Alexandre Laï-Kane Cheong, maire de Sainte-Suzanne, s'est entretenu avec la rédaction de Zinfos974 le 8 juillet 2026, quelques jours avant le conseil municipal du 30 juillet. Dans cet entretien enregistré en studio, il tire le bilan de ses cent premiers jours à la tête de la commune.
Il décrit une ville qu'il aurait trouvée « à la limite de la faillite » et revient sur ce qu'il appelle le « système Gironcel ». Il assume les décisions prises depuis son élection : non-renouvellement de contrats à durée déterminée, réduction des subventions aux associations et réorganisation des services municipaux. Face aux critiques, il défend un « retour à la normale », répond aux accusations de « chasse aux sorcières » et s'explique sur la place occupée par son frère au sein de l'appareil municipal.
L'entretien a été enregistré avant le dernier conseil municipal, au cours duquel les tensions autour du dossier des subventions aux associations ont éclaté au grand jour. Dans les jours qui ont suivi, la première adjointe Sarah Assama s'est vu retirer son écharpe d'adjointe — une décision que la majorité refuse toutefois de qualifier de « sanction ».


7 commentaires
Moi j'ai bossé sur des chantiers à Sainte-Suzanne y'a quelques années, et on sentait bien que les finances de la commune partaient dans tous les sens. Les marchés publics mal ficelés, les délais de paiement à rallonge, on attendait parfois trois mois pour être réglés. Alors quand quelqu'un arrive et dit que c'était la faillite, je le crois sans problème. La question c'est ce qu'il fait avec ça, et là on verra dans un an si les artisans du coin sont payés correctement ou pas.
@Thierry Lebon, votre précision juridique est juste, et elle rejoint ce que Hannah Arendt observait sur la façon dont les hommes politiques utilisent le langage de la catastrophe pour légitimer des décisions qui auraient autrement besoin d'être débattues. « À la limite de la faillite » est une formule rhétorique avant d'être un diagnostic comptable. Ce qui m'intéresse davantage ici, c'est la séquence : l'entretien donné avant le conseil, les tensions qui éclatent pendant, puis l'écharpe retirée après. Il y a là une dramaturgie que n'aurait pas reniée un auteur de politique-fiction, sauf que ce sont de vraies personnes, dans une vraie commune, et que les conséquences sont concrètes pour des salariés, des associations, une première adjointe.
Ce qui me touche dans ce témoignage, c'est qu'il y a clairement quelqu'un qui a voulu mettre des mots sur une réalité difficile plutôt que de faire semblant que tout va bien. Après, gérer une équipe en pleine restructuration, c'est un vrai travail sur soi aussi, et j'espère qu'il y a un accompagnement humain derrière les décisions, pas juste du chiffre. Les personnes dont les contrats n'ont pas été renouvelés, elles ont besoin d'un filet, pas juste d'une explication budgétaire.
La question du frère dans l'appareil municipal, lé pa fasil à défendre même avec la meilleure volonté du monde. En RH on appelle ça un conflit d'intérêts perçu, et même si tout est légal, ça fragilise la confiance en interne.
Le coup de l'écharpe retirée à la première adjointe juste après le conseil, ça fait désordre. Qu'on appelle ça sanction ou pas, tout le monde voit bien ce que c'est. J'ai connu des choses similaires dans des équipes soignantes, ce genre de geste envoie un signal à tous les autres : restez dans le rang. C'est rarement bon pour la dynamique d'un groupe.
Je lis avec intérêt, mais une précision s'impose : une commune « à la limite de la faillite » ne peut pas techniquement faire faillite au sens juridique du terme, les collectivités locales bénéficient d'un régime de tutelle budgétaire via la préfecture. Ce que le maire décrit ressemble davantage à un déséquilibre budgétaire structurel, ce qui est sérieux, mais différent. Il serait utile que la rédaction demande à consulter les comptes administratifs des dernières années pour étayer ou nuancer cette affirmation.
Les CDD non renouvelés, ça touche souvent des saisonniers, des animateurs, des gars qui bossent à la com ou aux sports. On en parle pas assez dans cet article.