« On ne peut pas gagner la Coupe du monde avec onze Kylian Mbappé. » C'est par cette formule qu'Abdoullah Lala, président de l'Union nationale des professions libérales (UNAPL) Réunion, a résumé cette semaine les conclusions d'une année de travaux sur le management de la diversité. La restitution s'est tenue à Saint-Denis, réunissant chefs d'entreprise, représentants de l'État, chercheurs et professionnels libéraux venus dresser le bilan de ces travaux.
Le chantier, baptisé « Diversité - Acte 2 », a été conduit avec le soutien de la Direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DEETS). Depuis fin 2025, plus d'une centaine de professionnels ont pris part à des entretiens, ateliers et groupes de travail, avec un objectif : observer ce qui fonctionne réellement dans les entreprises réunionnaises, et ce qui reste à construire.
Premier enseignement : les entreprises de l'île voient majoritairement la diversité comme un atout. Non par conviction militante, selon les travaux, mais parce qu'elles y trouvent un intérêt concret. Mélanger les profils, les expériences et les générations favoriserait l'innovation, la complémentarité des compétences et la performance collective. Le « vivre-ensemble » réunionnais, souvent cité comme réalité sociale, deviendrait ainsi une pratique de management.
L'étude pointe toutefois des difficultés persistantes : inégalités entre femmes et hommes, discriminations liées à l'origine ou à la religion. Des sujets qui restent peu abordés dans le quotidien des petites entreprises, alors qu'ils façonnent concrètement les relations de travail.
Plusieurs outils ont été présentés lors de cette restitution : un livret de formation, un MOOC conçu spécifiquement pour les professionnels réunionnais, et un questionnaire d'auto-évaluation permettant aux organisations de mesurer leur niveau de maturité sur ces questions. Ces ressources visent à accompagner les entreprises face aux mutations du travail : télétravail, intelligence artificielle, nouvelles générations, évolution des modes de management.
Le député Philippe Naillet, présent lors de la restitution, a élargi la perspective. « Le vivre-ensemble est une richesse réunionnaise mais il est aujourd'hui fragilisé par les fractures sociales », a-t-il déclaré, appelant à renforcer l'inclusion comme enjeu de cohésion pour l'ensemble du territoire.


10 commentaires
Ce qui m'a frappé dans cet article c'est la mention des nouvelles générations et de l'IA comme mutations à accompagner, parce qu'en cabinet on voit déjà les dégâts. Des jeunes indépendants qui arrivent en consultation avec des douleurs musculaires chroniques, du sommeil fragmenté, une charge mentale qui déborde, et quand on creuse un peu c'est souvent une question d'organisation d'équipe, de management qui ne les reconnaît pas, d'isolement. La diversité bien gérée c'est aussi ça, quelqu'un qui ne se sent pas à sa place dans une structure finit par le payer physiquement. J'espère que le livret de formation aborde un minimum la santé au travail, pas seulement les indicateurs de performance collective.
Le guide est une bonne initiative, mais j'aurais aimé qu'on précise le cadre juridique dans lequel s'inscrivent ces démarches. La discrimination à l'embauche, c'est un délit pénal en France, pas seulement une mauvaise pratique managériale. Beaucoup de dirigeants de TPE l'ignorent, et un outil d'auto-évaluation ne remplace pas une information claire sur les risques légaux. Un volet sur les obligations légales des employeurs aurait renforcé la crédibilité de l'ensemble.
Comme dit Lulu, c'est dans la pratique que ça se construit. Chez moi à Saint-Jo, quand je travaille avec les autres producteurs du marché forain, on vient tous d'horizons différents, on a des méthodes différentes, et c'est souvent de là que sortent les meilleures idées pour valoriser nos produits. Ce qui me questionne dans tout ça c'est si le guide aborde le cas des petites exploitations agricoles et artisanales, parce que notre réalité elle ressemble pas à celle d'un cabinet libéral de Saint-Denis.
Curieux de voir si ce guide va parler aux boîtes qui bossent avec des équipes multiculturelles par obligation, pas par idéologie. Dans la logistique on embarque avec des marins de Madagascar, de Maurice, des Comoriens, c'est la réalité de la zone océan Indien depuis toujours. L'intégration là elle se passe sur le pont du bateau, pas en salle de formation.
@JeanFrak, tu mets le doigt sur quelque chose de vrai. Moi j'ai passé trente ans sur les quais du Port et la diversité on l'a vécue tous les jours, pas dans un livret, pas dans un MOOC. Ce qui changeait les choses c'était les délégués syndicaux, les heures passées à défendre un gars qu'on voulait virer sous prétexte de son origine ou de sa gueule. Le vivre-ensemble ça se construit dans le rapport de force autant que dans la bonne volonté, et ça les rapports institutionnels ils osent rarement le dire.
Le MOOC spécialement conçu pour les pros réunionnais, c'est exactement ce qu'on attendait, parce que les formations généralistes made in hexagone ça parle rarement de notre réalité ici. Anaëlle a posé la bonne question d'ailleurs, si c'est accessible seulement aux adhérents UNAPL ça va vite devenir une ressource que seuls ceux qui sont déjà dans la boucle vont utiliser. Pour que ça atterrit vraiment sur le terrain comme dit JeanFrak, faudrait que ce soit ouvert, visible, partageable sur les réseaux. La com autour de ces outils va être aussi importante que les outils eux-mêmes.
Bel article, mais la diversité ça reste un sujet de grande boîte. Dans mon commerce, lé pa fasil de penser à tout ça quand tu gères tes prix de revient, tes fournisseurs qui livrent pas à l'heure, et la grande surface qui casse les prix deux rues plus loin.
Le questionnaire d'auto-évaluation m'intéresse beaucoup, est-ce qu'il est accessible au grand public ou réservé aux adhérents de l'UNAPL ? Et le MOOC, il est déjà en ligne quelque part ?
Le sujet est sérieux mais on aimerait savoir comment ces outils vont réellement atterrir dans les petites structures. Un MOOC, ça reste une promesse sur écran. Ce qui change une équipe c'est ce qui se passe dans un bureau, sur un chantier, dans une salle de réunion, pas devant un module en ligne qu'on survole entre deux réunions.
La formule avec Mbappé elle m'a parlé direct. Sur mon food truck j'ai une équipe de trois personnes, chacune vient d'un coin différent du péi, et c'est exactement ça qui fait que ça tourne bien. Celle qui connaît les épices, celle qui gère la caisse vite fait, celle qui cause à tous les clients. Seule je ferais la moitié du chiffre.