La CGTR est entrée dans le débat mercredi sur les contrats aidés à La Réunion, avec un communiqué offensif contre ce qu'elle dénonce comme une gestion purement comptable des suppressions de postes PEC. Le syndicat, par la voix du SGPCAR CGTR, accuse l'État et la préfecture de dissimuler les conséquences humaines de leurs décisions derrière un langage technocratique — « enveloppes budgétaires », « cofinancements », « DGF » — sans rapport avec les réalités du terrain.
La journée avait déjà été marquée par un front commun inhabituel : maires, parlementaires et représentants du monde associatif s'étaient réunis pour dénoncer la réduction de ces contrats. Les syndicats ont suivi par voie de presse. « Derrière les chiffres, il y a des vies », tranche le communiqué de la CGTR.
Le texte dresse un portrait précis des personnes concernées : des femmes seules, des salariés de plus de 50 ans, des travailleurs vivant déjà sous le seuil de pauvreté et dont le contrat est reconduit — ou non — tous les quelques mois. Ces agents travaillent dans les cantines scolaires, la surveillance des élèves, l'entretien des établissements ou les structures d'aide sociale de proximité.
Le syndicat assume une position paradoxale. Il reconnaît les limites du dispositif PEC, mais refuse son arrêt brutal, qu'il juge susceptible de plonger des milliers de familles réunionnaises dans une précarité accrue. Défendre un système imparfait pour éviter un effondrement plus grave : c'est l'équation que la CGTR pose publiquement.
Parmi ses revendications : des mesures d'urgence, un financement structurel des services publics locaux et un plan global contre la précarité à La Réunion. Le communiqué se conclut sur une formule sans ambiguïté — « La dignité n'a pas de prix, la précarité a trop duré » — qui dit assez l'état d'esprit d'un mouvement social qui, sur l'île, ne semble pas près de se calmer.


6 commentaires
Les gens en cantine scolaire, en entretien des écoles, c'est pas abstrait pour moi. Mes employés en salle, la plupart ont commencé par des contrats comme ça avant de trouver quelque chose de stable. Supprimer ça brutalement sans rien prévoir derrière, le péi-la va pas s'en relever facilement.
Ce qui me frappe dans cet article, c'est le profil des personnes concernées : les agents en cantine scolaire, en surveillance, en entretien des établissements. Ce sont des postes invisibles mais absolument fondamentaux au bon fonctionnement de l'école au quotidien. J'ai vu pendant ma carrière à quel point ces collègues étaient indispensables, et à quel point ils étaient peu considérés. La question du financement structurel soulevée par la CGTR devrait d'ailleurs être portée au niveau de l'Éducation nationale, pas seulement des collectivités.
La formule finale du communiqué, « la dignité n'a pas de prix, la précarité a trop duré », rappelle quelque chose de Simone Weil dans L'Enracinement, cette idée que le travail n'est pas seulement un revenu mais un lien au monde commun. Ce que décrit l'article, c'est exactement le contraire de cet enracinement : des gens dont le lien à la société est renouvelé ou coupé tous les quelques mois selon des arbitrages comptables lointains. On peut être sceptique sur les PEC comme outil, sans pour autant accepter la brutalité de leur suppression.
Moi dans le BTP j'ai jamais eu affaire aux PEC mais je connais des collègues du secteur associatif qui s'appuient là-dessus pour faire tourner leurs structures. Couper comme ça du jour au lendemain, sans transition, c'est irresponsable. Lé pa fasil de faire sans quand ça fait des années que t'as organisé ton fonctionnement autour d'un dispositif.
La position de la CGTR est intéressante parce qu'elle assume une contradiction que peu de syndicats reconnaissent ouvertement : défendre un dispositif qu'on sait imparfait pour éviter quelque chose de pire. C'est une logique de moindre mal, pas de conviction. La vraie question, que le communiqué effleure mais ne creuse pas, c'est celle du financement structurel des services publics locaux. Si on supprime les PEC sans proposer de substitut, on déplace juste la précarité, on ne la résout pas. Qu'est-ce que l'État propose concrètement sur ce deuxième volet ?
La CGTR a raison de monter au créneau. On connaît la chanson : l'État coupe dans les contrats les plus fragiles en premier, ceux qui touchent les gens qui ont déjà rien, et derrière ils nous sortent des PowerPoint avec des lignes budgétaires. Des femmes seules, des cinquantenaires qui vont pas retrouver du travail comme ça, c'est pas des « enveloppes », c'est des vies. Le mouvement social à La Réunion a trop longtemps été patient avec ce genre de décisions prises depuis Paris sans regarder le terrain.