Déplacés de leur emplacement historique du Grand marché de Saint-Denis vers le site du Lancastel, à l'est de la ville, les artisans devaient patienter le temps d'un chantier de réhabilitation. Plusieurs mois après leur installation, courant octobre 2024, ils dénoncent une fréquentation quasi nulle, une activité en chute libre et une promesse de retour qu'ils estiment n'avoir jamais été tenue.
Le site se trouve dans une zone où s'alignent garages, loueurs de voitures et concessionnaires automobiles. Des milliers de véhicules empruntent chaque jour cette route en direction de l'aéroport Roland-Garros ou du nord de l'île, sans jamais s'arrêter devant les cases créoles colorées. « Ici, personne ne flâne. Ce n'est pas un marché, c'est un rond-point », résume un artisan.
Au Grand marché, à côté du théâtre, les touristes déambulaient à pied dans un vieux quartier de caractère. Les Dionysiens traversaient les allées en semaine, les familles flânaient entre les étals. Acheter un panier en vacoa, un flacon de vanille ou un objet en bois faisait partie de la promenade. Désormais, il faut connaître l'adresse. « Les gens passent. Ils ne viennent pas », dit une commerçante.
Tous les artisans rapportent la même chose : on leur avait promis un déménagement temporaire. Une fois installés, la version officielle a changé. « On nous a pris au dépourvu, mais c'est un emplacement définitif », raconte l'un d'eux. Le sentiment d'abandon revient dans presque toutes les conversations : « On nous a menti. » « On nous a trahis. » « On n'a jamais été honnêtes avec nous. »
Les conséquences économiques sont concrètes. Chiffres d'affaires en forte baisse, impossibilité d'embaucher, réduction des dépenses, non-reconduction de salariés. Derrière ces échoppes, pas d'enseignes nationales : des entreprises familiales, certaines vieilles de plusieurs décennies, dont les propriétaires parlent autant de patrimoine que de commerce. « Il y a des jours où l'on peut compter nos clients sur les doigts d'une main. »
Le projet avait pourtant été présenté avec ambition. Doté d'un budget de 2,4 millions d'euros, il visait à faire du nouveau marché un point de rencontre pour les Dionysiens, les Réunionnais et les touristes, avec l'objectif d'attirer notamment les croisiéristes. « Ce marché est dans une zone commerciale dynamique, entourée de commerces présents depuis plus de 20 ans. Il ne s'agit pas d'un désert comme certains pourraient le penser », avait déclaré Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis, au moment d'inaugurer les lieux. Les commerçants disent n'en avoir pas vu la couleur.
Ce que les artisans réclament n'est pas une nouvelle promesse, mais des réponses : savoir si ce déménagement est réellement provisoire, obtenir un calendrier, pouvoir se projeter. Ce qui les épuise, disent-ils, ce n'est pas seulement la baisse d'activité, c'est l'incertitude. La mairie de Saint-Denis, sollicitée à plusieurs reprises, n'a pas donné suite.


0 commentaire
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !