Mercredi 20 mai, interpellé à l'Assemblée nationale par le député socialiste Philippe Naillet, le gouvernement a reconnu les difficultés liées aux contrats aidés à La Réunion, sans annoncer de retour en arrière sur les coupes budgétaires. Un point de situation est prévu dès vendredi avec le préfet de l'île.
La séance s'est tenue quelques heures après la mobilisation de plusieurs centaines de personnes devant la préfecture de Saint-Denis. Philippe Naillet a porté dans l'hémicycle « l'inquiétude profonde et légitime » des élus et des associations, citant le cas de la commune-chef-lieu : le nombre de contrats PEC y serait passé de 850 en 2024 à 589 aujourd'hui. Derrière ce chiffre, des tensions dans les cantines scolaires, l'entretien des écoles, l'accompagnement des quelque 17 000 élèves accueillis à Saint-Denis.
Au nom de l'exécutif, le ministre de l'Emploi et des Solidarités Jean-Pierre Farandou a reconnu « les difficultés » et confirmé avoir suivi la mobilisation matinale. « Plus de 500 personnes, parmi lesquelles beaucoup d'élus et de maires, se sont mobilisées », a-t-il dit. Aucun rétablissement des enveloppes supprimées n'a été annoncé. Ce qui est promis : une réunion vendredi entre son cabinet, celui de la ministre des Outre-mer et le préfet, pour « ajuster la situation ».
Le gouvernement évoque également des réaffectations possibles via les fonds d'inclusion pour l'emploi, une marge de manœuvre confiée au préfet qui pourrait limiter les effets immédiats des coupes. La ligne de fond, elle, ne bouge pas. Jean-Pierre Farandou a pointé les « déficiences » du dispositif, rappelant que « seulement 21 % des bénéficiaires accèdent à un emploi durable à La Réunion ». « Il faudra forcément s'interroger sur la destination de ce dispositif », a-t-il prévenu.
Cette remise en cause du modèle PEC se heurte à la réalité locale. À La Réunion, ces contrats ne sont plus vécus comme un simple outil d'insertion : ils font partie du fonctionnement quotidien des communes, des établissements scolaires et du tissu associatif. Le ministre a rappelé que 33 millions d'euros restent consacrés aux contrats aidés sur l'île, et annoncé un futur « plan emploi jeunes » adapté aux « spécificités du territoire ». Dans les mairies réunionnaises, beaucoup attendent surtout de savoir ce que vaudront concrètement ces promesses avant la rentrée.


6 commentaires
Ma cliente de ce matin m'a demandé si son fils allait garder son contrat à l'école de Beaumont, elle était toute inquiète pendant que je lui faisais ses brushing. Ces histoires-là on les entend partout, chez les gens, dans les familles, c'est pas que dans les journaux.
On parle beaucoup des cantines et des écoles, et c'est légitime. Mais l'entretien du patrimoine bâti communal, c'est aussi une réalité que ces contrats portaient à bout de bras. Des agents PEC qui peignent, nettoient, réparent dans des établissements qui ne verraient jamais la couleur d'un marché public pour ce genre de petit travail. Quand ces postes disparaissent, c'est une dégradation silencieuse et progressive du bâti public qui commence.
21% qui accèdent à un emploi durable, ok, mais dans quel contexte ? À La Réunion le taux de chômage lé pa fasil à comparer avec la métropole. Critiquer le dispositif sans parler du marché de l'emploi local, c'est un peu court comme raisonnement.
Hier j'ai pris une dame qui travaillait à la mairie de Saint-Denis, elle m'a dit que dans son service y'a trois postes PEC qui ont pas été renouvelés depuis le début de l'année. Elle faisait le travail de quatre personnes depuis janvier. Le gouvernement il parle de « plan emploi jeunes » mais avant la rentrée, domoun y attendent des réponses concrètes, pas des réunions.
Le ministre cite 33 millions d'euros maintenus pour les contrats aidés à La Réunion. Ce serait utile de savoir combien représentaient les enveloppes avant les coupes, pour mesurer l'écart réel. Sans ce chiffre de référence, difficile d'évaluer si ce qui reste couvre une partie significative des besoins ou si c'est symbolique.
Ce qui me frappe dans cet article, c'est l'impact humain concret : des gens qui travaillent en cantine scolaire, qui accompagnent des enfants, et dont le contrat s'arrête du jour au lendemain. En consultation, j'en vois qui cumulent précarité professionnelle et tensions physiques réelles. La perte d'un contrat PEC, c'est souvent aussi une perte de structure, de routine, et ça, sur la santé globale, les effets ne sont pas anodins.