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Pointe au Sel : Saint-Leu va porter plainte contre le Conservatoire du littoral

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Pointe au Sel : Saint-Leu va porter plainte contre le Conservatoire du littoral

Démolition à la Pointe au Sel : la mairie saisit la justice, le Conservatoire du littoral plaide l'urgence - Crédit Zinfos974 - Société


La mairie de Saint-Leu a annoncé vendredi son intention de déposer plainte après la démolition, le 8 juillet, de l'habitation de la famille Futole sur le site de la Pointe au Sel. Le maire Karim Juhoor qualifie l'opération d'« illégale », faute de permis de démolition. Le Conservatoire du littoral reconnaît une « décision précipitée », mais invoque l'urgence sécuritaire pour justifier son intervention.

Pour Karim Juhoor, la méthode est inacceptable : « La démolition de la case de la famille Futole a été faite sans permis de démolition, c'est une action illégale d'un service de l'État. » L'élu dit tomber « un peu de sa chaise » en découvrant les accusations de dérives foncières pesant sur le site. La commune reconnaît que la famille occupait la parcelle sans titre de propriété officiel, mais conteste fermement les conditions dans lesquelles l'expulsion a été menée. Ses services juridiques et des cabinets d'avocats ont été mobilisés en vue d'un dépôt de plainte « dans les très prochains jours ».

Le Conservatoire du littoral présente une chronologie différente. L'organisme rappelle avoir cherché une issue amiable depuis 2010, et qu'un premier permis de démolir avait été accordé par l'État le 16 novembre 2012, avant d'être reporté pour permettre le relogement des occupants de l'époque. Une nouvelle demande a été déposée en mairie le 18 juin 2026 pour actualiser ce permis, mais les travaux ont démarré le 8 juillet sans attendre la fin de l'instruction. L'établissement justifie cette précipitation par l'état de la bâtisse : vidée par son dernier occupant, qui avait récupéré tôles, portes et fenêtres, elle présentait selon lui un « risque de squattage » et un danger pour la sécurité publique. Un arrêté municipal a interrompu le chantier dès le 9 juillet. Le 15 juillet, le Conservatoire a mandaté une entreprise pour clore le site et, selon ses termes, « dégager sa responsabilité en cas d'accident ».

La situation du dernier occupant reste sans solution. Karim Juhoor estime que le Conservatoire, « s'étant lancé dans une démolition illégale, doit participer à la solution de relogement de la famille concernée qui, pour l'instant, n'en a pas. » L'organisme dit de son côté vouloir « travailler avec le Maire de Saint-Leu pour veiller d'abord à la situation personnelle du dernier occupant ».

Sur l'avenir du bâtiment à moitié détruit, les deux parties semblent chercher un terrain commun. Karim Juhoor envisage de conserver la partie en maçonnerie datant des années 1950 tout en démolissant les ajouts plus récents : « Est-ce qu'on abattrait la partie la plus contemporaine et on garderait la partie la plus ancienne de maçonnerie qui date des années 50 ? C'est envisageable. » Le Conservatoire se dit ouvert à une concertation avec les riverains sur « la conservation de l'histoire de la Pointe au sel et de ses patrimoines humain, paysager et naturel ».

Le maire entend porter le dossier au-delà de Saint-Leu. Il compte interpeller les parlementaires réunionnais et ultra-marins pour faire évoluer le Code de l'environnement, qu'il juge inadapté aux réalités des territoires d'outre-mer : « La préservation des environnements locaux se fait dans des lieux où il y a très souvent une forte présence humaine. Ils sont indissociables. »

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5 commentaires

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A
Anaëlle 17/07/2026 à 17:24

Question peut-être naïve, mais est-ce que le Conservatoire du littoral est soumis aux mêmes règles qu'un particulier pour les permis de démolir, ou il y a des dérogations possibles en cas d'urgence sécuritaire ? Parce que leur argument de "risque de squattage" me semble un peu court comme justification légale.

M
Marie-Hélène 17/07/2026 à 17:20

Ce dossier illustre un tension ancienne entre le droit de l'environnement et les réalités sociales des territoires ultramarins. Le maire a raison de vouloir interpeller les parlementaires sur l'adaptation du Code de l'environnement, c'est un chantier nécessaire. Il existe des travaux de juristes spécialisés en droit foncier ultramarin, notamment autour de la notion d'occupation coutumière et sans titre, qui pourraient nourrir ce débat législatif. Ce que révèle cette affaire, c'est que la "préservation du littoral" telle qu'elle est codifiée ne tient pas assez compte des communautés humaines qui y ont vécu parfois depuis des décennies, et lé pa fasil de changer ça sans volonté politique forte.

A
Alex 17/07/2026 à 17:13

Le maire dit tomber "de sa chaise" en apprenant les dérives foncières sur le site, mais la mairie est l'autorité qui délivre les permis de démolir. Comment ses services n'avaient pas été alertés avant ? La nouvelle demande du 18 juin aurait dû déclencher une instruction, c'est le boulot de la mairie de la suivre. Je ne dis pas que le Conservatoire a bien agi, mais cette surprise affichée mérite qu'on pose des questions sur le suivi administratif local aussi.

M
Mamie Câline 17/07/2026 à 17:06

Cette famille Futole qui se retrouve sans toit du jour au lendemain, ça me serre le coeur. Dans les hauts, on connaît bien ces situations où les gens ont vécu sur une terre depuis des générations sans papier officiel, et personne n'avait jamais rien dit. Demolir une case comme ça en plein hiver austral, sans solution derrière, c'est pas humain. J'espère que le maire va vraiment s'occuper d'eux d'abord, avant les plaintes et les procédures.

S
Sandrine 17/07/2026 à 17:02

Ce qui me frappe ici c'est la question du permis de démolir déposé le 18 juin et des travaux lancés le 8 juillet, soit moins de trois semaines plus tard. L'instruction d'un permis de démolition prend en général un minimum d'un mois. Juridiquement, démarrer avant la fin d'instruction expose effectivement l'organisme demandeur à une requalification en infraction, indépendamment des motifs invoqués. Le Conservatoire va avoir du mal à se sortir de ça.