6,8 millions d'euros de déficit. Ce chiffre résume la situation financière catastrophique de l'Université de La Réunion, épinglée dans un récent rapport du Haut conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres). Dysfonctionnements managériaux, clientélisme, politisation excessive des instances : l'établissement public traverse une crise grave.
« Cette université est confrontée à une situation de crise », déclare le recteur Rostane Mehdi lors du conseil d'administration du 16 mars 2026. Sa colère transperce quand il conteste les chiffres présentés par l'agent comptable. « Ne venez pas m'expliquer qu'il faut tenir compte d'un chiffre plutôt que d'un autre », réplique-t-il sèchement, rappelant que le déficit réel atteint bien 6,8 millions d'euros selon le compte financier.
L'université créée en 1982 compte aujourd'hui 16 782 étudiants et emploie quelque 1 500 agents. Jean-François Hoarau, nouveau président depuis juillet 2023, hérite d'une institution rongée par les scandales de son prédécesseur Frédéric Miranville. Le mélange des genres continue : le 23 mars dernier, Hoarau apparaissait sur une photo aux côtés de la sénatrice PS Audrey Bélim lors de l'installation de la nouvelle maire de l'Entre-Deux, Camille Clain.
« Depuis le dernier rapport d'évaluation du Hcéres produit en octobre 2019, la situation globale de l'université, déjà reconnue comme difficile, s'est très sensiblement dégradée », alertent les experts indépendants. Le climat de travail s'est « aggravé au cours de la période récente par des comportements managériaux à l'origine de très nombreux dysfonctionnements ». La Cour des comptes évoquait déjà en novembre 2024 « un pilotage fortement fragilisé par une gouvernance défaillante ».
Le rapport dénonce « la confusion entre la sphère politique et la sphère administrative » ainsi que « le développement de comportements clientélistes ». Une « forme de présidentialisation, centralisatrice et autoritaire » s'était installée sous Frédéric Miranville, qui gérait personnellement finances et ressources humaines. Avec un budget de 152,1 millions d'euros dont 116,2 millions consacrés aux salaires, l'université doit désormais combler un déficit de 3 millions d'euros creusé par la seule masse salariale.


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