La Commission européenne doit débloquer dès mardi des fonds d'urgence pour soutenir les agriculteurs européens, touchés par une nouvelle flambée des prix des engrais. La fermeture du détroit d'Ormuz perturbe le commerce international et aggrave une situation déjà difficile pour le secteur.
L'UE est doublement exposée sur ce dossier. Environ 30 % des engrais azotés et 70 % des engrais phosphatés consommés en Europe sont importés. La production intérieure dépend quant à elle largement du gaz naturel, dont les prix ont fortement progressé ces dernières semaines sous l'effet des tensions régionales. Les exploitations agricoles se retrouvent ainsi prises en étau entre la hausse de leurs coûts d'approvisionnement et la compression de leurs marges.
L'exécutif européen prépare un plan d'action dédié aux fertilisants. Il viserait à réduire la dépendance aux importations, à renforcer les capacités de production sur le continent et à développer des alternatives aux engrais conventionnels. Le financement passerait par des mécanismes rattachés à la Politique agricole commune (PAC).
L'objectif affiché est d'apporter une réponse rapide aux agriculteurs les plus exposés, sans attendre que les tensions géopolitiques retombent.


6 commentaires
@Patrick974, tu as raison sur la lenteur des mécanismes PAC, on le vit à chaque campagne. Mais ce qui m'inquiète ici c'est l'amont : si les prix des engrais azotés restent hauts, les coopératives vont devoir choisir entre répercuter sur les adhérents ou rogner sur les services. À la coopérative du Tampon on a déjà discuté de mutualiser les achats groupés pour lisser la hausse, mais ça ne suffit pas à absorber une flambée de cette ampleur. Le plan de réduction de dépendance aux importations, si c'est sérieux, ça mérite qu'on regarde de près ce qui peut se faire à l'échelle des territoires ultramarins aussi, pas seulement l'Europe continentale.
Le chiffre des 70 % d'engrais phosphatés importés mérite d'être sourcé plus précisément, parce que selon qu'on parle des Vingt-Sept ou de la zone euro, les ratios varient. Cela dit, même à 50 %, la dépendance reste critique pour la trésorerie des exploitations qui achètent leur stock en début de saison.
Ça n'a l'air de rien mais quand les agriculteurs souffrent, c'est toute la chaîne qui souffre, y compris les petits marchés forains où je vends parfois à côté des producteurs. Moins de revenus pour eux, moins de monde sur le marché, moins de clients qui passent devant ma table.
Moi le bio ça me protège un peu de tout ça, j'utilise du compost, du fumier, des techniques de rotation. Mais mes collègues en conventionnel autour de Sainte-Suzanne, eux ils sentent la hausse à chaque commande. Ce plan de l'UE pour développer des alternatives aux engrais conventionnels, ça va dans le bon sens, mais i fo pas que ça reste un document de plus dans un tiroir. La dépendance à 70 % pour le phosphaté, c'est une vulnérabilité énorme que tout le monde connaît depuis des années.
Le détroit d'Ormuz qui perturbe les engrais en Europe, et derrière c'est nos producteurs locaux qui trinquent aussi. Le péi lé connecté à tout ça même si on l'oublie souvent. J'aurais aimé qu'il y ait un angle Réunion dans l'article.
Ce qui m'interpelle dans ce dispositif, c'est le passage par la PAC. Les mécanismes de la PAC sont notoirement lents à activer et les fonds arrivent souvent bien après que la crise est passée. La question est de savoir si "fonds d'urgence" signifie vraiment une mobilisation rapide ou si c'est une annonce politique destinée à rassurer les marchés à court terme. On a déjà vu ce scénario en 2022 avec la flambée post-guerre en Ukraine, et les agriculteurs les plus petits avaient absorbé le choc avant que le premier euro n'arrive.