Une grève est prévue le jeudi 18 juin dans les trois aéroports parisiens — Roissy Charles-de-Gaulle, Orly et Le Bourget. L'intersyndicale CGT, CFDT, UNSA et SUD Aérien appelle l'ensemble du personnel à cesser le travail pour contester un durcissement des conditions d'attribution des badges d'habilitation de sécurité. Les liaisons entre La Réunion et l'Hexagone font partie des vols susceptibles d'être affectés.
Au cœur du conflit : le fichier TAJ, pour Traitement des antécédents judiciaires. À la différence du bulletin n°2 du casier judiciaire, qui ne recense que les condamnations, ce fichier centralise l'ensemble des antécédents de police et de gendarmerie, y compris les procédures classées sans suite. Depuis l'arrivée d'un nouveau préfet délégué à la sécurité des aéroports de Paris à l'été 2024, les syndicats observent que ce fichier est de plus en plus souvent invoqué pour refuser ou retirer des habilitations. « Nous constatons un durcissement des règles d'attribution », a déclaré vendredi à l'AFP Daniel Bertone, secrétaire général de la CGT ADP. À Roissy, quelque 95 000 salariés dépendent de ce badge pour accéder aux zones sécurisées. Sans lui, pistes, soutes et espaces à accès réglementé leur sont fermés.
Les organisations syndicales dénoncent des refus fondés sur « des motifs mineurs n'ayant aucun lien avec les impératifs de sûreté ». Une simple amende, une affaire ayant abouti à un non-lieu, ou des faits « vieux de plus de trente ans » peuvent suffire, selon elles, à priver un salarié de son droit de travailler. Un communiqué commun des quatre syndicats pointe l'absence de recours immédiat : un agent peut se retrouver sans emploi du jour au lendemain, parfois pendant de longs mois, dans l'attente d'une décision judiciaire définitive.
Pour sortir du blocage, les syndicats réclament la création d'une commission paritaire chargée d'examiner les dossiers contestés, ainsi que la mise en place de badges provisoires pendant la durée des procédures. Une manifestation est prévue le 18 juin à 10h devant la préfecture déléguée à la sécurité et à la sûreté des plateformes aéroportuaires, au terminal 1 de Roissy Charles-de-Gaulle.
La question des habilitations aéroportuaires alimente les tensions sociales à Roissy depuis plusieurs décennies et a déjà suscité des débats à l'Assemblée nationale sur l'équilibre entre sécurité nationale et droits des salariés. Le changement de préfet en 2024 a néanmoins ravivé le dossier. La grève tombe en pleine montée en charge estivale, période de forte affluence dans les aéroports parisiens. Les voyageurs sont invités à suivre les communications d'Aéroports de Paris et de leur compagnie aérienne dans les jours précédant le 18 juin.


10 commentaires
Dans le BTP on a le même problème avec les casiers pour les marchés publics. J'ai perdu un chantier il y a deux ans parce qu'un gars de mon équipe avait une vieille histoire qui traînait, rien à voir avec le travail. Le temps de régulariser, le marché était parti ailleurs. Ces gens qui perdent leur badge du jour au lendemain, je comprends exactement ce que c'est.
@TataYoyo, je vous rejoins sur le fond, mais une petite précision s'impose. Un classement sans suite n'équivaut pas juridiquement à un non-lieu. Le classement sans suite est une décision du parquet, prise avant toute instruction, souvent pour des raisons d'opportunité des poursuites. Le non-lieu, lui, intervient après instruction et signifie qu'aucune charge suffisante n'a été retenue. Dans les deux cas, l'inscription au TAJ demeure, ce qui est précisément au coeur du problème que cet article décrit bien.
Ma cousine devait prendre l'avion le 18 pour ramener ses enfants depuis Paris, ça fait trois fois qu'elle reporte à cause des grèves ces dernières années. Les marmaille qui attendent à l'aéroport c'est triste quand même.
@KékéSurf, t'as raison et c'est pas que pour les saisonniers. Moi j'ai une fournisseur de Saint-Denis qui devait monter à Paris début juillet pour voir un grossiste, elle a pris son billet y'a trois semaines. Si le vol part pas ou s'il est retardé de dix heures, c'est tout son planning qui tombe à l'eau. Les petits commerces on a pas les reins assez solides pour absorber ce genre de galères, on peut pas juste reporter comme ça.
@Olivier, tu soulèves quelque chose d'important. Ce qui me frappe dans ce conflit, c'est le risque économique systémique que l'on sous-estime. 95 000 salariés sous habilitation à Roissy seul, ça représente une masse salariale et une capacité opérationnelle considérables. Quand la sécurité juridique des travailleurs est fragilisée, on fragilise aussi la chaîne logistique qui fait tourner le hub. Les compagnies aériennes, les sous-traitants, les transporteurs de fret : tout le monde est exposé. La vraie question n'est pas sécurité contre droits sociaux, elle est comment organiser un système d'habilitation qui soit à la fois rigoureux et prévisible, parce que l'imprévisibilité a un coût, et ce coût finit toujours par se répercuter quelque part.
Quelqu'un sait si Air Austral a déjà communiqué sur les vols du 18 ? Je vois rien sur leurs réseaux pour l'instant.
Ce que je retiens c'est l'absence de recours immédiat. Du jour au lendemain sans salaire, en attendant une décision qui peut prendre des mois, c'est exactement ce qu'on vit quand une coopérative te coupe l'accès à un marché sans préavis. Le badge provisoire qu'ils demandent, c'est du bon sens, ça devrait exister depuis longtemps.
Trente ans après les faits, on prive quelqu'un de son travail. Y'a quelque chose de cruel là-dedans. La mer, elle pardonne pas non plus, mais au moins elle a pas de mémoire sélective.
Perdre son badge à cause d'une vieille amende ou d'une affaire classée sans suite, franchement c'est pas juste. Ces gens-là ont des familles, des loyers à payer. Un non-lieu ça veut dire qu'on a rien fait de mal, i fo quand même comprendre ça. J'espère que ça se règle vite pour tout le monde.
Pas bon du tout ça pour les saisonniers qui font Paris-Réunion en juin pour les saisons d'été. On est déjà sur le fil avec les billets et si en plus les vols partent pas...