Le Comité Régional des Pêches Maritimes de La Réunion (CRPMEM) verse des compensations financières aux pêcheurs qui signalent la capture de thons équipés de marques électroniques, dans le cadre du programme scientifique AFICHÉ. Selon les cas, la prime va de 10 euros le kilogramme à 300 euros par poisson.
Ce projet porte sur le comportement des poissons pélagiques autour des dispositifs de concentration de poissons (DCP) ancrés dans les eaux réunionnaises. À ce stade, 26 spécimens ont été marqués, principalement des thons albacores. Le matériel utilisé comprend 15 dispositifs acoustiques, 10 marques archives et une marque acoustique posée sur un thon banane.
Deux protocoles distincts s'appliquent selon l'état du poisson à la remontée. Si le thon est vigoureux, sans blessure ni saignement et non gaffé, le pêcheur est invité à le remettre à l'eau après avoir photographié l'animal et le repère externe — un tube plastique appelé « spaghetti » portant un numéro d'identification. La date et les coordonnées GPS de la capture sont à transmettre au chargé de mission du CRPMEM. Cette procédure ouvre droit à une compensation de 10 euros par kilogramme.
Lorsque le poisson est conservé à bord — parce qu'il est blessé ou que ses chances de survie paraissent compromises — le protocole change. Le pêcheur doit extraire la marque électronique logée à l'intérieur du poisson, mesurer sa longueur à la fourche et relever sa position géographique. Le montant de la prime dépend alors du matériel récupéré : 50 euros pour un spaghetti blanc associé à une marque acoustique noire, 300 euros pour un spaghetti orange lié à une marque archive transparente munie d'une antenne. Les données et le matériel doivent être déposés auprès du comité pour valider le versement.


8 commentaires
@Patrick974, la soutenabilité c'est la bonne question. En fait c'est un peu comme du crowdsourcing appliqué à la science : t'as des agents déjà sur le terrain, tu leur files un protocole simple et une compensation, et tu récupères de la data que t'aurais jamais pu collecter autrement. Le truc c'est que 26 spécimens c'est clairement pas assez pour sortir des stats solides, mais si le réseau de pêcheurs grossit, le dataset peut devenir intéressant assez vite.
26 thons marqués, c'est un début modeste. Mais c'est comme ça que ça commence, doucement.
J'ai pêché pendant vingt ans, j'ai jamais vu un programme comme ça arriver jusqu'aux petits pêcheurs de Saint-Jo. C'est peut-être bien sur le papier, mais le gars qui remonte un thon à 5h du matin, il pense pas à photographier un spaghetti. Il pense à rentrer.
300 euros pour un poisson bien documenté, c'est une vraie opportunité pour les pêcheurs artisanaux. J'espère que le CRPMEM communique bien auprès d'eux, parce que ce genre de prime ça peut faire une vraie différence en fin de mois !
Bel article.
Ce qui me frappe, c'est ce système de couleurs pour identifier les marques : spaghetti blanc, spaghetti orange, marque noire, transparente avec antenne. C'est presque un code visuel, comme une sérigraphie sous l'eau. La mer a ses propres signes, on dirait.
C'est bien de penser aux pêcheurs, eux lé pa fasil tous les jours sur leur bateau. Mais j'espère que les explications sont claires sur le terrain, parce que lire un protocole avec des spaghettis oranges et des marques archives, ça fait beaucoup pour quelqu'un qui remonte son filet à 5h du matin.
C'est un montage intéressant sur le plan économique : on externalise la collecte de données scientifiques vers les professionnels qui sont déjà sur l'eau, et on compense leur manque à gagner. La question qui me vient, c'est la soutenabilité du dispositif dans le temps. 26 spécimens marqués, c'est encore peu. Si le programme monte en charge, le budget du CRPMEM suit-il ? Et qui finance réellement derrière, la Région, l'Europe ?