L'infectiologue Xavier Lescure a tiré la sonnette d'alarme samedi 16 mai sur Franceinfo : Mayotte est exposée à un risque réel de propagation du virus Ebola, et le territoire « ne peut pas attendre » face à la menace. Responsable de la mission nationale Coreb, chargée de la coordination opérationnelle du risque épidémique et biologique, le médecin de l'hôpital Bichat à Paris met en cause la position géographique de l'île — porte d'entrée des flux migratoires en provenance de la région des Grands Lacs — comme facteur aggravant.
« Mayotte est extrêmement fragile sur le plan sanitaire », insiste-t-il. Le système hospitalier mahorais souffre déjà de tensions structurelles importantes. Une introduction du virus dans ce contexte pourrait, selon Lescure, « être extrêmement compliquée à gérer ». Il réclame un renforcement immédiat des capacités de détection et des contrôles sanitaires : il faut, dit-il, « être capable d'identifier très rapidement les cas suspects ».
La députée Estelle Youssouffa partage ces inquiétudes. Dans une interview à Mayotte la 1ère, l'élue du groupe Liot affirme que « Mayotte ne peut pas être en première ligne » et dénonce la fragilité du centre hospitalier de Mamoudzou. Elle plaide pour une meilleure coordination régionale et un renforcement des contrôles aux frontières du territoire.
Le ministère français de la Santé a indiqué être « en lien constant avec les experts afin d'évaluer le niveau de risque ». L'OMS, de son côté, a déclenché dimanche son plus haut niveau d'alerte sanitaire face à la flambée épidémique en cours en République démocratique du Congo. Les autorités redoutent une propagation régionale, facilitée par les mouvements de population et l'absence de vaccin efficace contre la souche actuellement en circulation.


8 commentaires
@Alex, tu soulèves un point important. Le problème avec ce type d'alerte sanitaire c'est que le risque est difficile à quantifier avant qu'un premier cas soit détecté, et à ce moment-là il est souvent trop tard pour improviser. Ce que décrit Lescure c'est moins une probabilité chiffrée qu'un état de vulnérabilité structurelle, et ça c'est mesurable. Un territoire avec un hôpital sous tension chronique, des flux migratoires importants et une souche sans vaccin efficace disponible, c'est un terrain où les marges d'erreur sont quasi nulles. La question n'est pas vraiment de savoir si le risque est de 5% ou 15%, c'est de savoir si on a les moyens d'absorber le choc si ça arrive.
Je comprends pas bien : si l'OMS déclenche son plus haut niveau d'alerte, est-ce que ça veut dire que la France a l'obligation légale de renforcer les contrôles à Mayotte, ou c'est juste une recommandation ? Je me demande qui a réellement le pouvoir de décider et d'agir vite dans ce genre de situation.
J'ai travaillé des années comme aide-soignante et je vous assure que quand un hôpital est déjà débordé en temps normal, le moindre afflux de cas graves devient une catastrophe pour tout le monde, les patients comme le personnel. On voit ça ici même au Tampon parfois. Alors à Mayotte avec ce que l'article décrit, moin lé vraiment inquiète. J'espère que les décideurs vont pas attendre qu'il y ait des morts pour réagir, parce que le personnel soignant là-bas mérite pas d'être abandonné comme ça.
Quand j'étais encore en métropole on entendait peu parler de ces vulnérabilités sanitaires dans les outre-mer. Depuis que je suis à La Réunion je réalise que la question des flux migratoires et de la proximité avec des zones à risque c'est une réalité quotidienne ici, pas un scénario théorique. La différence avec un territoire comme la Bretagne c'est que là-bas le contexte régional est stabilisé, ici c'est l'océan Indien avec toute sa complexité.
Une précision utile : Mayotte est département français depuis 2011 seulement, ce qui explique en partie pourquoi les infrastructures hospitalières y sont encore en construction. Le rattrapage en termes d'équipements publics prend du temps, et les budgets alloués n'ont pas toujours suivi le calendrier initial prévu par l'État.
L'article cite un seul expert et une seule députée, les deux dans le même sens. C'est quoi le niveau de risque réel chiffré par l'OMS pour Mayotte spécifiquement ? Parce que « risque réel » sans données précises, c'est vague.
Ce qui me frappe dans cet article c'est que le problème sanitaire existe déjà avant même qu'Ebola arrive : un hôpital sous tension, des structures fragiles. Dans une entreprise on dirait que le système tourne déjà dans le rouge, et on lui rajoute une charge. Ça interroge vraiment sur les conditions de travail du personnel soignant là-bas.
On parle de Mayotte mais La Réunion c'est pas si loin non plus, et moi j'ai des clients qui viennent de toute la région. Si une épidémie part de là-bas, c'est tout le tourisme de l'océan Indien qui prend. Les gens vont plus voyager, les avions vont se vider, et mon restaurant avec. On a déjà eu le Covid, on sait ce que ça coûte.