes sur le gazole. Au 22 mai, 81 demandes avaient été déposées pour le premier et 73 pour le second. Les premiers versements sont attendus à partir du 5 juin. Pour les professionnels de la route, la collectivité prévoit 651 000 euros de compensation sur les mois d'avril et mai.
Sur le gaz, la facture s'alourdit. Le prix réel de la bouteille a atteint 21,90 euros en mai et devrait monter à 22,06 euros en juin. La Région maintient un tarif de vente plafonné à 18 euros grâce à son mécanisme de compensation, dont le coût devrait dépasser 400 000 euros pour le seul mois de juin, contre 128 903 euros en avril. Depuis le lancement du dispositif, près de 13 millions d'euros auraient été mobilisés sur fonds propres.
Du côté des transports alternatifs, la collectivité fait état d'une hausse de 69 % des souscriptions aux abonnements Car Jaune entre le 1er et le 13 mai par rapport à avril, après une réduction de 50 % du tarif. La fréquentation du réseau a progressé de 19 % entre avril 2025 et avril 2026. L'application de covoiturage Karos enregistre pour sa part une hausse de 14 % des trajets passagers sur un an.


8 commentaires
Moi je vous dis ce que les clients me disent depuis un mois dans la voiture : y'en a qui font le plein à moitié exprès pour pas trop lâcher d'un coup. Et la semaine passée j'ai eu une dame de Saint-Pierre qui m'a dit qu'elle avait pris le Car Jaune deux fois dans la semaine pour aller travailler à Saint-Louis, elle avait jamais fait ça de sa vie. Ça bouge vraiment. Mais nous les taxis on est dans un angle mort là-dedans, les 651 000 euros pour les professionnels de la route c'est pour les camions et les transporteurs, pas pour les indépendants comme moi qui roulent autant qu'eux.
@Sandrine, tu poses la bonne question sur la dynamique dans le temps. Ce que j'ajouterai côté agricole, c'est que nous à la coopérative on absorbe aussi la hausse du gazole, et les 651 000 euros prévus pour les professionnels de la route, faut voir si ça couvre vraiment les tournées de collecte entre exploitations. Parce que la canne, elle attend pas, et les camions-bennes non plus. La compensation c'est un geste, mais i fo que les montants suivent le réel.
Ce que ces chiffres montrent en creux, c'est que les gens sont capables de changer leurs habitudes quand on leur donne les bons outils. Le covoiturage, le Car Jaune, c'est aussi une façon de ralentir, de créer du lien, de retrouver un autre rapport au temps. Je trouve que dans toute cette actualité pesante sur les prix, il y a quelque chose de réellement positif qui se dessine pour notre île.
Le prix du gaz à 22 euros la bouteille en juin, i fo penser à nous aussi, les petits producteurs qui cuisinent, qui transforment. Le mécanisme à 18 euros c'est bien, mais le coût qui triple entre avril et juin ça va pas durer sans qu'on le sente quelque part.
Ce qui est intéressant dans cet article, c'est qu'il documente un changement de comportement réel, pas seulement déclaratif. La hausse de 19 % de fréquentation du réseau sur un an et les chiffres du covoiturage rappellent ce que les économistes des transports appellent l'élasticité-prix de la mobilité, un concept souvent théorique qui se vérifie ici concrètement. Reste à savoir si les infrastructures de transport en commun sont dimensionnées pour absorber cette hausse dans la durée, ce qui est une autre question entière.
69 % de souscriptions en plus sur Car Jaune en deux semaines, franchement c'est le chiffre qui m'a sautée aux yeux. La réduction de 50 % du tarif a clairement fait bouger les domoun, et c'est exactement le genre de levier que les collectivités sous-utilisent en temps normal. Je me demande si ce niveau de fréquentation va tenir une fois que les prix à la pompe se stabiliseront ou si tout le monde repassera à la voiture direct.
Moins de voitures sur les routes, c'est aussi moins de rejets qui finissent dans les bassins versants et sur les récifs. On ne fait jamais ce lien-là dans ces communiqués, mais pour nous c'est pas anodin.
Les chiffres méritent d'être lus attentivement. La perte de 7,1 millions d'euros se répartit sur quatre niveaux de collectivités, ce qui signifie que chacune absorbe une fraction différente du choc. Ce qui m'interroge davantage, c'est la dynamique sur le reste de l'année : si la baisse des volumes se maintient au-delà de juin, il faudra revoir les prévisions budgétaires initiales, et les marges de manoeuvre sont déjà limitées. Les 13 millions mobilisés sur fonds propres depuis le lancement du dispositif gaz, ça commence à peser sérieusement sur la trésorerie régionale.