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À Mayotte, seulement 13 % des adultes se forment, contre 47 % en France

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À Mayotte, seulement 13 % des adultes se forment, contre 47 % en France

La formation professionnelle largement en retard à Mayotte - Crédit le journal de mayotte


Seuls 13 % des adultes mahorais ont suivi une formation professionnelle en 2022. C'est le chiffre central d'une étude présentée ce mercredi par l'antenne locale de l'Insee lors d'une conférence réunissant plusieurs acteurs du territoire. L'écart avec le niveau national est saisissant : 47 % des adultes se forment en France hexagonale. Chez les salariés, le fossé reste tout aussi profond — 21 % à Mayotte contre 57 % ailleurs.

Hatubou Antoy, chef du service régional de l'Insee à Mayotte, identifie plusieurs facteurs structurels à ce décalage. Le faible niveau de diplôme, un taux d'illettrisme élevé — 61 % des adultes rencontrent des difficultés à l'écrit en français, dont 47 % en lecture de mots —, l'absence de grandes entreprises capables de financer des parcours de formation, et une offre locale encore insuffisante : ces obstacles se cumulent.

Le compte personnel de formation (CPF) illustre à lui seul l'ampleur du problème. Seulement 2 % des personnes en emploi l'activent sur l'île. Le taux est identique chez les demandeurs d'emploi, alors qu'au niveau national, 13 % des chômeurs mobilisent ce dispositif. Les cadres ne sont pas épargnés : 16 % d'entre eux suivent une formation à Mayotte, contre 68 % dans le reste du pays. Hatubou Antoy pointe le manque d'offres adaptées à leurs besoins, qui les contraint souvent à quitter l'île — un déplacement coûteux que les employeurs ne financent pas toujours.

Pour Youssouf Moussa, directeur du CARIF-OREF Mayotte, ces statistiques doivent avant tout servir de levier. Il reconnaît que l'offre locale reste insuffisante, mais note que des formations certifiées se développent progressivement sur le territoire. « Ce n'est peut-être pas encore suffisant, mais il y a déjà des solutions localement », affirme-t-il.

La directrice de la Deets (Direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités), Nafissata Mouhoudhoire, replace la question dans un contexte plus large. Mayotte traverse une phase de reconstruction qui va générer, selon elle, d'importants besoins de compétences, notamment dans le secteur du bâtiment. Elle décrit une tension déjà visible : des entreprises qui peinent à recruter localement pendant que des habitants restent sans emploi. « On ne pourra pas toujours prendre des gens qui viennent de l'extérieur, on a besoin d'avoir ces compétences ici à disposition pour pouvoir les mobiliser rapidement. » Son message aux employeurs est direct : anticiper, investir dans la formation des salariés, et cesser de la traiter comme une dépense secondaire.

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Mots clés : Emploi Mayotte

9 commentaires

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L
Lastron-Leïla 21/05/2026 à 05:23

Ce qui me frappe c'est le chiffre du CPF à 2 %, parce que c'est aussi un problème de communication et de lisibilité du dispositif. Si même des cadres ne l'activent pas, c'est que l'info circule mal, ou que l'offre en ligne ne correspond pas à ce qu'ils cherchent. À La Réunion on a mis des années à vulgariser le CPF via les réseaux, les ateliers, les CMA et CCI qui relaient, et c'est tchoumbo de voir maintenant des jeunes qui connaissent leurs droits. Mayotte va devoir accélérer sur ce volet-là aussi, pas juste créer des formations mais les rendre visibles et accessibles numériquement.

A
Alex 21/05/2026 à 04:41

Ces chiffres sont intéressants mais j'aurais aimé que l'article précise la méthodologie de l'INSEE : comment on mesure exactement « suivre une formation » ? Une session CPF de 4 heures et un cursus de 6 mois c'est pas du tout la même chose, et si les deux entrent dans le même comptage, le 47 % national est peut-être un peu flatté. Je pose la question sans mauvaise foi, c'est juste que ce genre de statistique mérite qu'on regarde ce qu'il y a dedans avant de conclure.

Z
Zoubi 21/05/2026 à 04:32

Ça me fait penser à une cliente que j'ai, elle voulait se former en esthétique pour ne plus travailler que le soir après ses enfants. Elle a cherché pendant des mois une formation qui collait à ses horaires, même ici à La Réunion c'est pas évident. À Mayotte j'imagine même pas comment on fait quand il n'y a presque rien sur place.

F
Fifi430 21/05/2026 à 03:21

@Sébastien V., vous soulevez un point important, mais j'ajouterais une précision : le CPF n'est pas qu'un outil de co-financement employeur, c'est un droit individuel attaché à la personne, alimenté par les heures travaillées. Le vrai problème à Mayotte, c'est que le catalogue de formations éligibles au CPF y est structurellement plus pauvre, ce qui rend le droit formel mais le droit réel quasi inexistant. La distinction est juridiquement importante, et elle change la nature des réponses à apporter.

B
Bichik 21/05/2026 à 02:58

On parle de Mayotte aujourd'hui, mais i fo pas oublier que ces questions de formation, on les a posées ici aussi pendant longtemps sans vraiment y répondre.

S
Sandrine 21/05/2026 à 02:49

Le chiffre des cadres me frappe : 16 % contre 68 %, c'est pas une nuance, c'est un autre monde. Quand même les profils les plus à même d'activer le CPF ne le font pas, ça dit quelque chose sur la réalité de l'offre disponible sur place, pas seulement sur la volonté individuelle.

M
Marie-Hélène 21/05/2026 à 02:41

Ce que l'étude de l'Insee décrit pour Mayotte n'est pas si éloigné de ce qu'on a connu ici à La Réunion dans les années 80-90, avec un taux d'illettrisme qui freinait l'accès à toute qualification formelle. Ce qui m'interpelle, c'est ce chiffre de 61 % d'adultes en difficulté à l'écrit en français : avant même de parler de CPF ou de certifications professionnelles, il faut des dispositifs de formation de base, ce que les Anglo-saxons appellent les « foundational skills ». Les travaux de Philippe Carré sur la motivation à apprendre chez les adultes peu qualifiés seraient utiles à lire pour les décideurs de là-bas. La reconstruction du territoire est une opportunité, mais elle exige qu'on ne brûle pas les étapes.

P
Pti-Louis 21/05/2026 à 02:32

47 % contre 13 %, ça fait un écart comme entre le large et le lagon. On a beau regarder l'horizon, si le bateau est pas équipé, on part pas.

S
Sébastien V. 21/05/2026 à 02:23

Ce que soulèvent ces chiffres, c'est avant tout une question de moyens structurels. Le CPF est un outil pensé pour des territoires où l'offre de formation existe, où les employeurs ont les reins solides pour co-financer des parcours. À Mayotte, les conditions de base ne sont tout simplement pas réunies, et pointer du doigt les employeurs sans traiter l'insuffisance de l'offre locale, c'est un peu mettre la charrue avant les boeufs. La reconstruction post-Chido pourrait effectivement être un levier, à condition que les marchés publics intègrent de vraies clauses d'insertion et de formation. Sans ça, ce seront encore des entreprises extérieures qui rapatrient leurs équipes qualifiées.