Des bonbons, huiles, cigarettes et sachets de CBD ont été retirés des rayons de quatre stations-service de Saint-Denis et de l'ouest de La Réunion les 11 et 12 mai derniers. L'opération, coordonnée par plusieurs services de l'État, a donné lieu au prélèvement d'une soixantaine d'échantillons, tandis que près de 300 sachets ou cigarettes ont été consignés pour examen par le laboratoire commun Douanes-DGCCRF.
Le Codaf, l'ARS, les Douanes, la Police nationale et la Gendarmerie participaient à ces contrôles, dont l'objectif était de repérer des produits susceptibles de contenir des cannabinoïdes de synthèse — des substances que les autorités assimilent à des stupéfiants et jugent dangereuses pour les consommateurs. Les irrégularités sont apparues rapidement. Des produits alimentaires au CBD — chewing-gums, chocolats, infusions, huiles — étaient vendus sans restriction, alors que la préfecture rappelle que le CBD « n'est pas autorisé dans les produits de type alimentaire ». La présence de cigarettes et sachets destinés à être fumés a également posé problème.
Au-delà du volet sanitaire, les autorités pointent un enjeu commercial. Certains produits ne respecteraient pas les seuils de THC autorisés, les règles d'étiquetage ou les normes de fabrication. La préfecture dénonce une « concurrence déloyale » envers les professionnels qui investissent dans la conformité et la traçabilité. Le marché du CBD s'est développé rapidement à La Réunion, dans un flou réglementaire qui touche aussi bien les boutiques spécialisées que les stations-service et les commerces de proximité.
D'autres contrôles sont annoncés. La préfecture prévient qu'ils viseront « tout type de structure susceptible de vendre des produits non conformes ».


8 commentaires
Ce flou réglementaire autour du CBD me fait penser à ce que Naomi Klein décrivait dans No Logo sur les angles morts de la régulation face à des marchés qui se développent plus vite que les institutions. On n'est pas exactement dans le même registre, mais la mécanique est similaire : une niche commerciale s'installe dans l'interstice de normes imprécises, et quand les autorités réagissent, le marché a déjà façonné des habitudes. Pour ceux que le sujet intéresse au-delà de l'actualité immédiate, le livre de Christian Langlais sur les drogues douces et le droit français donne un éclairage utile sur pourquoi ces zones grises perdurent aussi longtemps.
Ce que l'article décrit illustre bien une tension que l'on retrouve dans beaucoup de secteurs émergents : la réglementation court toujours après le marché, et c'est souvent le consommateur qui fait les frais de ce décalage. Ce qui me préoccupe particulièrement, c'est la visibilité de ces produits auprès des plus jeunes, comme le souligne TataYoyo. Dans nos associations à Bras-Panon, on travaille sur la prévention des conduites à risques, et on sait à quel point un produit banalisé en rayon de commerce ordinaire envoie un signal implicite sur son innocuité. J'aimerais que la préfecture, au-delà des contrôles, accompagne ces opérations d'une vraie campagne d'information structurée, à destination des familles et des établissements scolaires.
Ce sujet me touche vraiment en tant que quelqu'un qui travaille à lancer une marque bien-être. Le CBD a une vraie place dans les pratiques de soin, mais cette place doit être construite avec intégrité. Quand des produits non conformes envahissent les stations-service, ça fragilise tous ceux qui bossent sérieusement pour proposer quelque chose de qualitatif et de transparent. Je pense que cette régulation, même si elle fait mal à court terme, peut être une opportunité de professionnaliser le secteur ici à La Réunion.
Intéressant que la préfecture parle de concurrence déloyale, c'est pas souvent qu'on entend cet angle dans ce type d'opération. Ça change du discours purement sanitaire. Est-ce que l'article va faire un suivi sur ce que les boutiques spécialisées CBD pensent de tout ça ? Elles sont souvent plus sérieuses sur la conformité et elles trinquent quand même à cause de l'image générale du secteur.
Des bonbons et des chewing-gums au CBD en station-service, franchement ça m'avait l'air bizarre depuis le début. Les marmaille voient ça, ils savent même pas ce que c'est. Bien que les contrôles arrivent.
Le CBD lé pa fasil à cadrer, c'est vrai, mais le problème pointé ici c'est surtout le flou réglementaire que tout le monde utilise à sa sauce. Moi dans ma boutique, chaque tissu importé je dois justifier l'origine, la composition, respecter des normes sanitaires. Pourquoi un bonbon au CBD dans une station-service passerait entre les mailles si facilement ? Ce deux poids deux mesures fatigue les gens qui font les choses bien.
Soixante échantillons prélevés, 300 sachets consignés, cinq services de l'État mobilisés... et on attend les résultats de labo pour voir si c'est vraiment dangereux. Pendant ce temps, les gérants de ces stations continuent de tourner. Y'a deux poids deux mesures dans ce pays : un docker qui déballe une palette sans le bon bon de livraison, il est convoqué dans la journée. Là on prévient qu'il y aura d'autres contrôles. On prévient.
Ce qui me choque c'est justement l'argument sur la concurrence déloyale. Nous à la coopérative, pour vendre nos produits agricoles, on passe par des certifications, des contrôles, de la traçabilité à chaque étape. Si des stations-service peuvent écouler n'importe quoi sans respecter les normes, c'est tout un équilibre qui fout le camp. Contenter d'une étiquette floue et d'un prix bas, ça ne marche pas dans le monde agricole, ça ne devrait pas marcher ailleurs non plus.