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Aux Comores, la hausse du carburant expose les failles de la SCH et de l'État

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Aux Comores, la hausse du carburant expose les failles de la SCH et de l'État

Tribune A. Cheikh Ali : « Quelle politique énergétique pour les Comores ? – Partie 1 » - Crédit le journal de mayotte


Un arrêté signé le 5 mai 2026 par les ministres comoriens des Hydrocarbures, de l'Économie et des Finances a déclenché une nouvelle hausse des prix à la pompe. Le gasoil passe de 650 à 950 francs le litre (+ 46 %), l'essence de 750 à 1 000 francs (+ 33 %), le pétrole lampant de 350 à 450 francs (+ 28,6 %). Sur quatre ans, la progression est encore plus frappante : depuis mai 2022, le gasoil a augmenté de 111 %, le pétrole lampant de 80 %, l'essence de 67 %. Les salaires, eux, n'ont pas bougé.

Dans une tribune publiée en deux parties, Abdourahamane Cheikh Ali, figure de la société civile comorienne, refuse d'en rester à une lecture purement conjoncturelle. Les tensions internationales sur les hydrocarbures — le conflit russo-ukrainien hier, la fermeture du détroit d'Ormuz aujourd'hui — existent, il le reconnaît. Mais elles aggravent, selon lui, les effets de choix politiques anciens et d'une gestion défaillante des deux entreprises publiques du secteur : la Société Comorienne des Hydrocarbures (SCH) et la Société Nationale de l'Électricité (SONELEC).

Le mécanisme qu'il décrit est précis. La SCH collecte pour le compte de l'État une taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) : 230 francs par litre d'essence, 115 francs par litre de gasoil, soit une manne annuelle estimée à plus de 11 milliards de francs. Mais l'État, gros consommateur de carburant, ne paie pas ses factures à la SCH. Il recourt à des « croisements de dettes » qui, à l'issue de chaque opération, le laissent toujours débiteur. Le ministère des Finances contraindrait même parfois la SCH à régler des dépenses publiques sans rapport avec son activité, faute de liquidités au Trésor. À ces créances irrécouvrables s'ajoutent des avantages en nature jugés exorbitants, une masse salariale disproportionnée et des « pertes physiques » inexpliquées. La section des comptes de la Cour suprême aurait documenté ces dysfonctionnements.

L'absence de stocks stratégiques d'hydrocarbures représente un autre angle mort de la politique énergétique comorienne. Un tel dispositif permettrait, selon Cheikh Ali, d'absorber les chocs extérieurs, de retarder une hausse inévitable et de dégager le temps nécessaire à des mesures d'accompagnement. La SCH aurait engagé une réflexion en ce sens, avec pour objectif un stock de sécurité de six mois, mais rien n'aurait encore été formalisé.

La SONELEC se trouve dans une position comparable. Exonérée de TIPP à hauteur de 80 francs par litre de gasoil, elle prend en charge les factures d'électricité de bureaux administratifs, mais aussi de domiciles privés de responsables dont le statut ne justifierait pas, toujours selon l'auteur, un tel avantage. Les croisements de dettes entre l'État et la SONELEC se feraient systématiquement au détriment de cette dernière, fragilisant sa trésorerie.

Les propositions de cette première partie sont concrètes : réduire les quotas de carburant alloués aux responsables politiques et hauts fonctionnaires, supprimer les tickets de carburant au profit de carnets de bord dédiés, limiter la prise en charge de l'électricité par l'État aux seuls bureaux — et non aux domiciles privés. L'argument de fond : la SCH, soulagée des créances d'État et des dépenses qui lui sont imposées, pourrait vendre ses produits à des prix accessibles sans compromettre son équilibre financier.

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10 commentaires

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N
Nadine Saint-Louis 19/05/2026 à 10:14

Comme dit Olivier, c'est la colonne vertébrale de tout, et moi je le vois chaque matin quand je décharge ma camionnette devant la boutique. Le livreur m'annonce une majoration, le client derrière son masque de façade me dit qu'il a plus les moyens de prendre comme avant, et le loyer lui il bouge pas d'un franc. Ce qui me décourage le plus c'est que ces décisions-là sont prises par des gens qui ont leur carburant payé par l'État, c'est écrit noir sur blanc dans l'article. Nous on paie plein pot et on encaisse les clients qui réduisent leur panier, ça lé pa fasil de tenir le moral dans ces conditions.

T
TataYoyo 19/05/2026 à 09:29

Ce qui me touche dans tout ça c'est que c'est toujours les mêmes qui trinquent, ceux qui ont pas le choix. Le pétrole lampant qui monte de presque 30 %, ça c'est pas anodin, il y a encore des familles qui cuisinent avec ça, qui chauffent l'eau de bain des petits avec ça. Les décideurs eux ont leurs tickets et leurs avantages, et pendant ce temps les domoun ordinaires comptent chaque litre. J'ai connu ici des périodes difficiles, mais au moins on avait l'impression que les efforts étaient partagés. Là ce que je lis, c'est pas du partage.

B
Boug du Lagon 19/05/2026 à 08:24

Ce qui me frappe dans cette analyse, c'est le lien indirect que personne ne nomme vraiment : quand les coûts du carburant explosent comme ça aux Comores, les premières victimes après les ménages ce sont les opérateurs maritimes locaux, les pêcheurs, les petits clubs nautiques. Et derrière, c'est la pression sur les ressources marines qui monte, parce que des gens qui ne peuvent plus payer leur gasoil se retournent vers ce que la mer donne gratuitement. J'ai vu le même mécanisme ailleurs dans l'océan Indien, la corrélation entre crise énergétique et surpêche des zones côtières est documentée. La mauvaise gestion de la SCH, c'est pas juste un problème de trésorerie, ça a des conséquences concrètes sur les fonds.

J
JeanFrak 19/05/2026 à 08:00

Ce modèle de créances croisées où chacun doit à l'autre et où personne ne paie vraiment, ça ressemble à ce qu'on voit dans certains montages de maîtrise d'ouvrage publique ici : des opérations qui tiennent sur du papier, pas sur de la trésorerie réelle.

V
Vavangue 19/05/2026 à 07:28

Ce qui est décrit là, c'est exactement pourquoi on galère nous aussi dans les circuits courts. Quand le carburant grimpe de 46 % d'un coup, c'est ma camionnette pour les marchés forains, c'est la cire chauffée, c'est les livraisons chez les revendeurs locaux qui deviennent impossibles à absorber. Et les prix de vente, on peut pas les répercuter comme ça sur les clients sans perdre tout le monde. La différence c'est qu'aux Comores l'article met le doigt sur quelque chose de précis : c'est pas juste le cours mondial, c'est de l'argent qui disparaît dans des trous que l'État creuse lui-même.

B
Bichik 19/05/2026 à 06:18

Ce qui me frappe c'est que les mêmes schémas se répètent, d'une île à l'autre, d'une décennie à l'autre. L'État qui doit, l'entreprise publique qui compense, et à la fin c'est toujours le citoyen ordinaire qui règle la note.

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Patrick974 19/05/2026 à 05:19

@Jean-Marc, la comparaison est tentante mais attention à ne pas tout confondre. Ce qui est décrit aux Comores n'est pas seulement une pression sur les ménages, c'est un problème de captation de ressources par l'État sur une entreprise publique qu'il est censé piloter. La SCH collecte la TIPP, l'État ne paie pas ses factures et lui impose des dépenses extérieures à son objet social : c'est structurellement une prédation budgétaire, pas juste un problème de conjoncture énergétique. La vraie question c'est la suivante : si la Cour suprême a documenté ces dysfonctionnements, qui a la légitimité et la volonté politique pour forcer une réforme ? Sans réponse à ça, les propositions de l'auteur, aussi solides soient-elles techniquement, resteront lettre morte.

Z
Zilo 19/05/2026 à 04:45

L'idée du stock stratégique de six mois c'est basique comme mesure de résilience, n'importe quel système un peu sérieux a un buffer pour absorber les pics. Le fait que ça n'existe pas encore c'est le vrai bug structurel que pointe l'article, le reste c'est presque des symptômes.

J
Jean-Marc 19/05/2026 à 04:23

111 % sur le gasoil en quatre ans et les salaires qui bougent pas, moin lé désolé mais ça ressemble trait pour trait à ce qu'on subit nous aussi, pas aux Comores mais ici. La différence c'est qu'ici au moins y'a pas un ministère qui force ton fournisseur à payer des factures qui le regardent pas.

O
Olivier 19/05/2026 à 04:02

Ce que je lis ici me fait penser à ce qu'on vit dans nos coopératives depuis des années : quand les coûts de production explosent et que les revenus stagnent, à un moment le modèle s'effondre. Le carburant c'est la colonne vertébrale de toute activité agricole, et une hausse de 46 % sur le gasoil en une seule décision c'est insupportable pour des petits producteurs qui n'ont pas les reins solides. Ce qui me frappe dans l'article c'est ce mécanisme de dettes croisées où l'État pompe les ressources de ses propres entreprises publiques. On fait pareil quand on puise dans la trésorerie commune de la coopérative pour autre chose que l'objet social, et ça finit toujours mal.