Espace membre :

Suivez-nous

Pêche artisanale à La Réunion : des bateaux locaux aidés à 60 %

Partager sur :
Pêche artisanale à La Réunion : des bateaux locaux aidés à 60 %

À Saint-Benoît, le pari de bateaux de pêche 100 % péi - Crédit Zinfos974 - Société


Ce mercredi, l'atelier de Bourbon Composites à Saint-Benoît a accueilli une trentaine de pêcheurs venus de toute l'île pour voir deux coques fabriquées localement : l'une d'un peu plus de 6 mètres, l'autre de 8,50 mètres, toutes deux en matériaux composites. La visite a eu lieu quelques mois après l'obtention, en mars dernier, d'une autorisation européenne permettant à la France de soutenir à nouveau la construction de navires de pêche neufs à La Réunion, notamment pour les unités de moins de 12 mètres.

Le dispositif prévoit une prise en charge pouvant atteindre 60 % du coût d'une construction neuve. Un peu plus de 7 millions d'euros ont été fléchés pour La Réunion, selon Nicolas Le Bianic, directeur de la Mer Sud océan Indien, qui a rappelé que cette autorisation a été obtenue au terme de plusieurs années de négociations avec Bruxelles. Le cadre actuel court jusqu'à la fin de l'année, avec des dossiers à déposer avant le 30 septembre 2026 et des conventions régionales à signer avant le 31 décembre. Le directeur de la Mer se dit confiant sur une prolongation au moins jusqu'au 31 décembre de l'année prochaine, sans que rien ne soit encore acté.

La petite pêche artisanale réunionnaise représente environ 150 entreprises. La flotte affiche plus de 20 ans d'âge moyen. Entre 20 et 30 professionnels auraient déjà manifesté leur intérêt pour le dispositif, soit près d'un quart du secteur. Jean-Éric Bouc, pêcheur à Sainte-Rose dont le bateau date de 2001, le dit sans détour : « Sans ça, aujourd'hui, on ne pourrait pas avancer, on ne pourrait pas voir l'avenir. »

Le cadre d'aide impose que les navires soient construits à La Réunion ou dans l'Union européenne. Un pêcheur peut donc se tourner vers un chantier italien ou grec, à condition d'intégrer les frais d'importation, évoqués à plus de 20 000 euros dans certains cas par des professionnels présents ce mercredi. L'île compte trois chantiers navals susceptibles de répondre aux besoins de la pêche professionnelle, aux offres distinctes selon les matériaux et les gabarits. Un pêcheur de Sainte-Rose estimait son propre projet autour de 65 000 euros, moteur et équipement compris, avant application de l'aide.

Pour Pierre Surjus, gérant de Bourbon Composites, la question va au-delà du seul prix d'achat. L'entreprise, implantée à Saint-Benoît depuis 2002, revendique plus de 600 bateaux construits naviguant autour de l'île et dit avoir fabriqué 23 navires de pêche professionnelle en 2008. Elle n'avait plus produit de bateaux depuis près de 18 ans. « Oui, l'Europe impose que ce soit fabriqué en Europe, mais entre ce qui est imposé depuis Bruxelles et la réalité du terrain, j'ai quelques doutes. Et c'est pour ça que je suis content que la Région se soit déplacée ici, que la direction de la Mer et le sous-préfet se soient déplacés à Saint-Benoît, pour s'assurer que les sous européens restent en Europe, les sous de la Région restent à La Réunion », a-t-il déclaré.

Derrière la coque d'un bateau, l'entreprise recense toute une chaîne : motorisation, électronique marine, mécanique, peinture, accastillage, équipements de sécurité, maintenance. Un pêcheur de Sainte-Rose résumait l'enjeu en quelques mots : « Si là, on a des aides et qu'on ne sollicite pas ceux qui travaillent ici, quand il n'y en aura plus, il ne faudra pas se plaindre. »

Source

0 commentaire

Écrivez votre commentaire...
💬

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !