Exclue mardi 2 juin du conseil d'administration de l'Urcoopa, la Sicalait dénonce une décision de représailles. Son avocat, Me Jean-Francis Cheung-Ah-Seung, est catégorique : la coopérative a été sanctionnée pour avoir soutenu, aux côtés de Terracoop, un plan alternatif dans le dossier Soficoop. Cette exclusion a été votée lors d'une réunion qui devait, à l'origine, se cantonner à la nomination d'Avi-Pôle Réunion comme nouvel administrateur.
« On le prend comme une mesure de rétorsion pour avoir osé déposer un plan concurrent », a déclaré l'avocat. Il rappelle que la Sicalait n'avait pas rejeté le projet porté par la direction de l'Urcoopa, mais qu'elle avait simplement indiqué qu'elle exécuterait ses engagements selon le scénario retenu par le tribunal. « L'objectif de la Sicalait est de trouver une solution de sortie par le haut », précise-t-il, jugeant que cette position nuancée ne justifiait en rien l'exclusion.
Me Cheung-Ah-Seung voit dans cette décision le prolongement d'un schéma déjà appliqué à Terracoop : sortie du conseil d'administration, remplacement, puis exclusion de l'Union. « Nous avons le sentiment que la Sicalait pourrait suivre exactement le même chemin. » La logique, selon lui, est simple : éliminer toute voix discordante au sein de la gouvernance coopérative.
Sur le fond, l'avocat défend la légalité du plan concurrent. « La possibilité pour un créancier affecté de proposer un plan concurrent résulte de la loi. Ce n'est pas une faute. Ce n'est pas une trahison. » Il va plus loin : sanctionner une coopérative pour avoir exercé un droit prévu par le législateur reviendrait, selon lui, à appliquer les règles à géométrie variable.
Le plan présenté par Terracoop et soutenu par la Sicalait est régulièrement décrit par ses opposants comme une tentative de prise de contrôle des outils industriels par des intérêts privés, en particulier le groupe Duchemann & Grondin. L'avocat récuse cette lecture. Il cite l'exemple de 2017, où une alliance entre monde coopératif et acteurs privés avait, selon lui, permis de redresser la filière avicole réunionnaise. « Le privé est devenu le bouc émissaire idéal alors même que l'on vient d'avoir la démonstration qu'une coopération entre les deux mondes pouvait fonctionner. »
Me Cheung-Ah-Seung avance un autre argument en faveur du plan concurrent : il serait, à ce stade, le seul à prévoir un règlement global du litige avec Duchemann & Grondin, dont la créance contestée s'élève à 247 millions d'euros. Il pointe par ailleurs la durée de la procédure collective, ouverte depuis plus de deux ans alors qu'elle devait initialement durer six mois — un constat que le commissaire aux comptes aurait lui-même formulé dans son rapport 2024.


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