Quatre éoliennes à la place de vingt-trois. Le 9 juin, EDF Power Solutions a inauguré le parc rénové de Sainte-Rose, à La Réunion, avec un résultat qui va à contre-intuition : moins de machines, mais une production multipliée par six. La puissance installée passe de 6,3 MW à 8,8 MW, et la production annuelle couvre désormais les besoins de 13 500 à 15 500 habitants — soit environ le double de la population communale.
Vingt ans après la mise en service du site originel, EDF a opté pour le « repowering » : plutôt que d'ouvrir de nouveaux espaces à l'artificialisation, les équipements vieillissants ont été remplacés par des turbines de nouvelle génération, plus hautes, plus puissantes, avec une empreinte au sol réduite. Produire davantage sans étendre le périmètre — la logique est simple, mais sa mise en œuvre a pris plusieurs années.
Le parc est aussi équipé d'une batterie de stockage de 4,6 MWh, destinée à lisser les variations de production et à stabiliser le réseau électrique insulaire, particulièrement exposé aux fluctuations des renouvelables. À La Réunion, où l'autonomie énergétique oriente les choix d'investissement, ce type d'équipement fait désormais partie intégrante des nouveaux projets.
« Nous avons multiplié par six la production d'électricité bas carbone tout en réduisant considérablement le nombre d'éoliennes », a déclaré Sofiane Boukebbous, directeur Développement Sud-Est et Outre-mer d'EDF Power Solutions, lors de l'inauguration. Le maire de Sainte-Rose, Michel Vergoz, a salué de son côté « une énergie propre, tirée de l'eau, du soleil et du vent ».
Avec ce parc et ses trois centrales photovoltaïques déjà en service sur l'île, EDF Power Solutions revendique environ 10 % des capacités renouvelables installées à La Réunion.


10 commentaires
Le modèle du repowering est effectivement intéressant du point de vue de la commande publique, dans la mesure où il permet de valoriser des emprises déjà concédées sans engager de nouvelles procédures d'autorisation environnementale. Cela simplifie considérablement les délais, ce que les collectivités qui portent ce type de projet apprécient en général. Reste à voir comment ce modèle s'articule avec les futurs appels d'offres régionaux sur les renouvelables.
Moi ce qui m'intéresse c'est qui a posé les fondations de ces nouvelles tours. Parce que des éoliennes de nouvelle génération plus hautes, ça veut dire des massifs béton conséquents, des grues spéciales, et souvent des sous-traitants qui viennent de métropole avec leurs équipes. J'espère que les entreprises du péi ont eu leur part sur ce chantier, parce que sinon on applaudit le résultat sans voir qui a vraiment bossé dans la boue de Sainte-Rose.
La puissance passe de 6,3 MW à 8,8 MW, soit une hausse de l'ordre de 40 % sur la capacité installée, mais avec une production multipliée par six. Ce ratio mérite qu'on s'y arrête : ça dit beaucoup sur le rendement des anciennes machines, pas sur la générosité des nouvelles.
Ce qui me questionne c'est la transition pour les équipes techniques sur site. Passer de 23 éoliennes à 4, ça veut dire quoi concrètement pour les emplois de maintenance ? Parce que dans l'industrie on connait bien ce scénario : on modernise, la production monte, mais les effectifs ne suivent pas forcément. J'espère qu'EDF Power Solutions a accompagné ça sérieusement, pas juste un plan de formation bâclé en deux semaines.
@Lastron-Leïla, tu as bien raison ma chère, on en parle depuis longtemps de cette stabilité du réseau. Ici à Cilaos on connaît bien les coupures, les randonneurs qui arrivent le soir et hop, plus de lumière au gîte. Alors si cette batterie aide un peu les hauts aussi, on ne dira pas non.
Ce qui me touche dans cette histoire, c'est qu'en accompagnant les groupes sur le sentier du littoral côté Sainte-Rose, on passait souvent sous ces vieilles éoliennes rouillées qui claquaient dans le vent d'est. Les randonneurs me demandaient toujours si elles tournaient encore. Voir le site transformé avec quatre grandes turbines modernes qui produisent autant, ça change le paysage bien sûr, mais au moins l'emprise au sol ne grignote pas davantage sur la végétation des hauts. C'est un équilibre délicat à trouver dans ces zones où la nature reprend vite ses droits.
4,6 MWh de stockage c'est bien mais ça reste modeste pour un réseau insulaire. La vraie question c'est quel système de gestion tourne derrière, parce qu'une batterie sans un bon algorithme de dispatch c'est comme un GPU sans drivers. Si EDF publie des données en open data sur les fluctuations du réseau ça serait utile pour tout le monde.
x6 sur la production c'est tchombo quand même. Et la batterie de stockage c'est exactement ce qui manquait pour stabiliser le réseau, on en parle depuis des années dans les cercles énergies péi.
Ce principe du « repowering » me rappelle une réflexion de Gaston Bachelard sur la transformation de la matière, l'idée que le progrès ne réside pas toujours dans l'accumulation mais dans la métamorphose. Vingt-trois machines remplacées par quatre plus puissantes, c'est presque une leçon de poésie industrielle. Cela dit, j'aurais aimé que l'article s'attarde un peu plus sur les années de procédures qui ont précédé l'inauguration, parce que le chemin est souvent plus instructif que l'arrivée.
Ce qui me frappe dans ce projet c'est la logique de ne pas artificialiser de nouveaux espaces. On l'entend rarement dans les grands discours sur les énergies renouvelables, mais chaque hectare grignoté sur les hauteurs finit par impacter les bassins versants, et les bassins versants ça se termine dans nos lagons. Moins de machines pour plus de production, si ça peut éviter d'ouvrir d'autres chantiers sur les flancs de l'île, je signe.