La Fédération des élus des Entreprises publiques locales (FedEpl) a tiré la sonnette d'alarme mardi sur la baisse annoncée des crédits de la Ligne budgétaire unique (LBU), principal outil de financement du logement social dans les territoires ultramarins. Dans un communiqué, elle avertit que cette réduction, attendue dans le prochain projet de loi de finances, pourrait bloquer des chantiers, mettre en péril des opérations en cours et aggraver une crise du logement déjà bien installée.
Les Entreprises publiques locales occupent une place considérable dans le secteur. Leurs Sociétés d'économie mixte géraient près de 143 910 logements en 2023, soit environ 80 % du parc social ultramarin. Plus de 3 000 logements ont été mis en chantier la même année. Dans des territoires où la pénurie est structurelle et la demande soutenue, ces opérateurs restent souvent le principal levier dont disposent les collectivités locales.
L'équation financière se tend pourtant. Les bailleurs absorbent déjà la hausse des coûts de construction et la complexité croissante des opérations. Une réduction de la LBU fragiliserait davantage l'équilibre des projets — certains pourraient tout simplement être abandonnés. La FedEpl pointe aussi les contradictions du Plan logement Outre-mer 2024-2027 (PLOM 3), qui demande aux bailleurs de produire davantage de logements très sociaux et d'améliorer leur qualité environnementale, deux objectifs difficilement compatibles avec des financements en recul.
Au-delà du logement, c'est toute une filière qui se retrouverait exposée. Le BTP ultramarin, très dépendant de la commande publique, a déjà subi des à-coups brutaux par le passé. Un nouveau ralentissement pèserait sur l'emploi local dans des économies où le bâtiment reste un moteur de poids. La fédération soulève également la fragilisation du Fonds national des aides à la pierre (FNAP), qu'elle lit comme le signe d'une tension budgétaire globale sur le logement social, pouvant déboucher sur des arbitrages défavorables aux Outre-mer.
Les chiffres avancés donnent la mesure du défi : près de 45 000 logements seraient à construire dans les dix prochaines années dans ces territoires, alors que le mal-logement progresse. Dans ce contexte, la FedEpl réclame une trajectoire budgétaire « ambitieuse et pérenne » pour la LBU dans le cadre du budget 2027, qu'elle juge indispensable à la continuité des projets portés localement.


6 commentaires
@Tom Bib, tu parles de Fanon et t'as pas tort, mais moi je vais parler plus simple. Au Port, j'ai vu des camarades trimer sur des chantiers de logement social pendant vingt ans, des gars du BTP qui avaient enfin une activité stable, une paye en fin de mois, de quoi nourrir leur famille. Chaque fois qu'on coupe les crédits depuis Paris, c'est pas une ligne budgétaire qui disparaît, c'est des emplois réels, des vies concrètes qui se cassent la figure. Le BTP ultramarin dépendant de la commande publique, ils le savent très bien ceux qui signent ces arbitrages, et ils coupent quand même. I fo qu'on arrête de se laisser faire comme ça.
On import des containers de matériaux de construction depuis Maurice, depuis Madagascar, depuis l'Inde, parfois depuis plus loin encore, pour alimenter les chantiers du péi. Si la LBU se réduit et que les chantiers s'arrêtent, c'est toute la chaîne qui se grippe, les transitaires, les manutentionnaires, les transporteurs au Port. Les décideurs à Paris voient une ligne budgétaire à couper, nous on voit un quai qui se vide et des gars au chômage.
La mer, elle aussi, on l'a longtemps surexploitée en croyant qu'elle se rechargerait toute seule. Le logement social dans le péi-la, c'est pareil, des années à ne pas assez construire, et maintenant on voudrait réduire encore les moyens. Ce qui se transmet pas aux jeunes, ça disparaît.
On nous demande de produire plus, de faire mieux, avec moins. C'est exactement ce qu'on nous dit à nous aussi, les petits producteurs, alors ça me parle. La contradiction que soulève la FedEpl entre le PLOM 3 et la baisse des crédits, c'est pas nouveau comme méthode, promettre en haut et couper en bas.
Ici à Cilaos, on sait bien ce que c'est de se sentir oublié quand les décisions se prennent loin de nous. Les jeunes du cirque, ils voudraient rester, mais si y'a pas de logements convenables à des prix raisonnables, ils descendent en bas et on les revoit plus trop. C'est dommage que ce soit toujours le bâti social qui trinque en premier, les gens qui en ont le plus besoin ne font pas beaucoup de bruit dans les couloirs de Paris.
Il y a dans ce dossier quelque chose qui rappelle ce que Frantz Fanon décrivait comme la dépendance structurelle des territoires coloniaux à des décisions prises ailleurs, sans que les réalités locales ne pèsent vraiment dans la balance. La LBU n'est pas qu'une ligne budgétaire, c'est le symbole d'une promesse que l'État fait aux Outre-mer depuis des décennies. Réduire cette ligne alors que 45 000 logements restent à construire, c'est rompre quelque chose de plus profond qu'un simple équilibre comptable. Je recommande à quiconque veut comprendre cette mécanique de lire les travaux de Serge Letchimy sur l'habitat précaire antillais, ils éclairent ce que les chiffres seuls ne disent pas.